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L’adolescence chez les Bashi de la RDCongo


Les Bashi sont une tribu située à l’Est de la République Démocratique du Congo, dans une région appelée Bushi, qui comprend les territoires de Walungu et Kabare. Ils parlent le Mashi (ou Shi), une langue bantoue. Ils sont l’un des anciens peuples de la région des grands lacs. La société Shi est bien structurée, chaque membre a un rôle à jouer selon son âge, son sexe et son rang social.  L’adolescence est alors une période cruciale dans la vie de chaque individu et chaque société en général, et au Bushi en particulier. C’est le moment où l’enfant commence à tendre vers l’âge adulte. Dans le Bushi traditionnel, cette étape était encadrée par la culture, la famille et toute la communauté. Nous allons voir dans les pages suivantes comment cette période était perçue et encadrée dans la culture Shi.    

 L’adolescence dans la culture traditionnelle Shi

Affirme Jean Vansina, « les société africaines traditionnelles accordent une importance fondamentale aux étapes de la vie, car chacune prépare l’individu à remplir une fonction sociale précise ».[1] Cette affirmation s’applique entièrement à la culture Shi où l’adolescence est perçue comme une phase de formation sociale et morale comme le dit un proverbe Shi obufumu omuntu arhishi bwo bumulya engoko [2] qui pourrait se traduire littéralement par : la remède que l’on ne connait pas coûte cher. Ainsi donc, l’adolescence n’est pas perçue comme une étape de libertinage ou de vagabondage affectif et sexuel, mais comme un temps délicat où les parents doivent être prudents dans l’éducation de leurs enfants[3]. Les anciens, responsables des jeunes adolescents, jouent un rôle central dans la transmission des savoirs traditionnels, des règles de conduite et des valeurs, afin de former de véritables Bashi.

Les adolescents Shi sont fougueux, curieux, avides de liberté et d’indépendance. Les adultes, forts de leur expérience, reconnaissent ces illusions et trouvent des manières sages de les accompagner quel que soit par le travail ou par  dialogue instructif car les anciens étaient persuader que le travail n’est pas seulement une activité économique mais une véritable école de formation sociale »[4] bien que cela soit ardu à cause de la « toute-puissance » ressentie par les jeunes adolescents. Il nous est impérieux de souligner que l’adolescence était perçue différemment selon le sexe. Pour les garçons, l’accent est mis beaucoup plus sur la responsabilité économique (le travail) et social, par ailleurs, chez les jeunes filles il était étroitement lié à l’apprentissage des rôles domestiques, à la maternité et à la fécondité. De ce fait, la société attend des jeunes adolescents des futures responsables et garant de la tradition.  

L’adolescence des garçons (Balume)

On attend des jeunes garçons qu’ils deviennent chefs de famille et assurent la subsistance. Ils feront en premier lieu une initiation guerrière pour l’apprentissage du maniement des armes blanches (Machette Mugushu, Lance Itumu, couteau Kere). Les pères leur enseignent à aiguiser et fabriquer ces armes en suite une initiation agro-pastorale gardiennage du bétail, culture des champs avec le père. L’enfant d’un Shi ne peut pas voler les biens d’autrui « Omwana w’omushi arankazimba ebyabene » . Il recevait aussi une formation  sociale centrée sur la solidarité (Cinyabuguma) et du principe « Mulangane », veillez les uns sur les autres. On dit : « Omulume ajirwa n’owabo », un homme est fait d’un autre homme, ou encore « Ntamulume yene », il n’existe pas d’homme seul. A l’âge 15-18 ans approximativement, un garçon doit déjà penser à quitter la maison de son père pour fonder la sienne. Le père lui répète souvent : « Ahamwani hano », ici, c’est chez moi. Comprenons donc que  les jeunes garçons sont soumis à ce stade à une forte pression sociale : ils doivent se battre pour réussir économiquement et respecter les coutumes, car ils sont responsables de la subsistance des Bashi partout où ils se trouvent.

                   L’adolescence des filles (Banyere)

La culture attend des jeunes filles qu’elles deviennent de bonnes épouses, des mères de famille et qu’elles gèrent correctement leurs foyers. C’est ainsi qu’elles reçoivent  la formation domestique comme base d’apprentissage de la préparation des repas, du malaxage, de la vaisselle, de la lessive et de la propreté. Une fille qui ne sait pas malaxer n’est pas jugée éligible au mariage. Nkaba arhayishi deka mumugalukane mwenaye litteralement cela pourrait signifier : « Si votre fille ne connait pas malaxer, rentrez avec elle.». La jeune adolescente recoit egalément  l’initiation sexuelle pour qu’elle découvre de la curiosité pour sa propre sexualité et celle du sexe opposé. Elles apprennent à garder une relation équilibrée et respectueuse avec les hommes, sans trop les approcher. La menstruation les rend plus sérieuses et nécessite l’accompagnement des mères. Notons qu’au Bushi, l’éducation des garçons relève principalement du père, tandis que celle des filles est assurée par la mère.

                  Aujourd’hui : à l’ère du modernisme

La culture shi se retrouve aujourd’hui en face de des changements technologiques, économiques, socio-culturels, identitaires. Aujourd’hui, plusieurs facteurs ont influencés la disparition de certaines pratiques traditionnelles. Nous constatons que les religions venant d’ailleurs ont modifié certaines perceptions culturelles tout en anéantissant l’importance de l’initiation traditionnelle.

En outre, l’école moderne a introduit une nouvelle vision de l’adolescence, prolongeant la jeunesse et retardant le mariage. En effet, la scolarisation des jeunes, notamment des filles, les maintient plus longtemps dans un statut de dépendance familiale réduisant ainsi les mariages précoces et favorisant l’émergence d’une jeunesse plus autonome, consciente et engagée dans la transformation des sociétés africaines.

Dans les grandes villes comme Bukavu, les adolescents Bashi sont davantage exposés aux influences extérieures, ce qui transforme leurs pratiques et leurs aspirations.

En résumé, ce travail traitant la période de l’adolescence des filles et garcons dans la culture Shi de la RDcongo, relie tradition et modernité et ouvre également la voie à d’autres réflexions sur la jeunesse africaine.

Bibliographie :

J. Vansina, la tradition orale, Paris, Karthala, 1985.

Mugangu Mushi, société trad. Et développement en Afrique centrale, Kinshasa, presse universitaire du Congo, 1998.

CULTURE, Les Bashi, Heshima magazine, le 19 juillet 2021.

Kagarabu Ntabaza, A. (1976). Emigani bali bantu : proverbes et maximes de Bashi. Bukavu : Libreza. Consulté via l’application Emigani bali bantu, le 28 janvier 2026.

Webographie :

Livre Essaie de monographie des Bashi | congomemoire.net. consulté le 10 janvier 2026

 

[1] J. Vansina, la tradition orale, Paris, Karthala, 1985, P.14

[2] A. Kagaragu Ntabaza, Emigani bali bantu, dans Proverbes (Emigani)

[3] Chez les Bashi, les parents ne sont pas seulement les géniteurs mais tous les ainés du village.

[4] Mugangu Mushi, société trad. Et développement en Afrique centrale, Kinshasa, presse universitaire du Congo, 1998, P. 27