
Nous avons vu « Sacerdoce »
Est-ce que la vocation du prêtre catholique fait encore sens aujourd’hui ? Peut-on de nos jours dépenser sa vie au service d’une institution décrédibilisée par les scandales de ses ministres si on est au courant du rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Rapport Ciase)? Le film « Sacerdoce » prend en rebours ces questions ; sans nier la gravité des faits imputés aux hommes en soutane. Nous l’avons vu le jeudi 21 Mars. C’était une initiative de l’équipe CINEVIE de la paroisse saint Saturnin de Nogent-sur-Marne/ Diocèse de Créteil, dans la salle de cinéma Royal Palace. Le nombre impressionnant des participants témoigne d’un intérêt pour ce film pourtant trop religieux et dans un contexte culturel français où la figure du prêtre n’est pas regardée d’un bon œil; du moins par certains.
En effet, c’est par le témoignage d’une ex victime d’abus sexuels de la part d’un prêtre que commence le récit. Elle dit son profond chagrin et amertume et sa difficulté à franchir encore les portes de l’église. « Je m’y rends de temps en temps. Mais je m’assois au fond pour pouvoir sortir sans me faire remarquer si jamais le remords devenait insupportable » confite-t-elle au jeune prêtre qui écoute désabusé et sans mots. « Je ne saurai expliquer ce mal », balbutie l’homme d’Église avec une voix qui hésite. Et tout de suite, il ajoute : « tout comme je ne saurai dire pourquoi le 80% d’abus incestueux dans les familles ». C’est pour dire combien le drame des abus commis par quelques serviteurs de l’Église est encore frais dans la mémoire de beaucoup de cathos qui avaient pourtant fait confiance à l’Église et ses ministres.
Des hommes d’Église aux profils et aux parcours très différents

Le réalisateur de « Sacerdoce » est Damien Boyer. Au fil d’une narration vive, il dépeint le quotidien de cinq prêtres aux profils et aux parcours très différents. Dans le film, on voit Antoine Reneaut, François Potez, Gaspard Craplet, Matthieu Dauchez et Paul Bénézit racontent le récit de leur vie de chaque jour. Un qui va à la rencontre des gens dans une campagne de la France profonde dont les églises ont été désertées. L’autre qui fait du vélo avec l’espoir que le cyclisme lui permettra de rencontrer des gens qui n’oseraient naturellement pas franchir la porte d'une église. Il y a qui accompagne des Ados en montagne. Il cherche à les aider à trouver un sens à leur vie : se dépasser aussi bien physiquement que spirituellement. Un prêtre d’un âge bien mur parle sereinement de sa vie et fait preuve de sagesse car muri par les expériences de rencontres humaines. Ou encore un qui a quitté son Versailles bourgeois pour aller au service des enfants dans les bidonvilles de Manilles aux Philippines.
A travers un récit très émouvant, Damien Boyer met en scène l’histoire de leur vocation, leurs joies et les épreuves qu’ils traversent. Ils en parlent sans langue de bois et de façon décomplexée. Ils ne cachent pas la dérision à laquelle ils font souvent face de la part des gens qui ont perdu toute confiance dans l’Église. Ils abordent sans tabou leur sexualité. Ils se montrent capables de camper avec une jeunesse qui n’est pas trop accro aux lieux de cultes et au langage parfois grossier…Mais aussi, on les voit comblés par le sentiment d’une mission bien accomplie quand, par des petits gestes ou une parole aimante, ils encouragent et remettent un sourire sur les lèvres des personnes laissées aux périphéries de nos cités hyper riches et connectées, comme pour le cas des enfants dans les rues et les décharges de la bouillante de Manilles.
Alors ainsi sont les prêtres ?

Alors ainsi sont les prêtres ? Pourrait s’exclamer un qui ne connait le prêtre que par ouï-dire. Dans le documentaire, c’est une autre figure du prêtre qui en sort. Des êtres qui mènent une vie humaine décontractée. Très humains, jouissant de petits plaisirs de la vie comme partager entre eux, tout souriant, un bon verre de bière dans le bar du coin, à la grande surprise du barman. On est loin de l’image du prêtre trop sérieux, rompu à ses tâches religieuses, en déphasage avec le monde ou reclus dans les quatre murs de son couvent en attente d’éventuels clients spirituels.
Sacerdoce est un pari gagné qui réhabilite la figure paternelle du prêtre. Et cela au moment où l’Église catholique est tourmentée par l’épineux sujet des abus sexuels et du pouvoir. Il est stimulant pour ceux qui ont fait le choix de devenir prêtre et les sacrifices qu’implique cette décision. Par exemple le fait de renoncer à s’envoler en amour avec une belle fille, avoir des enfants et fonder une famille. Cette image du prêtre de « Sacerdoce » est d’autant plus surprenante que son metteur en scène est un chrétien évangélique. Et donc quelqu’un qui est issu d’une tradition qui chérit le sacerdoce de tous les baptisés au détriment du sacerdoce du petit groupe de ministres ordonnés dont paradoxalement il fait l’éloge.
Peut-être le succès de Sacerdoce vient du fait qu’il ne s’intéresse pas à décrire les fonctions du prêtre : un curé, un vicaire, un aumônier, un célébrant des sacrements…De belles tâches bien sûr, mais dont la routine ne peut aujourd’hui attirer un jeune en quête d’une vie plus cool. La fonction du prêtre, « boring job, diraient les plus branchés de notre temps. L’option prise par le réalisateur et les acteurs, c’est de faire connaître le prêtre à travers « ce qui le fait vivre ». Il n’est pas avant tout le serviteur d’une religion ou d’une institution louable soit-elle. Il est le témoin d’un amour. L’amour reçu de Dieu et dont il se charge de faire écho dans la trame de l’histoire de gens qu’il rencontre. Son rôle n’est pas de remplir les églises des gens. Il ne se plaint pas de voir que les gens ne viennent plus vers Jésus. Plutôt, « il porte Jésus aux gens », dit sereinement le prêtre missionnaire dans le bidonville de Manilles. Et c’est là qu’apparait toute la beauté de la vocation du prêtre sans rien diminuer à la valeur des autres vocations : le mariage, l’enseignant, le médecin…
« Sacerdoce » ne dit pas tout du prêtre

On peut se demander si « Sacerdoce » n’est pas le chantre de l’image du « prêtre- celebrity » ou « le prêtre-one man show » ? C’est l’impression que donne le film à première vue. Alors qu’on parle trop aujourd’hui de l’Église synodale où prêtres et laïcs se mouillent tous les maillots pour annoncer l’évangile, la figure du prêtre tend à se manifester dans « Sacerdoce » comme un prêtre cavalier solitaire ; très ingénieux et sympa par ailleurs. Dans son quotidien, c’est son côté extraordinaire qui est mis en évidence. Il est hors du couvent, du service journalier de l’autel célébrant les sacrements, du bureau paroissial…Et pourtant ce sont des lieux ordinaires de l’exercice du ministère sacerdotal. Hormis les nombreux admirateurs du film dont moi-même, certains participants n’ont pas hésité à soulever ces remarques.
Heureusement les organisateurs de l’événement ont bien accueilli ces interrogations. Ils ont aussi rappelé, avec raison, que le réalisateur de « Sacerdoce » avait fait un choix : rendre un hommage poignant à la vocation sacerdotale, dans toute sa beauté et sa difficulté. Peut-être il produira un autre film sur la vie du prêtre de paroisse et en paroisse. C’est un souhait qui a été formulé. Même avec ces réserves, le projet me semble avoir atteint son but. En refusant de mettre tous les prêtres dans le même panier et en montrant le côté positif de ces hommes qui n’épargnent aucun effort pour que l’évangile du Christ soutienne et fasse vivre des hommes, des femmes, des jeunes et des enfants, le réalisateur, sans être catho, avec ses amis prêtres-acteurs, se sont mis au diapason de tous ceux qui n’hésitent pas à dire leur : « gratitude aux prêtres » et s’engager à « les soutenir par la prière, l’amitié et la collaboration ». Tout cela pour la gloire de Dieu et le bonheur humain partagé. Pour cette raison et d’autres encore, « Sacerdoce » est un film que je n’hésiterai pas à revoir et à conseiller à un ami à voir. Un grand merci aux organisateurs !



