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La joie pascale est simplement irrésistible en pays Mussey


Arrivé au Tchad pour travailler comme missionnaire dans les Paroisses de Djodo et de Tagal sises en contrée Mussey il y a un peu plus d’une année (précisément depuis janvier 2022), j’ai eu la chance d’y vivre, à deux reprises déjà, l’effervescence des fêtes pascales. C’est une expérience singulière que j’aimerais simplement partager à travers les lignes qui suivent.

Ce qui m’a frappé en premier lieu, c’est le soin et le sérieux que les fidèles chrétiens attachent à la préparation de la fête de Pâques. A partir du mercredi des Cendres, ils s’engagent non seulement à ne plus consommer d’alcool, mais également à ne plus en fabriquer pour vendre. Pour des gens qui ont l’habitude de se retrouver au marcher autour des calebasses de bilbili, espèce de bière traditionnelle dérivée du mil ou sorgho rouge, c’est un acte de privation qui témoigne d’un désir profond de bien se préparer aux fêtes pascales. En effet, il s’agit en quelque sorte de creuser en soi le désir de la Pâques, d’aspirer à ce que ce temps de joie et d’allégresse arrive, d’appeler la joie pascale. Les invités de la noce jeunent tant qu’ils ne sont pas avec l’époux et leur jeune c’est pour appeler l’époux : « Maranatha » ; « Viens Seigneur Jésus » ! (Cf. 1 Co 16, 22 ; Ap 22, 20). En pays Mussey au Tchad, les chrétiens se privent de tout alcool, et donc de toute réjouissance, dans le temps qui précède la Pâques afin vivre les pleines réjouissances lors de la fête proprement dite ; quand ils ont l’époux, le Ressuscité, alors c’est la fête, ils ne jeunent plus. L’on comprend alors pourquoi le jour de la fête de pâques, la joie explose et contamine. C’est d’ailleurs cette joie authentique capable de se diffuser et de se communiquer qui m’a également touché depuis que je suis parmi eux. J’y reviendrai par la suite.

Pour le moment, je voudrais retenir un autre aspect de la préparation aux fêtes pascales qui est tout aussi touchant : il s’agit des retraites de carême. Entre les paroisses de Djodo et de Tagal, j’ai eu la grâce d’en présider dix. Moments précieux de proximité d’avec le peuple de Dieu dans les petits villages de nos deux paroisses ; mais surtout des expériences de dépassement de soi car la saison est ultra chaude avec des températures qui atteignent parfois 46° C à l’ombre dans des steppes où il manque très souvent des arbres pour une once d’ombre. Dans ces conditions-là, il est remarquable de se rendre compte de la ferveur de tant de chrétiens qui quittent leur domiciles éloignés du centre de retraite de plusieurs dizaines de kilomètres, pour venir à pieds pour la plupart ou en vélo, se mettre dans les meilleures dispositions afin de bien vivre et célébrer la fête de Pâques. Pour une « petite matinée de retraite » et « quelques minutes de confessions », ils dépensent des énergies considérables. Cela ne peut que remettre en question la tendance naturelle en nous de ne rechercher que notre aise. Après une telle qualité de préparation, le jour de la Pâques ne peut qu’être explosif de joie et d’action de grâce.

Il m’est impossible de ne pas mentionné le suivi direct des catéchumènes destinés au Baptême. A vrai dire, ce sont eux qui donnent à la joie pascale sa dimension visible, sensible, tangible et concrète. Déjà dans la dernière phase de leur préparation qui coïncide avec la semaine sainte, il est beau et touchant de les voir en haleine ; de sentir en eux le désir de quelque chose de grand, de quelque chose de nouveau. Je suis particulièrement frappé et ému par la présence au sein de la masse de jeunes promis au Baptême, de vielles mamans veuves et de deuxièmes ou troisièmes femmes libérées, généralement à un âge tardif, soit par l’assentiment de leur mari soit par la mort de ce dernier, et qui veulent devenir chrétiens pour le reste de leur vie. Je dois dire que ma petite expérience de deux ans à peine à Djodo m’enseigne que ce sont elles les plus fidèles par la suite aux engagements chrétiens. A cette préparation immédiate, fait suite la fête de Pâques proprement dite au cours de laquelle ils reçoivent le Baptême.

La célébration de la Pâques dans nos communautés est exceptionnelle. C’est une explosion de joie. Ils sont finis les jours de la passion…Cette joie s’exprime, elle déborde. La liturgie pascale est le premier lieu d’expression de cette joie. Cette année, j’ai célébrer les baptêmes et les premières communions le Samedi soir à partir de 18h dans la Paroisse de Tagal (avec exactement 68 baptêmes) et le dimanche matin à partir de 5h du matin dans la paroisse de Djodo (40 baptêmes). J’ai été remué du plus profond de moi par la qualité de la participation des fidèles. L’on s’aperçoit tout de suite qu’il ne s’agit pas d’une célébration comme les autres : foules, ponctualité, électricité (on n’en a pas l’habitude), chants, danses, rythme. Tous les ingrédients de la fête y sont. L’apothéose c’est au moment où les néophytes (nouveaux baptisés), ayant passés tous les rites complémentaires du baptême, se lèvent et dansent au rythme de chants qui ont cette faculté de faire vibrer les cœurs criblés, chants d’allégresse, chant de joie, chants qui incitent à la danse. Chez nous, on vit la Pâques, on célèbre la Pâques, mais surtout on danse la Pâques. Mon sentiment était d’être parmi les gens et avec eux, un témoin de la Résurrection de notre Seigneur et de la joie qui en découle.

L’ouragan de joie transcende le cadre de la célébration liturgique et se projette loin, mais vraiment loin, dans les différents villages où qu’ils soient. J’étais ému de voir les néophytes chanter sur les routes qui mènent chez eux, tous heureux, fiers d’être devenus chrétiens. Et cette joie a un effet de contagion. Les enfants et les autres chrétiens s’y associent et les villages sont en fête ! Christ est vraiment ressuscité ! Même les non-chrétiens encore très nombreux dans nos deux paroisses n’y résistent pas. La joie pascale est simplement irrésistible en pays Mussey.