
60 ans de Pacem in Terris : Un anniversaire important
Au mois d’Avril 2023, l’encyclique Pacem in Terris : Sur la paix entre toutes les nations, fondée sur la vérité, la justice, la charité, la liberté du pape Jean XXIII, réalisait 60 ans depuis sa publication. C’était exactement le 11 Avril 1963. C’est un anniversaire important qui mérite d’être mis en exergue alors que la situation en Ukraine fait croire que notre humanité court vers la troisième guerre mondiale. Car la guerre est de retour, croit-on. C’est peut-être ce contexte immédiat qui exige que notre monde écoute à frais nouveaux la voix de ce pape dit « Bon Pape ». Au-delà de l’esprit belliqueux auquel on assiste aujourd’hui, Pacem in Terris est et reste une voix de sagesse qui mérite une attention particulière.
La guerre n’a jamais cessé
Pacem in Terris a été rédigée dans un contexte d’après deuxième guerre mondiale. Certes le monde expérimentait une certaine accalmie par rapport aux troubles des années 45. Mais la course aux armements nucléaires en pleine guerre froide nécessitait une parole d’Eglise. Cela pour prévenir que le monde ne retombe plus dans le spectre d’une troisième guerre mondiale qui aurait eu de conséquences plus néfastes que celles de deux guerres précédentes. Car il y a avait risque d’usage massif des armées nucléaires dont on sait la capacité de nuisance. En ce sens, l’encyclique Pacem in Terris fut une voix prophétique.
Le conflit actuel entre la Russie et l’Ukraine fait croire que la guerre est de retour. Partant de ses conséquences sur l’humanité entière et les acteurs qui y sont impliqués, le pape François a pu parler du risque d’une ‘troisième guerre mondiale’. A dire vrai, la guerre en Ukraine ne signifie pas que la guerre est de retour. S’il y a un continent qui se surprend par la guerre c’est bien l’Europe. Car en réalité, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, la guerre n’a jamais cessé. Les guerres ce sont plutôt multipliées, provoquées et entretenues par les états puissants et les industries de l’armement.
En effet, dans une lettre adressée aux autorités des institutions pontificales d’Italie, Sergio Tanzarella, professeur d'histoire de l'Église à la Faculté Pontificale de Théologie de l'Italie du Sud section San Luigi écrit : « Pendant de nombreuses années, la propagande de la bonté de la guerre froide fondée sur le principe de la dissuasion a essayé de nous convaincre qu'avec les éclairs nucléaires d'Hiroshima et de Nagasaki, la guerre avait été archivée et rendue effectivement impossible. C'était évidemment une bonne illusion, mais aussi un mensonge, car les guerres et les massacres en Indochine, en Corée, en Algérie, au Vietnam, au Cambodge, avec leurs millions de morts, l'utilisation fréquente d'armes chimiques, le recours systématique à la torture étaient là pour démentir cette thèse optimiste et négationniste. Au même moment, il y avait en Afrique une succession ininterrompue d'autres guerres, souvent ignorées mais non moins meurtrières, ayant pour prémisses de graves famines et épidémies. Autant de guerres où les morts civils étaient bien plus nombreux que les morts militaires ».
Il y a eu ainsi un moment où on a pu croire qu’après 1945, tous les peuples pourraient avoir accès à l'éducation et aux soins de santé dans une nouvelle ère de paix. Selon le professeur cité ci-haut, la prédiction s'est avérée totalement fausse et les guerres se sont multipliées avec plus d'intensité et de férocité tout en ayant de moins en moins le courage de prononcer leur nom, devenant avec d'habiles euphémismes opération de police internationale, mission humanitaire, opération chirurgicale, opération militaire spéciale. Les faits historiques attestent que dire qu’on vivait un moment de paix était un mensonge grossier. La preuve est qu'« au cours des trente dernières années, d'autres guerres se sont succédées : de deux en Irak, à celles d'Afghanistan, de la Libye, du Yémen, de l'ex-Yougoslavie, de la Syrie, et encore de régions entières de l'Afrique jusqu'à la guerre actuelle en Ukraine, des guerres seulement circonscrites géographiquement mais qui ont vu des coalitions internationales engagées avec des armées gigantesques et des armes de plus en plus sophistiquées, létales et coûteuses », affirme Sergio Tanzarella.
Une urgence : le désarmement des cœurs et des esprits
Pacem in Terris a été publiée dans un contexte de course à l’armement nucléaire. Depuis lors, l’industrie de l’armement se porte très bien. Et les guerres, au lieu de diminuer, se sont intensifiées avec leur lot de victimes humaines. Il suffit de jeter un coup d’œil sur la situation de l’Afrique de Grands-Lacs pour s’en convaincre. Dans un tel contexte, n’y-a-t-il pas besoin d’une autre voix comme celle du Bon Pape pour alerter l’humanité au sujet des calvaires de certains peuples alors que d’autres vivent dans une indifférence scandaleuse ? Heureusement que le pape François ne cesse de dénoncer l’immoralité de l’industrie de l’armement et l’égarement de tous ceux qui provoquent et entretiennent les guerres à cause de gains matériels.
Plus que dénoncer, il y a une urgence à prêcher un évangile de la paix afin de rendre possible l’avènement d’un monde plus fraternel. Prêcher un tel évangile avec foi et empressement contribuerait aujourd’hui au désarment des cœurs et des esprits. De cette façon, les chrétiens peuvent redire leur refus à tout soutien à la guerre, s’engager à ne pas s’entretuer quelque soit le motif et embrasser la non-violence comme la seule alternative à la guerre. Pour cette raison, la célébration de l’anniversaire de Pacem in Terris est un devoir de mémoire d’une importance inestimable.



