« Aime et ce que tu veux, fais-le » Un livre à lire !
Aime et ce que tu veux, fais-le. Regards croisés sur l’Eglise et la sexualité. Un livre de Mgr Emmanuel Gobilliard, Thérèse Hargot. Entretien avec Arthur Herlin. Paris, Albin Michel, 2018, 245p.
Ce livre fait suite au synode des évêques qui a eu lieu à Rome en Octobre, sur le thème : « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel ». Il vient combler un vide et brise un tabou : la sexualité. En effet, lors des travaux préparatoires du synode, en 2017, une participante était surprise de voir que toutes les conférences sur les jeunes portaient sur les jeunes et l’engagement politique, les jeunes et l’engagement social, les jeunes et les migrants…Mais pas un mot sur la sexualité, l’amitié, les relations amoureuses, pas une seule intervention sur le thème de l’amour. (p. 38).
Et la question de la jeune : « N’est-il pas totalement aberrant de la Religion de l’incarnation de passer sous silence la question du corps et de l’affectivité, d’autant plus que l’objectif du synode est d’accompagner les jeunes à discerner leur vocation ? » Mais le silence observé au sujet de la sexualité va au-delà du synode des évêques, note la jeune. Car un haut dignitaire de l’Eglise lui aurait confié que les organisateurs avaient peur de parler de la sexualité qui risquerait de raviver les tensions entre progressistes et conservateurs (p. 39). Pourtant, dit la jeune fille, avoir peur de parler de la sexualité ne résout aucun problème. Porte une robe ne signifie pas qu’on n’a plus de sexe !
L’omission du synode et le silence de l’Eglise sur la question de la sexualité sont à l’origine de ce livre. Il entend stimuler les réflexions et offrir des réponses inédites aux personnes en quête d’une vie affective saine et épanouissante. La conviction qui anime les auteurs de ce livre est qu’au-delà de la peur à parler de la sexualité due à ses maladresses et les abus commis par certains membres de son clergé, l'idée de la sexualité proposée par la spiritualité catholique est adaptée aux questionnements et problématiques de notre société (p. 13).
Au fait, constatent les auteurs, le pape Jean Paul II, dans sa théologie du corps reprise dans Amoris Laetitia par le pape François, offre des outils indispensables pour penser la sexualité de façon belle et satisfaisante. Car il s’agit de s’éduquer à l’amour et au don de soi. Et c’est là le défi auxquel doivent faire face les couples mariés, les consacrés dans le célibat, les homosexuels…en vue d’une sexualité épanouie et humaine ; pourvu que Dieu y soit placé au centre. Il s’agit d’apprendre à aimer comme Dieu aime. D’où la référence aux paroles de saint Augustin : Aime et ce que tu veux, fais-le ; le sous-titre du livre.
Les auteurs des échanges publiés dans ce livre sont deux : une sexologue, Thérèse Hargot, jeune française qui avait participé aux travaux du synode. C’est elle qui avait alerté les organisateurs sur la gravité que constituait l’omission du thème de la sexualité. L’autre, c’est un homme d’Eglise, un évêque, Mgr. Emmanuel Gobilliard. Qu’un évêque parle du sexe avec une jeune fille et cela à cœur ouvert, c’est déjà briser le tabou. Mais ils le font dans le but d’offrir une aide aux victimes de la sexualité mal vécue : pédophiles, ceux qui se mensurent, couples divorcés, célibataires et consacrés frustrés…
Le livre aborde plusieurs sujets : sexualité, célibat, la rencontre, les sites des rencontres en ligne, le mariage, la procréation et la régulation des naissances, l’homosexualité, le plaisir, la masturbation, la pédophilie…Autant de thèmes chauds de notre époque. Ces thèmes ne sont pas seulement utiles pour les laïcs. Ils le sont pour tous ceux qui sont désireux de grandir en liberté et en sagesse pour aimer davantage (p.52).
Au sujet de l’importance du thème de la sexualité dans la formation dans les séminaires, le livre rappelle que le pape François a voulu que le programme de formation dans le séminaire soit revu et que la maturation humaine, affective, relationnelle et sexuelle soit prise en compte plus sérieusement. Car disent les auteurs, réalisme obligé : le célibat ne fait pas de consacrés des anges ou de gens sans sexe. Le célibat est plutôt un combat et s’en rendre compte est déjà un signe de maturité. D’où l’appel des auteurs : que la formation et le discernement aident les futurs prêtres, religieux et religieuses à assumer le célibat comme un choix libre, un engagement de toute la personne au service de Dieu et des autres (p. 91).
Signalons que dans le numéro 11 de nos Cahiers du Centre d'Etudes Africaines consacré aux Jeunes, on y deux contributions qui emboitent les pas aux auteurs de ce livre. Il s’agit de l’article du couple Francine MAPENDO et Blaise ZIRIMWABAGOBO : " Jeunes et mariage : quelle pastorale ?" (pp. 105-113) et celui de Jean Damascène BWIZA : "Eduquer les jeunes à une sexualité responsable" (pp. 115-122).



