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Pourquoi dois-je aller me confesser ?


 « Venez à moi vous tous qui peinez sous le poids du fardeau et je vous donnerai du repos » (Mt 11, 28). Cet appel de Jésus est plus urgent que jamais. Le Seigneur en voyant nos peines et la charge du péché nous appelle à venir à lui afin de nous donner du repos.  C’est le même repos dont parlait saint Augustin dans ses Confessions : « nos cœurs sont sans repos jusqu’à ce qu’ils reposent en vous ».

1. La confession : un sacrement  incompris

Il semble qu’aujourd’hui nous évitons consciemment ou inconsciemment cet appel du Seigneur à nous reposer en lui, dans un monde qui nous fait croire que le bonheur humain et la satisfaction sont ses réalisations humaines. On pourrait soutenir que cet appel de Jésus reste hypothétique et irréalisable, donnant une analogie que lorsque nos corps sont fatigués et qu’on a besoin de repos, on peut recourir à une solution matérielle concrète, comme notre lit et avoir un bon repos. Après quoi nous reprenons de l’énergie pour poursuivre nos activités quotidiennes. La question est donc de savoir comment concrètement pouvons-nous jouir du repos que Jésus a à offrir? A la suite de la tradition catholique, je considère que c’est dans le sacrement de confession. En fait, plus que le lit, le sacrement de la confession donne à la fois la force physique et spirituelle. Malheureusement, ce sacrement est encore mal compris parfois même par des catholiques pratiquants.

En effet, il y existe un bon nombre de catholiques qui ne voient pas la raison d’aller à la confession. Souvent, j’entends des questions du genre: « Pourquoi dois-je confesser mes péchés à un humain ? Ne puis-je pas demander directement à Dieu de me pardonner ? Pourquoi devrais-je aller confesser mes péchés à un prêtre puisqu’il commet les mêmes péchés que moi ? Ou après la confession, le prêtre ne va-t-il pas me juger ? Cependant, certains catholiques courageux ne manquent pas. Ils font partie de ceux qui confessent occasionnellement leurs péchés lors de retraites spirituelles ou de ceux qui reportent la confession jusqu’au pèlerinage annuel organisé à Kukujang/Gambie ou au Grand séminaire  saint Paul à Regent/Freetown. Pour le dernier, l’intention est d’avoir l’occasion de rencontrer un prêtre qui ne les connaît pas personnellement pour confesser leurs péchés.

Il faut aussi reconnaître que le protestantisme n’aide pas les catholiques sur ce que signifie le sacrement de la confession. Pour eux, il ne s’agit pas simplement d’un sacrement et on n’a pas besoin de rencontrer un prêtre pour sa confession. On peut adresser directement ses paroles de repentance à Dieu et il nous pardonnera. Par conséquent, pour toutes ces raisons, la confession qui devrait être célébrée souvent dans notre monde contemporain s’estompe notoirement dans nos diocèses, nos églises et nos communautés. Alors quel autre temps peut être le plus approprié pour réfléchir, méditer et nous convaincre de ce sacrement que cette saison de grâce et de miséricorde qu’est le Carême et en particulier la semaine sainte ?

Dans les lignes qui suivent[1], j’ai l’intention d’expliquer ce que signifie la confession et pourquoi un chrétien catholique devrait aller se confesser. Puisque je suis convaincu que c’est le manque du sens du péché qui conduit à la négligence du sacrement de la confession, en particulier chez les jeunes catholiques, je voudrais d’abord dire brièvement un mot sur ce qu’ est péché selon l’enseignement de l’Église catholique.

2. Qu’enseigne l’Église sur le péché ?

 « Tous ont péché et n’ont pas été à la hauteur de la gloire de Dieu » (Rm 3, 23). Cette déclaration faite par saint Paul lorsqu’il s’adressait aux Romains est largement acceptée dans notre diocèse, paroisses et communautés puisque presque tous nous acceptons que nous sommes pécheurs. Dans cet esprit, il est important de clarifier ce que signifie le péché dans la tradition catholique.

Le Catéchisme de l’Église catholique (CCC) définit le péché comme « une offense à la raison, à la vérité et à la bonne conscience ; c’est l’échec dans l’amour véritable pour Dieu et le prochain, en raison d’un attachement pervers à certains biens. Le péché blesse la nature de l’homme et blesse la solidarité humaine. Il a été défini comme une déclaration, un acte ou un désir contraire à la loi éternelle » (CCC1849). Cette définition ne dit pas seulement que le péché nous aliène de l’amour de Dieu, mais qu’il nuit aussi à l’humanité et affecte ceux qui nous entourent. À de nombreuses occasions, Dieu punit le peuple pour ses péchés, cela nous montre qu’à cause de son amour Dieu est mécontent de tout acte de péché. Sa volonté est que nous puissions être saints comme lui, notre Père céleste est saint (Lv 11:45).

La perpétuité du péché prive nos âmes du salut. Dans la parabole communément appelée la parabole du fils prodigue (Lc15:11-33, le père savait en effet que son fils souffrira et périra loin de sa présence. Il attendait impatiemment le retour de son fils pour qu’il revienne à lui et vive à nouveau dans sa maison comme son fils. Une fois que le fils prodigue est de retour à la maison, son Père appelle à une fête (Lc15:23). Jésus aussi, à travers son Église et en la personne du prêtre, nous attend au confessionnal pour qu’il nous offre sa miséricorde et que nous nous réconciliions avec lui. De cette manière, il nous accorde ses grâces et ses bénédictions que nous avons perdues par le péché. Qui sait, peut-être que notre résistance à jouir de la grâce du sacrement de la confession vient d’une attitude similaire à celle du fils aîné de la parabole, parce que même s’il était dans la maison du Père, il n’avait jamais su qui était le Père. Il n’avait jamais éprouvé la joie d’être un fils (Lc15:25-30).

3. Qu’est-ce que la confession?

«  Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver ; invoquez-le tant qu’il est proche. Que le méchant abandonne son chemin, et l’homme perfide, ses pensées ! Qu’il revienne vers le Seigneur qui lui montrera sa miséricorde, vers notre Dieu qui est riche en pardon » (Is 55:6-7). Selon l’enseignement de l’Église catholique, un lieu concret où nous jouissons de la miséricorde et du pardon de Dieu est dans le sacrement de la confession. Ainsi, nous y touchons physiquement et faisons l’expérience de la miséricorde et de l’amour de Dieu. En la personne du prêtre, bien que pécheur lui-même, le Christ par son Esprit est présent. Dans les paroles du prêtre à travers le ministère qu’il a reçu de l’Église, Dieu nous embrasse à nouveau. Il nous pardonne. Par les paroles de l’absolution, la miséricorde et l’amour de Dieu deviennent visibles et efficaces pour les  pécheurs que nous sommes.

Ainsi, le sacrement de la confession est défini comme le sacrement dont la première grâce est la réconciliation avec Dieu pour les péchés commis après le baptême. Puisque nous péchons par nature et avons l’inclination naturelle de pécher même après le baptême, l’Église nous donne ce sacrement pour être nouveaux encore et encore.  Cependant, il est important de mentionner qu’il y a deux éléments essentiels nécessaires au sacrement de la confession : la contrition et la conversion. La contrition est l’état de remords des péchés que l’on a commis. C’est un acte dans lequel on prend conscience de ses péchés, puis on regrette et on exprime sa tristesse de les avoir commis. La contrition s’exprime par la prière pendant la confession dite : Acte de contrition.  Par la conversion, l’Église entend une décision que l’on prend de renouer la relation avec Dieu et ses frères et sœurs et reprendre ainsi une nouvelle vie, rejetant tout ce qui aliène de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain, afin de revenir à Dieu en s’engage sincèrement à travailler dans les voies de Dieu. Ces deux termes sont des mots clés dans le sacrement de la confession. Car ils sont décrits comme les effets du sacrement de la confession; tandis que l’absolution est le canal concret du pardon de Dieu. Sans contrition, on ne ressentira pas le besoin de confesser en raison de l’absence du sens du péché. Et sans la conversion, notre confession deviendrait du fonctionnalisme et un rite dénué de sens. Dans chaque véritable acte de confession ;  la conversion devrait être sa conséquence.

4. Pourquoi devons-nous confesser nos péchés?

« Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous leurrons et la vérité n’est pas en nous » (1Jn1,8). Ce passage scripturaire réaffirme que nous sommes tous pécheurs et qu’à ce propos, la confession est nécessaire. Saint Thomas d’Aquin déclare : « Dans la vie, le corps d’un homme est parfois malade, et à moins qu’il ne prenne des médicaments, il mourra. Il en est de même dans la vie spirituelle à cause du péché. Pour cette raison, il a besoin de médicaments pour retrouver la santé; et cette grâce est accordée dans le sacrement de la confession » (Saint Thomas d’Aquin, Citations sur le sacrement de la pénitence).

Cependant, comme indiqué précédemment, certains fidèles laïcs posent souvent cette question: « pourquoi devrais-je me confesser auprès d’un prêtre » ? La première erreur dans cette question est qu’en tant que catholiques, nous ne nous confessons pas au prêtre en tant que personne. Plutôt dans le sacrement de la confession, nous célébrons et reconnaissons le pouvoir donné à l’Église par le Seigneur Ressuscité : « Recevez l’Esprit Saint si vous pardonnez les péchés de quelqu’un, ils sont pardonnés, si vous conservez à quiconque des péchés qu’ils retiennent » (Jn 20, 22-23). Nous confessons nos péché au prêtre en tant que ministre de l’Église. Il absout nos péchés par le mandat reçu de l’Église, au nom de l’Église.

Une autre raison pour laquelle nous devrions nous confesser est que la confession est un signe d’humilité et de charité. En confessant notre péché, nous nous dénudons de nos vêtements d’orgueil et nous nous ouvrons à la miséricorde de Dieu. Ainsi, nous entrons dans le confessionnal comme d’humbles serviteurs suppliant pour la miséricorde de Dieu et nous quittons le confessionnal élevés comme des enfants de Dieu. Comme la Vierge Marie, dans la confession, nous jouissons de la grandeur de Dieu qui rabaisse les puissants et élève les humbles(Lc 1,52).

Selon saint Augustin, la confession est aussi un acte de charité : « la confession du mauvais travail est le premier signe de bon travail » ; en confessant nos péchés, nous ne nous réconcilions pas seulement avec Dieu, mais nous nous réconcilions avec l’Église et les autres personnes qui nous entourent. Ce faisant, nous apportons notre contribution charitable dans le processus de guérison d’un monde brisé.

Cette saison de carême est l’occasion idéale pour une telle aventure. Dans le sacrement de la confession, nous célébrons l’amour de Dieu. Puisque le carême nous conduit à la grande fête de Pâques, la fête où nous voyons l’amour de Dieu en action, par la passion, la mort et la résurrection de son Fils, il est donc le moment approprié de la confession comme un acte d’accueillir l’amour de Dieu dans nos vies en tant qu’individus et en tant que communauté. Saint Chrysostome déclare « après confession, une couronne est donnée aux pénitents ». Sommes-nous prêts à être couronnés? Si oui, redécouvrons la beauté du sacrement de la confession en cette semaine sainte.

 

[1] L’auteur de ce texte, Micheal R. Gabbidon est étudiant en deuxième année de théologie au Grand Séminaire Saint Paul, Regent-Freetown. Il est du diocèse de Banjul/Gambie. Ce texte est le fruit d’une conversation entre moi, le père Louis Bira, sx et l’étudiant dans le cadre du Cours sur le Péché Originel et la théologie de la Grâce.  Le texte a été préparé en Anglais. La traduction est la mienne.