
Portrait : père Nicola Colasuonno sx, un curé missionnaire se raconte
Il fête 50 ans d’ordination presbytérale en ce mois de Mai (26/05/1973-26/05/2023). Il a passé 25 ans de vie missionnaire en RDCongo. De 2014 à 2022, il a été curé de la paroisse saint Guido Maria Conforti à Panzi, archidiocèse de Bukabu/ RDC. Et là, il a acquis le nom de « curé missionnaire ». Il nous décrit ici ses longues belles années d’expérience missionnaire.
Louis BIRA sx (LB) : Vous avez été curé de la paroisse saint Guido Maria Conforti à Panzi pendant 8 ans. Que retenez-vous de cette expérience ?
Père Nicola Colasuonno sx (NC) : Les structures de la Paroisse G. M. Conforti ont été érigées grâce au don d’un prêtre italien et de la contribution de la communauté paroissiale. Dès le départ, en accord et en collaboration avec les membres de la communauté, nous avons mis l’accent sur l’expérience des Communautés de Base (Shirika), une expérience pastorale et missionnaire à laquelle les Missionnaires xavériens sont très attachés. On a commencé en 2014 avec 8 et en 2022, on avait 14 Shirika. Cette croissance dit le dynamisme de la paroisse en ces dernières années. De cette expérience, je garde un sentiment de grande satisfaction et un émerveillement extraordinaire lorsque je me rappelle ces foules de 2000 personnes participant à la messe dominicale de 6h, célébrant avec joie leur foi, par les chants, les danses et l’écoute attentive de la parole de Dieu. En voyant cela je me disais : c’est vraiment inoubliable être membre et cheminer avec une communauté pareille.
LB : Avec un brin d’humour, les paroissiens préféraient vous appeler « curé missionnaire » au lieu de curé tout court. Pourquoi ?
NC : Cette appellation est peut-être liée à notre intention au départ de la fondation de la paroisse. En effet, dès le début de la création de la paroisse, il était clair que nous voulions une paroisse missionnaire, au sens d’une paroisse qui a comme priorité : annoncer l’évangile par « attraction » selon les mots du Pape François. En collaboration avec le conseil paroissial, nous avons mené beaucoup d’activités de sensibilisation dans les quartiers. Tout le monde se sentait ainsi impliqué dans ce qu’on faisait. Mais en un moment donné, j’avais constaté que le conseil paroissial était presque composé des hommes. Alors j’avais suggéré que dans chaque Shirika, on puisse élire un homme et une femme comme responsables. Cette stratégie a permis d’avoir un conseil paroissial fait de 50% d’hommes et 50% de femmes. Cette composition mixte a créé un dynamisme magnifique dans la paroisse.
LB : Le pape François ne cesse d’inviter les communautés chrétiennes à devenir des églises en « sortie missionnaire ». Comment est vécue cette dimension dans la paroisse saint G. M. Conforti ?
NC : La dimension missionnaire de la paroisse se déclinait en trois priorités : 1. Les relations : par relations on voulait bâtir la paroisse commune une famille en mettant l’accent sur la collaboration et les liens mutuels entre tous les membres de la communauté. Grâce aux communautés de Base, il était possible aux membres de se connaître et de s’entraide en cas de besoin. 2. La centralité de l’annonce du Royaume de Dieu : comme communauté paroissiale, nous avions conscience que notre mission est d’annoncer et de témoigner de la présence du Royaume de Dieu au quartier et auprès des gens qui nous entourent, sans exclure personne. De cette façon nous cherchions à vivre comme une famille des enfants de Dieu. 3. Comme paroisse, le thème de l’écologie nous était très cher. Ecologie comme style de vie, dans le recyclage, la propreté du quartier et du marché et le soin de l’environnement. Pendant la neuvaine de noël par exemple, le 23 Décembre, nous n’avons pas fait de prières à la chapelle. En signe de préparation de la venue du Seigneur, tous les membres de la communauté étaient invités à nettoyer les caniveaux, les rues et les routes du quartier. Et pendant le carême, tous les vendredi, comme les chrétiens de l’Europe renoncent à la viande, toute notre communauté se rassemblait de 6h à 7h pour faire des travaux communautaires (salongo) de nettoyage du quartier étant donné l’absence de services publics en ce domaine. C’était une belle expérience qui impliquait les jeunes, les mamans et les papas. Nous avons aussi mené de campagnes de sensibilisation et de formation dans les écoles sur le thème de l’écologie, le soin de la création. A la suite de l’appel du pape François, nous avions adopté l’écologie comme faisant partie intégrante de l’annonce de la Bonne Nouvelle. Panzi comme paroisse est aussi connue pour sa pastorale de jeunes et des enfants. En ce sens, le Centre-Jeunes Panzi organise plusieurs activités où les jeunes et les enfants sont les premiers protagonistes. En bref, ces trois options missionnaires mentionnées et toutes les initiatives pastorales, nous ont ainsi permis d’être une église « en sortie missionnaire ».
LB : Une de caractéristiques de la paroisse saint G. M. Conforti est celle d’être située dans un quartier où il y a d’autres confessions chrétiennes, surtout les communautés protestantes évangéliques dont est issu le prix Nobel de la paix, le docteur Denis Mukwege. Comment se vit l’œcuménisme en ce lieu ?
NC : La paroisse de Panzi vit une belle expérience œcuménique avec la communauté protestante du quartier ; surtout grâce aux liens tissés avec le docteur Mukwege, la Fondation Panzi et la Cité de la joie, un espace où sont accueillies les filles qui ont été maltraitées dans les villages. Chaque année, nous invitions le Dr. Mukugwe à faire une catéchèse à la communauté pendant le carême et c’était très beau et enrichissant. Avec un docteur de l’hôpital de Panzi, on a fondé l’Association des Diabétiques de Panzi. Aujourd’hui, l’Association compte 257 membres. Comme membres de l’Association, ils sont aidés à s’inscrire à la mutuelle de santé et on facilite quelques opérations chirurgicales. Toutes ces activités étaient menées comme une manière d’annoncer le Royaume de Dieu en collaborant avec tous.
LB : Dans un article publié dans la revue jésuite Civiltà Cattolica Vol I (4118), 15Janvier 2022, pp. 167 – 179 : « La vie religieuse : du Chaos au ‘kairos’ », le jésuite espagnol Victor CODINA parle de la ‘paroissisation de la vie religieuse’ (p. 170). C’est-à-dire du risque qu’avec la bonne volonté d’assumer les paroisses et d’aider l’église diocésaine, le charisme religieux reste un peu marginalisé. Dit autrement, pour nous les missionnaires xavériens, comment faire pour que notre service dans les paroisses ne soit pas une simple suppléance pastorale, mais bien une opportunité pour vivre notre charisme missionnaire Ad Gentes ?
NC : C’est vrai il existe entre nous missionnaires une discussion sur la préférence de la mission Ad Gentes. Un confrère demandait par exemple si la paroisse était le lieu pour une telle mission. La paroisse offre beaucoup de possibilités pour l’annonce de l’Evangile si on est créatif. A Panzi, nous n’avons jamais voulu une paroisse qui ne s’occupe que de l’administration des sacrements. Nous on voulait une paroisse missionnaire. Certes on a eu plusieurs baptêmes dans notre paroisse. Mais on doit aussi reconnaître qu’il existe un fond culturel non évangélisé. Continuer notre présence missionnaire afin que l’évangile touche aussi ce fond non évangélisé est et restera une mission qui durera longtemps. Le fait par exemple que nous n’ayons jamais pu avoir un leader chrétien capable de se mettre au service de tout le quartier, d’assumer comme chrétien sa fonction sociale nous pose une vraie question au sujet de l’impact réel de notre évangélisation. Ce défi nous dit qu’il y a un grand travail d’évangélisation en profondeur qui reste à faire. Mais ce fait ne doit pas nous empêcher de voir et remercier le Seigneur pour ce que la présence de paroisse missionnaire de Panzi a accomplit et continue d’accomplir dans tout le quartier et pour tous grâce au témoignage et à l’annonce de l’Evangile de Jésus Christ.



