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Congogate: ce sang des congolais qui donne de l’énergie à nos vies


Conversion écologique. Énergie verte. Énergie solaire. Miracle du smartphone. Ces mots nous sont devenus familiers. N’est-ce pas que le salut de notre planète passe par là ? Adieu les énergies faucilles. Bienvenu aux énergies propres. Les voitures polluantes à diésel ou à pétrole cèdent la place à la belle Tesla ou à la magnifique Renault ; toutes alimentées par les batteries électriques. Tout le monde s’en émerveille. Pourquoi pas ? C’est la célébration de l’exploit technologique.

Mais savons-nous que derrière ces merveilles qui nous éblouissent se cache un scandale ? Pas sûr. Et pourtant, le Congogate est une réalité. Le sang de congolais donne de l’énergie à nos vies. On parle peu de ce drame humain. Car il touche des intérêts financiers incroyables. Heureusement, même au milieu de ce silence complice et honteux, il ne manque pas de consciences humaines qui se tiennent droites. C’est comme celle du britannique Siddharth Kara, auteur du livre : Le cobalt rouge : comment le sang des congolais donne de l’énergie à nos vies (Red cobalt : how the congo blood empowers our lives, New York, St. Martin’s Press, 2023, 267p. Un livre publié, l’année passée mais qui n’a pas fait de bruit.

L’auteur est professeur à l’université de Nottingham au Royaume Uni. Il a déjà publié des ouvrages sur l’esclavage moderne. Rien d’étonnant donc que la situation de la RDCongo l’intéresse. Car c’est le pays qui regorge la plus grande réserve mondiale de cobalt. Ce minerai très prisé aujourd’hui et dont les bénéficiaires ne se gênent pas de voir le pays producteur transformé en un tombeau à ciel ouvert. Le professeur Kara a sillonné le cobaltbelt, toute la région sud-est de la RDC, le Grand Shaba où se trouvent les plus grandes exploitations minières du pays. Le livre rend compte de son voyage au cœur de ce drame qui ne dit pas son nom.

L’auteur a côtoyé les miniers artisanaux. Il a été frappé par l’écart entre leur misère et les richesses inimaginables du pays. Leur sort est d’autant plus dramatique que certains lui ont confié qu’en cette partie du pays, il vaut mieux de n’avoir pas été né. Une manière de maudire le jour de leur naissance. Mais que faire pour échapper à la famine et à la mort ? Pas d’alternative. Ils ne peuvent que tout tenter. C’est cet instinct de survie qui poussent les jeunes et les vieux à aller creuser le cobalt dans des mines. « Nous travaillons dans nos tombeaux », confient-ils au chercheur.

Rien de dramatisation dans ces propos. Dans cette zone le sang humain ne vaut rien. Les récits des éboulements où les gens vivants sont enterrés au fond des mines artisanales sont légion. Qui s’en émeut ? Personne. Pourvu que le cobalt soit produit et arrive à destination pour alimenter les industries énergétiques de la Chine, des États-Unis, de la France…Nécessité oblige. Sinon comment nos vies auront-elles de l’énergie ? Même au prix du sang humain, la production de cette matière rare continue et notre monde connecté semble ne rien voir.

Qui sont complices de ce silence honteux ? Dans Le cobalt rouge, l’auteur montre que les grands gagnants sont les firmes multinationales étrangères, chinoises américaines, européennes…Celles-ci amassent déjà une quantité énorme de cobalt grâce à l’exploitation industrielle, mais aussi elles achètent à bas prix les minerais issus de la production artisanale ; celle-là qui coûte des vies humaines.

Dans le livre, le chercheur n’épargne pas les complices locaux. Selon lui, le sang congolais n’abreuve pas seulement les empires financiers étrangers. L’élite congolaise y a aussi sa part. Elle s’alimente du sang de ses compatriotes. De retour au Royaume Uni, Kara dit avoir rencontré l’ambassadeur de la RDC à Londres, Mr. François Nkuna Balumuene. Lorsqu’il lui a demandé si les autorités congolaises ne pouvaient rien faire pour empêcher le sang de leurs frères et sœurs de couler, le diplomate congolais lui aurait dit « sa surprise de voir que c’est un étranger qui se soucie du sort des congolais » (p. 218). Des mots qui disent le degré du sadisme des gouvernants congolais.

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Voici donc un livre à lire pour qui veut savoir ce qui se passe en RDC, son coût et briser le silence. Pour les lecteurs anglophones, il est d’accès facile : 7 chapitres précédés d’une introduction et un épilogue, tous sous forme des récits émouvants. C’est étonnant que ce livre n’aie pas eu plus d’audience. C’est sûr qu’en faire trop de publicité troublerait les buveurs du sang congolais versé au Shaba et en ce moment même au Nord-Kivu à cause de la guerre par procuration que mène la mafia M23 et ses sponsors étrangers et locaux. Merci à tous ceux qui, comme le professeur Siddharth Kara et récemment nos joueurs de football à la CAN, refusent de dissimuler ce scandale de notre siècle, le Congogate.