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"Pacem in Terris : Une encyclique intemporelle pour les défis du monde d'aujourd'hui"


Célébrer 60 ans de l'Encyclique « Pacem in Terris » est une occasion de revisiter les fondements de la Doctrine Sociale de l'Église dans son effort de nous aider à construire une société plus humaine et plus juste. L'objectif de cet article est d'inciter à la lecture de ce document essentiel du magistère de Saint Jean XXIII afin de redécouvrir en lui des pistes fondamentales pour la construction de la paix. Si en 1963, lors de sa publication, le monde vivait le sommet symbolique de la Guerre Froide avec la crise des missiles, aujourd'hui nous avons l'impression de régresser dans le temps. En ce moment, comme l'a dit le Pape François, nous vivons une Troisième Guerre Mondiale "par morceaux". Le monstre de la guerre ne détruit pas seulement en Ukraine et en Russie, mais aussi en Arménie, en Azerbaïdjan, en Iran, au Yémen, en Éthiopie, en RDC, au Cameroun, au Soudan et dans les pays du Sahel, au Venezuela, en Colombie, au Nicaragua et, malheureusement, la liste ne s'arrête pas là. Le rappel du "Papa Buono" est encore nécessaire et actuel : "Pour tous la chose est évidente ou du moins elle devrait l’être : tout comme les rapports entre les particuliers, les relations internationales ne peuvent se régler par la force des armes ; ce qui doit les régir, c'est la norme de la sagesse, autrement dit la loi de vérité, de justice, de solidarité cordialement pratiquée" (Pacem in Terris, 114).

L'Encyclique a été publiée le 11 avril 1963, un Jeudi-Saint, moins d'un an après la crise des missiles entre l'Union Soviétique et les Etats-Unis. Le 25 octobre 1962, le Pape Roncalli a envoyé un message radio au monde qui a révélé l'état d'esprit de l'humanité tout entière : "Tandis que vient de s'ouvrir le Deuxième Concile œcuménique du Vatican, dans la joie et l'espérance de tous les hommes de bonne volonté, voici que des nuages menaçants viennent assombrir à nouveau l'horizon international et semer la crainte dans des millions de familles." À ce moment-là, il était connu que l'arsenal nucléaire des deux grandes puissances était plus que suffisant pour détruire la vie humaine. Le Pape a continué en disant : "(...) l'Église n'a rien tant à cœur que la paix et la fraternité entre les hommes, et elle travaille, sans se lasser, à les établir. Nous rappelions à ce propos les graves devoirs de ceux qui portent la responsabilité du pouvoir. Et Nous ajoutions : La main sur la conscience, qu'ils écoutent le cri angoissé qui, de tous les points de la terre, des enfants innocents aux vieillards, des personnes aux communautés, monte vers le Ciel : paix ! paix !». Les Caraïbes sont devenues le centre du monde, la tension est haute et les autorités continuent à suivre la politique du plus armé. Les menaces réciproques entre Kennedy et le leader du parti communiste soviétique, Khrouchtchev, ne laissent pas d’espace à l’espérance. Le Pape Jean XXIII propose la voie diplomatique de la rencontre et du dialogue : « Nous supplions tous les Gouvernants de ne pas rester sourds à ce cri de l’humanité. Qu’ils fassent tout ce qui est en eux pour sauver la paix. Ils éviteront ainsi au monde les horreurs d'une guerre, dont nul ne peut prévoir quelles seraient les effroyables conséquences. Qu’ils continuent à traiter, car cette attitude loyale et ouverte a grande valeur de témoignage pour la conscience de chacun et devant l'histoire. Promouvoir, favoriser, accepter des pourparlers, à tous les niveaux et en tout temps, est une règle de sagesse et de prudence qui attire les bénédictions du Ciel et de la terre ».

Nous ne pouvons pas savoir si l’appel du Pape a été la clé d’un changement de politique, mais ce que nous savons c’est que le lendemain de son message, un accord s’est établi entre Moscou et Washington et que la tension a commencé à baisser. Ce n’était pas la fin du conflit, qui durera jusqu’aux années 90. Déjà à cette époque, la guerre froide avait alimenté des conflits et divisions en Chine, Corée, Indochine, Égypte, Grèce, Hongrie et à Berlin. L’Église ne pouvait pas rester en silence. Les deux guerres mondiales et les conséquences humaines et économiques n’ont pas suffi à faire comprendre aux puissances de l’époque que la guerre n’est jamais une solution. Aujourd'hui, soixante ans après l'Encyclique Pacem in Terris, le monde continue de faire face à de nombreux conflits qui font souffrir des millions de personnes. Il est plus que jamais nécessaire de rappeler les paroles de Jean XXIII. La paix et la fraternité entre les hommes sont des valeurs que l'Église défend sans relâche, et il est essentiel que les gouvernants travaillent ensemble pour les établir, en suivant la voie de la sagesse, de la vérité, de la justice et de la solidarité.

La voix de l’Église se faisait nécessaire, c’est ainsi que naît ce texte magnifique, la Pacem in Terris. L’encyclique est brève, elle est divisée en 4 parties qui, comme dans une spirale croissante, développent le thème des rapports humains dans toutes ses dimensions. Après une introduction, la première partie parle de l’ordre entre les êtres humains (8-45) ; la seconde des rapports entre les hommes et les pouvoirs publics au sein de chaque communauté politique (46-79) ; la troisième des rapports entre les communautés politiques (80-129) ; et la quatrième des rapports des individus et des communautés politiques avec la communauté mondiale (130-145) ; comme conclusion, le Pape donne à l’Église des directives pastorales (146-172).

Dans un premier temps, deux choses simples, mais importantes, se révèlent au lecteur : premièrement, l’Encyclique n’a pas été adressée seulement au monde chrétien, le Pape Jean XXIII la dédie aussi « à tous les hommes de bonne volonté ». Le fait de ne pas s’adresser seulement au monde catholique – cela était une nouveauté à ce moment-là – peut nous dire que l’Église sait que la paix ne pourra naître que de l’effort conjoint de toute l’humanité. Et, en même temps, que l’Église est en mesure d’aider le monde à « rétablir les rapports de la vie en société sur les bases de la vérité, de la justice, de la charité et de la liberté » (PT 163). Deuxièmement, l’expression « signes des temps », nonobstant le fait qu'elle ne fasse pas vraiment partie du texte, elle apparaît quatre fois dans des sous-titres conclusifs de chaque grande partie. Le Pape avait déjà utilisé cette expression au moment de la convocation du Concile dans la Constitution Apostolique « Humanae Salutis » (Cf. HS, 4) et elle reviendra avec force dans des documents ultérieurs (Gaudium et Spes 4, 11, 44 ; Unitatis redintegratio 4 ; Presbyterorum ordinis 9 ; Apostolicam Actuositatem 14 ; Dignitatis Humanae 15). L’ouverture au monde et la contemplation des signes des temps sont des caractéristiques fondatrices du grand projet du Pape Jean XXIII au moment de la convocation du Concile. Cela révèle beaucoup de sa vision d’Église qui se met à l’écoute de tous en cherchant à réaliser, guidée par l’Esprit Saint, sa mission au cœur de ce monde tel qu'il est, et dans le cadre de l’encyclique, cela nous offre sûrement une clé de lecture.

Des points importants pour l'actualité sont présents dans ce texte et méritent notre attention : une belle définition de la paix ; un discours ecclésial sur les droits de l'homme ; le discours sur le désarmement et enfin, la proposition d'une diplomatie renouvelée. Commençons par le premier, la définition de paix. En lisant ce texte, nous découvrons que le Pape ne propose pas une définition immédiate de la paix, mais la présente comme la conséquence des relations sociales basées sur la justice, la charité ou solidarité, la vérité et la liberté. Nous pouvons imaginer la paix comme une belle mosaïque dont les tesselles qui la composent sont celles présentées plus haut. Dans le texte, il est difficile de trouver une citation qui définit la paix, mais nous trouvons un fort indice dans cette citation : "(...) la paix n'est qu'un mot vide de sens, si elle n'est pas fondée sur l'ordre dont Nous avons, avec une fervente espérance, esquissé dans cette encyclique les lignes essentielles ; ordre qui repose sur la vérité, se construit selon la justice, reçoit de la charité sa vie et sa plénitude, et enfin s'exprime efficacement dans la liberté" (PT 167).

Un autre aspect important de cette encyclique pour le développement de la Doctrine Sociale de l’Église est le discours sur les droits de l’homme (le mot "droit" apparaît plus de 100 fois dans le texte), reconnus par le Pape comme principe universel, qui va au-delà des frontières nationales et religieuses et sont à la base de la construction de la paix : « Et une fois que les normes de la vie collective se formulent en termes de droits et de devoirs, les hommes s'ouvrent aux valeurs spirituelles et comprennent ce qu'est la vérité, la justice, l'amour, la liberté ; ils se rendent compte qu'ils appartiennent à une société de cet ordre. Davantage : ils sont portés à mieux connaître le Dieu véritable, transcendant et personnel. Alors leurs rapports avec Dieu leur apparaissent comme le fond même de la vie, de la vie intime vécue au secret de l'âme et de celle qu'ils mènent en communauté avec les autres » (PT 45). Le Pape cite la Déclaration Universelle des Droits de l’homme et la considère comme un pas important pour la transformation sociale de la communauté humaine. Il affirme cependant ses limites et voit l’ONU comme un organisme en phase de croissance (Cf. PT 143-145).

Enfin, un dernier aspect à prendre sérieusement en considération est, sans aucun doute, l’enseignement du Pape sur le désarmement (Cf. PT 109-119) et l’urgence des relations internationales basées sur la fraternité et absolument pas sur la peur. Partons de la certitude que « (…) il devient humainement impossible de penser que la guerre soit, en notre ère atomique, le moyen adéquat pour obtenir justice d'une violation de droits » (PT 127). La course aux armements comme chemin d’équilibre international est une voie qui ne respecte pas l’ordre naturel des relations humaines, qui ne doit pas être établie par la peur mais par la justice, la liberté, la solidarité et la vérité. À sa place, le Pape propose la voie des relations internationales basées sur la confiance : « Cela suppose qu'à l'axiome qui veut que la paix résulte de l'équilibre des armements, on substitue le principe que la vraie paix ne peut s'édifier que dans la confiance mutuelle. Nous estimons que c'est là un but qui peut être atteint, car il est à la fois réclamé par la raison, souverainement désirable, et de la plus grande utilité. (…) Que les assemblées les plus hautes et les plus qualifiées étudient à fond le problème d'un équilibre international vraiment humain, d'un équilibre à base de confiance réciproque, de loyauté dans la diplomatie, de fidélité dans l'observation des traités. Qu'un examen approfondi et complet dégage le point à partir duquel se négocieraient des accords amiables, durables et bénéfiques. » (PT 113 ; 119).

Le Prince de la Paix. Reconnaissant que la paix soit un bien suprême, très élevé pour nos propres forces, le Pape confie ce projet au Seigneur Prince de la Paix, qui nous a présenté l’amour comme chemin sûr de salut pour tous les hommes. Avec le Pape prions au Seigneur en demandant : « Qu’il bannisse des âmes ce qui peut mettre la paix en danger, et qu'il transforme tous les hommes en témoins de vérité, de justice et d'amour fraternel. Qu'il éclaire ceux qui président aux destinées des peuples, afin que, tout en se préoccupant du légitime bien-être de leurs compatriotes, ils assurent le maintien de l'inestimable bienfait de la paix. Que le Christ, enfin, enflamme le cœur de tous les hommes et leur fasse renverser les barrières qui divisent, resserrer les liens de l'amour mutuel, user de compréhension à l'égard d'autrui et pardonner à ceux qui leur ont fait du tort. Et qu'ainsi, grâce à lui, tous les peuples de la terre forment entre eux une véritable communauté fraternelle, et que parmi eux ne cesse de fleurir et de régner la paix tant désirée » (PT 117).