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L'accueil de la naissance et l’attribution du nom chez le peuple Nande de la RDC


          L’être humain a toujours été caractérisé par son approche vis-à-vis de la naissance. Reçue comme un événement accueillant un nouvel être dans ce monde, la naissance recouvre plusieurs rites et symboles pour célébrer la vie. Caractérisé de même par sa manière d’être identifié par un nom, l’être humain considère ce dernier comme un signe d’existence signifiant l’entrée du nouveau-né dans ce monde et son appartenance à une famille, une société ou une culture donnée. Il en est ainsi chez les Nande. Dans cette culture, l’accueil de la naissance est étroitement lié avec l’attribution du nom. Cette dernière suit immédiatement la naissance et est un droit culturel, car le nom véhicule un message, un contexte, un appel et un caractère.        

Origine et actualité du peuple Nande de la RDC

          D’emblée, il sied de signaler que les Nande, autrement appelés ‘yira’ sont un peuple bantou d’Afrique centrale établie à l’Est de la République Démocratique du Congo, dans les territoires de Beni et Lubero dans la province du Nord-Kivu et le territoire d’Irumu dans la province de l’Ituri. Ils ont aussi en Ouganda dans les districts de Bundibugyo, Kasese et Ntoroko. Les Banande sont originaires de Muhulungu en Ouganda et ils seraient venus de l’Afrique de l’Est pour s’installer dans la région de Kitara-Hoima, toujours en Ouganda. Les Nande du Congo auraient mystiquement traversés la rivière Semuliki, séparant la RDC et l’Ouganda, sur le dos du dragon (o’mughongo we ndioka) pour s’installer au Congo.[1]

          Comme tout événement heureux, la naissance est généralement suivie d’une grande joie. Joie d’accueillir un nouvel être, joie de voir la prospérité dans la famille, joie de célébrer la vie. Peu importent les circonstances malheureuses qui pourraient entraver cet accueil, les Nande respectent la vie et se doivent de l’accueillir dès sa conception jusqu’à la naissance. Cependant, dépendamment des circonstances de la naissance, les rites peuvent varier, en cas de la naissance d’un enfant issu d’une union illégale et illégitime par exemple, la naissance d’un enfant avec handicap, etc. La naissance chez les nande implique plusieurs rituels qui accompagnent l’enfant dès avant sa naissance jusqu’à la fin de l’allaitement. Parmi les rituels de l’après-naissance, nous pouvons évoquer trois principaux, entre autres l’eriyaghembya, l’erisumbukya et l’eriluhukya.[2]

Eriyaghembya : L’annonce de la naissance

          Le tout premier rite consiste à annoncer la nouvelle : l’eriyaghembya. Après la naissance, le mari doit aller annoncer la nouvelle aux beaux-parents. Cette annonce se fait en apportant un cadeau aux grands-parents maternels de l’enfant. A cette occasion, ceux-ci se font couper quelques touffes de cheveux dans la partie frontale, en signe d’acceptation et de réception de la nouvelle. C’est même cet acte qui donne sens au terme « eriyaghembya » (aller se faire couper les cheveux).

Erisumbukya : La visite de la grand- mère maternelle

Après l’annonce ritualisée de la naissance du bébé, sa grand-mère maternelle doit lui rendre visite (erisumbukya) conditionnée de l’offrande du cadeau qui lui permet de bercer l’enfant. Après elle, la grand-mère paternelle doit aussi lui rendre visite. A cette occasion, elle doit aussi suivre l’état sanitaire de sa belle-fille et lui prodiguer des conseils, pour son bon soin ainsi que celui de l’enfant.

Eriluhukya : l’exposition de l’enfant  au soleil

          Quant au troisième rite : eriluhukya, quelques jours après la naissance, l’enfant est exposé au soleil. Ce rite est destiné à favoriser son passage dans le monde des vivants, en lien avec le monde des ancêtres. Le soleil (eryuba) symbolise la lumière, la vie, le souffle. L’enfant est exposé au soleil levant, généralement attribué aux enfants et non jamais au soleil de midi, pour lui éviter les conséquences des rayons ultraviolets. Le soleil couchant est généralement attribué aux vieillards, car il symbolise l’espérance, le passage dans l’au-delà (ekihira ky’abafu).[3]

           La naissance est suivie de l’attribution du nom (ezina). Ce rite peut varier dépendamment des circonstances de la naissance (lieu d’accouchement, condition physique du nouveau-né, relations maritales au sein du couple, etc.) Nous pouvons évoquer ici quelques noms issus de l’ordre chronologique de la naissance.

L’attribution du nom (ezina) selon les genres

Naissance d’un garçon

             Dans la famille, chaque enfant porte un nom qui souligne son identité et sa personnalité. Chez les hommes, le nom donné à chacun est porteur de signification et du rôle familial et social qu’on lui attribue. Le fils aîné de la famille (mohola mukulu) peut s’appeler MUMBERE, NZANZU, PALUKU ou KAMBERE. Il est « omuluki w’ekihanda » (celui qui tisse la famille). Le deuxième s’appelle KAMBALE, TSONGO ou KOMBI : « oyuka onghoza ekihanda » (celui qui dirige la famille). Le troisième : KASEREKA, MASEREKA ou KABUYAYA : « oyukachirika ekihanda » (celui qui fait la défense de la famille). Le quatrième : KAKULE : « oyukabika ebindu byekihanda » (celui qui gère les biens de la famille). Le cinquième : KATEMBO : « oyuka hushika ne sende » (chargé des travaux simples) Le sixième : MBUSA, KAVUSA : « oyuka mbusira ekihanda » (chargé de la diplomatie).

Naissance d’une fille

            La première fille (mwali mukulu) s’appelle : KANYERE, MASIKA, SOKI : « oyuka nyerera sakira ekihanda » (chercher à manger). La deuxième : KAVIRA, BIIRA ou KATSIRAVWENGE : « oyukabiraya » (chargée de l’hygiène et de la propreté). La troisième : KAVUGHO, KASWERA : « oyukabuhirira » (chargée de la communication). La quatrième : KAHAMBU : « oyukahambirira abandi » (celle qui aide les autres). La cinquième : KATUNGU : « omuthungi » (chargée de l’élevage et de l’esthétique). La sixième : KYAKIMWA, NZIAVAKE : « oyuka kimwa » (chargée d’accueil). La septième : KATYA, KALIVANDA : « oyukatsiaba » (chargée de protocole).

          Dans un monde d’aujourd’hui, en pleine mutation, sous influence de la mondialisation et tous ses corollaires, dans un monde de plus en plus libéral, dans lequel, presque tout ce qui est lié à la tradition semble être démodé, beaucoup de personnes, surtout celles qui habitent les milieux urbains, perdent petit à petit, certaines pratiques traditionnelles. La culture nande n’en est pas épargnée. Plusieurs pratiques importées semblent prendre de l’ampleur ainsi que la place des rites ancestraux de l’accueil de la naissance. Quant à ce qui concerne l’attribution du nom, certains ne suivent plus l’ordre chronologique et attribuent à leurs enfants des noms étrangers, parfois sans aucun lien avec la culture. Toutefois, beaucoup continuent de suivre la tradition mais sans pour autant connaitre la valeur ou la signification de ces noms.

 

[1] KANAMUNGOYA F., Ubuntu et les savoirs endogènes chez le peuple Nande (Banande, Yira), USAKIN, Kinshasa, Recherche en philosophie africaine, 2022, p.24.

[2] https://www.bing.com/ck/a?!&&p=9&psq=RITES+DE+LA+NAISSANCE+CHEZ+LES+NANDE&upsq.html

[3] https://michaelmuhindo.blogspot.com/2016/04/normal-0-14-false-false-false-fr-x-none.html