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La naissance chez les Bamilékés du Cameroun


La naissance désigne le début de la vie, défini par le moment où un enfant sort du ventre de sa mère[1].Comme c’est le moment où l’enfant commence sa vie indépendante marquant la transition de l'organisme maternel à l'existence autonome, chaque groupement ethnique a sa façon d’accueillir cet évènement joyeux. Voyons comment les Bamilékés vivent ce premier cycle de la vie.

Origine des Bamilékés

Les Bamilékés (peuple autochtone de l'Ouest et du Nord-Ouest du Cameroun) sont issus des Baladis , peuple de l'Égypte ancienne au IXe siècle. Ils ont immigré vers la région Tikar vers le milieu du XIIe siècle et se sont divisés vers les années 1360, à la mort de leur dernier souverain unique, le roi Ndeh. Les Bamilékés ont fondé plusieurs groupements dont : Bafoussam et Bamoun, qui ont ensuite donné naissance à d’autres groupements entre le XVe siècle et le XXe siècle. Ainsi, les Bamilékés sont connus non seulement pour leur esprit commercial mais aussi pour leur organisation sociale en chefferies puisque chaque chefferie est dirigée par un roi (ou Fo).[2]

Le sens de la naissance chez les Bamilékés

Chez les Bamilékés (ou Grass land), la naissance d’un enfant est la source de joie intense en tant qu’une bénédiction de Dieu. La famille bénéficiaire de la naissance est assurée de la perpétuation de la lignée familiale, de la richesse, du respect et d’une vie accomplie. Chez les « Bamilékés » lorsqu’un enfant vient au monde c’est une occasion d’action de grâce au grand donateur. Néanmoins, après la naissance, la reconnaissance culturelle s’impose.  Pour que l’enfant soit reconnu par la tradition des Bamilékés, quelques rites sont prévus selon les conditions de naissance.

Pour un enfant né par la voie normale

L’attribution du nom

Pour les « Bamilékés », la venue d’un nouveau-né est considérée comme la réincarnation de la vie d’un de ses grands-parents. Le nom que l’on attribue à l’enfant est celui de l’un des parents du côté maternel ou paternel. Si la maman est célibataire, l’enfant portera automatiquement le nom de l’un des parents de sa famille.[3]

L’enterrement du cordon ombilical

Pour ce rituel, la grand-mère conduit sa fille dans la concession familiale du couple où elle va enterrer le cordon ombilical de l’enfant.  Cet endroit doit rester secret. Soulignons que dans quelques villages certains enterrent le nombril en y mettant du sel et l’huile de palme. Par exemple chez les Bafoussam, pour enterrer le cordon ombilical au village, ils préparent la nourriture et font le Salaka (partage)[4]. Le lieu est choisi en prévoyance d’autres rites de protection de l’enfant.  Pour ce faire, une personne est appelée pour verser de l’huile et du sel de mer en prononçant des paroles dans l’une des langues vernaculaires des bamilékés. Cependant, n’est pas n’importe qui pouvant assister à l’enterrement du cordon ombilical. On craint qu’une personne de mauvaise foi puisse le déterrer et prononcer des malédictions sur l’enfant.  Pour couronner ce rite, on organise une fête pendant laquelle les amis et des connaissances sont invités pour partager la nourriture de la circonstance (Nkui, le bouillon de banane découpé avec poisson fumé). Rappelons aussi qu’après l’accouchement, la mère consomme le Nkui pour qu’elle ait assez du lait pour nourrir le nouveau-né.

Le cas d’un bébé en siège

Pour un enfant qui naît naissant en commençant par ses pieds, les parents et l’enfant se voient attribués  des noms particuliers . Ainsi, l’enfant portera le nom « Tcheutchoua », le papa  « Tatcheu » et la maman « Matcheu ».

Pour le cas des jumeaux

Le rite des jumeaux chez les « Bamilékés » est une cérémonie de purification et de protection qui a été instaurée pour éviter que les mauvais esprits ne prennent possession des jumeaux et ne les amènent à faire le mal tout au long de leur vie. Normalement, c’est un privilège chez les peuples « Bamilékés » lorsqu’un couple conçoit des jumeaux.[5]Une telle naissance apporte du changement non seulement pour la famille, mais aussi pour toute la communauté. Bien que les jumeaux représentent la source de bénédiction, ils peuvent aussi représenter une source de malédiction si rien n’est fait pour les garder du mauvais œil. C’est la raison d’être des certains rituels:

Avant d’être présenté à la communauté, les jumeaux et leurs parents font d’abord une retraite de deux semaines. Pendant cette période, ils vivent dans une case sacrée en retrait des membres de la famille, où ils sont soumis au rite des jumeaux appelé « Te mhak » ou « Nsi » dépendamment du village pour ceux qui les font comme les villages Baham et Bandjoun.[6] Après ce rite, la famille accueille les jumeaux lors d’une fête dédiée à eux.

Le rite des noms attribués aux jumeaux et à ceux qui naissent après eux

Les jumeaux ont des noms particuliers en pays bamiléké :

  • « Ngondja»« Ntaa koungang »« Soffo »(ami de Dieu)
  • Des noms qui se terminant par « Fack» (Donfack, Nanfack, Sonfack) pour signifier « Nous sommes jumeaux ».
  • Chez les « Bangou » le nom des jumeaux se termine par C’est une façon de leur donner du respect (Djomeni, Djeumeni, Sanmegni).[7] Les parents des jumeaux bénéficient aussi des honneurs. Leur mère s’appellera « Magniou Mekhu » et le père, « Tagni ou Tékhu ».
  • Lorsqu’un enfant naît après les jumeaux, il porte lui aussi un nom particulier : Si c’est un garçon, il s’appellera « Kengne ou Tala », si c’est une fille, elle s’appellera aussi « Kengne ou Mala ».[8]
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Autres pratiques coutumières liées à ce rite

  • On plante l’arbre de paix devant la maison pour dérouter toute mauvaise intention.
  • On place à côté de leur lit la canne des jumeaux
  • Lorsque on rend visite les parents des jumeaux « Voir Bébé », les objets les plus précieux à offrir aux parents sont le Jujube (dedem) et l’arbre de paix (Feukak)[9].

            Pour clore, la naissance chez les Bamilékés est une occasion de se réjouir. Et la manière d’accueillir le nouveau-né dépend des circonstances multiples liées à sa naissance. Comme la culture des Bamilékés est au pluriel, il y a d’autres aspects culturels en relation avec la naissance qui nécessitent des recherches approfondies.

 

[1] Eurostat. https://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php?title=Glossary:Birth/fr

[2]les bamilékés origine - Recherche

[3] https://youtu.be/EMT0kgdsRiw?si=YdPQ1kEVsWPQ6H3u

[4] Source orale : discussion avec Yonnang Edwige

[5] Les Rites des Jumeaux : une cérémonie spéciale chez les Bamilékés

[6] Rite des jumeaux chez les bamiléké - Vikidia, l’encyclopédie des 8-13 ans

[7] Source orale : discussion avec maman Kemegni Lysette

[8] Les Rites des Jumeaux : une cérémonie spéciale chez les Bamilékés

[9] Bamiléké suite & fin | Rétro & Perspectives d'Afrik