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Entre ciel et terre : la naissance selon la tradition Shi de la RDCongo


La naissance chez les Bashi est un événement marqué par des rituels spécifiques afin de souligner l'importance accordée à la procréation. Des pratiques anciennes, telles que la célébration des naissances gémellaires comme étant liées au surnaturel, persistent encore, bien que de nombreux autres rites et pratiques aient évolué avec le temps et les influences modernes.

  • DE LA NAISSANCE DANS LA CULTURE SHI

Dans la culture Shi, la femme qui conçoit est dite avoir de la chance (Iragi) et c’est Nyamuzinda (Dieu) qui l’a permis[1]. Au cas où cela n’arriverait pas ou tarde à arriver, la femme prendra l’initiative de faire des sacrifices aux ancêtres auxquels elle offrira la boisson, la nourriture (spécialement la viande), et du feu afin qu'ils intercèdent pour elle auprès de Nyamuzinda pour qu’il lui accorde la chance de la procréation.

Si la femme ne parvient pas à concevoir après une période donnée, les belles mères du couple prennent l’initiative d’organiser une réunion d’urgence dans le but d'inspecter s’il n’y a pas des différends entre les deux familles qui empêcheraient la jeune mariée de prendre un bébé dans son sein.

  • PROCESSUS DE LA NAISSANCE

Comme dans beaucoup d’autres cultures africaines, la naissance dans la culture Shi présente plusieurs étapes dont : la période avant l’accouchement, la période de l’accouchement et la période après l’accouchement.

La période avant l’accouchement est caractérisée par, des pratiques qui ont pour objectif de favoriser un bon accouchement. Il s’agit de la consultation des devins pour s’assurer que le fœtus est bien envoyé par les ancêtres, qui cherchent à prolonger leur descendance. Il y a des interdits pour la femme enceinte comme celui de ne pas toucher à un cadavre afin d’éviter une fausse couche. Il s’observe aussi la consommation régulière d’une tisane faite à base des feuilles spéciales pour favoriser une bonne évolution de la grossesse et permettre un accouchement réussi. Ces feuilles sont souvent livrées par les sages-femmes. Notons que ces pratiques sont fréquentes dans les milieux ruraux. Dans les zones urbaines, telles pratiques semblent disparaître avec la modernisation des structures sanitaires. Il sied également de souligner que pendant cette période, la femme enceinte ne connaîtra pas d’autres hommes que son mari, si non, elle pourrait perdre son bébé dès l’accouchement.

Quant à la période sensible de l’accouchement, elle débute lorsque la femme commence à subir les douleurs de l’enfantement (mikero). Dans cette situation, elle devra s’éloigner de sa maison (sa case dans les milieux ruraux), car dans le Bushi, il était strictement interdit d’accoucher dans la maison familiale. Elle devra alors se trouver un endroit sûr dans lequel elle devra accueillir son nouveau-né avant de le ramener sous le toit paternel. Cependant, dans les zones urbaines, cette activité se passe très souvent dans les hôpitaux avec l’assistance d’un professionnel soignant. Quant aux milieux ruraux, l’accouchement peut se dérouler dans une hutte d’à côté ou à un endroit sûr autre que la maison familiale. Elle est toujours accompagnée d’une sage-femme, une accompagnatrice expérimentée dans la matière d’accouchement.

Pendant ce moment d’accouchement, le mari ne peut apporter aucune assistance de quelque nature que ce soit, car il n’est pas permis qu’un homme participe à l’accouchement de son épouse. Il sera par ailleurs informé par la sage-femme qui après avoir accompagné la nouvelle mère dans son processus d’accouchement, elle aurait la notoriété de répandre la nouvelle. Suivra après l’attribution du nom de l’enfant. Nous constatons qu’avec la modernité, la femme qui tend à accoucher se fait toujours accompagner d’une de ses amis proches et de confiance. Celle-ci aurait alors le rôle d’annoncer la nouvelle au moment opportun.

Lors de la période du post accouchement, il est important de souligner quelques attitudes à tenir en compte lorsqu’une femme vient d’accoucher. En premier, dès que la femme finit ses couches, il lui faut un repas bien chaud pour pouvoir se ressaisir. Dans la culture Shi, cela relève de la compétence de son mari de lui faire préparer un repas (ce qu’elle aime bien) et le lui faire présenter. Il est préférable d’apprêter la viande de chèvre, beaucoup plus encore les parties internes (les entrailles) accompagné des feuilles de manioc (le sombe) et la pâte de sorgho (buntu bwa mahemba), pour stimuler et favoriser l’allaitement.

Bref, la naissance dans la culture Shi demeure un des événements les plus importants, les plus heureux et les plus attendus. Elle réunit les familles, elle donne de l’espoir surtout au couple nouvellement marié. Elle perpétue la lignée ancestrale et fait respecter la tradition. La présence d’un nouveau-né dans une famille crée de la joie, établit de l’harmonie, change le statut de parents, surtout quand celui-ci est le premier-né. Un enfant dans la culture Shi est un signe de bénédiction, de prospérité et de dignité pour la famille. Il est donc extrêmement urgent pour un couple marié culturellement d’avoir un enfant.  

 

[1] P. COLLE PARLE DES BASHI, DU MASHI ET DU BUSHI. Connaître ce qu’on dit de moi pour apprécier et affirmer ce que je suis | Nyabangere's Blog pour le développement