
Pardonner
8 « Quand vint le soir, le propriétaire de la vigne dit à son contremaître : «Appelle les ouvriers et paie à chacun son salaire. Tu commenceras par les derniers engagés et tu termineras par les premiers engagés.» 9 Ceux qui s'étaient mis au travail à cinq heures du soir vinrent alors et reçurent chacun une pièce d'argent. 10 Quand ce fut le tour des premiers engagés, ils pensèrent qu'ils recevraient plus ; mais on leur remit aussi à chacun une pièce d'argent. 11 En la recevant, ils critiquaient le propriétaire 12 et disaient : «Ces ouvriers engagés en dernier n'ont travaillé qu'une heure et tu les as payés comme nous qui avons supporté la fatigue d'une journée entière de travail sous un soleil brûlant !» 13 Mais le propriétaire répondit à l'un d'eux : «Mon ami, je ne te cause aucun tort. Tu as convenu avec moi de travailler pour une pièce d'argent par jour, n'est-ce pas ? 14 Prends donc ton salaire et va-t'en. Je veux donner à ce dernier engagé autant qu'à toi. 15 N'ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mon argent ? Ou bien es-tu jaloux parce que je suis bon ?»
16 Ainsi, ajouta Jésus, ceux qui sont les derniers seront les premiers et ceux qui sont les premiers seront les derniers. »
En écoutant cette parabole, la première pensée qui vient à mon esprit est la suivante : Dieu est bon ! Sa bonté n’a rien à voir avec notre manière de penser et d’agir. Dieu se situe au-delà de ce que nous pensons et imaginons. En même temps, Il nous invite à nous approcher de lui, de sa manière de faire. Et ne pas seulement nous approcher, mais nous en approprier. Il veut qu’on arrive à être comme lui. Quelle joie pour Dieu !
Le Royaume des Cieux est Dieu. Lorsque Jésus commence à prêcher, les premières paroles qu’il dit sont : ‘Le moment fixé est arrivé, car le Royaume de Dieu s’est approché ! ! Convertissez-vous et croyez à l’Évangile, à la Bonne Nouvelle !’ Pour comprendre la manière de faire de Dieu, il faut la conversion. Si nous restons à notre niveau, avec notre manière de penser, de raisonner, de faire, nous n’irons pas loin dans les ‘affaires’ de Dieu. Il faut regarder vers le Haut et se situer à ce niveau.
Les ouvriers qui avaient travaillé depuis le petit matin, ceux qui avaient supporté la fatigue d'une journée entière de travail sous un soleil brûlant, ne pouvaient pas comprendre que les ouvriers engagés à la dernière heure reçoivent le même salaire qu’eux. Ils se fâchent contre le propriétaire. Pour notre part, nous leur aurions donné la raison. C’en est trop ! C’est la manière de penser ‘d’ici-bas’. Et bien, Dieu se situe dans un autre niveau. C’est le niveau de la grâce, de la gratuité. Il donne généreusement sans demander qui est celui qui reçoit. C’est cela la bonté de Dieu !
Pouvons-nous faire comme Dieu ?, réagir comme Lui ?, penser comme Lui ?, être bon comme Lui ? Bien sûr que oui ! Je pense qu’à la base il y a l’expérience que nous avons de Lui. Dieu m’accueille et m’aime tel que je suis, avec mes faiblesses, mes jalousies, mes faussetés, mes injustices…, tel que je suis ! Lorsque je me sens aimé par Dieu ‘tel que je suis’, c’est alors que je commence à comprendre la manière d’être de Dieu, le Royaume des Cieux.
‘Ou bien es-tu jaloux parce que je suis bon ?’ Dieu est bon. C’est tout !
Il y a un autre élément dans cette parabole qui retient mon attention : les ouvriers de la dernière heure. «Pourquoi restez-vous ici tout le jour sans rien faire ?» — 7 «Parce que personne ne nous a engagés», répondirent-ils. Il leur dit : «Eh bien, allez, vous aussi, travailler dans ma vigne.» Personne ne nous a engagés. Je pense à toutes les personnes qui attendent que quelqu’un les invite à travailler dans la vigne du Seigneur, à vivre d’une manière plus humaine, qui est synonyme de divine. Et qui va les inviter sinon celui ou celle qui a déjà fait l’expérience de la bonté sans limite de Dieu ?
Bonne semaine !
27 Le maître en eut pitié : il annula sa dette et le laissa partir. 28 Le serviteur sortit et rencontra un de ses compagnons de service qui lui devait une très petite somme d'argent. Il le saisit à la gorge et le serrait à l'étouffer en disant : «Paie ce que tu me dois !» 29 Son compagnon se jeta à ses pieds et le supplia en ces termes : «Prends patience envers moi et je te paierai !» 30 Mais l'autre refusa ; bien plus, il le fit jeter en prison en attendant qu'il ait payé sa dette. 31 Quand les autres serviteurs virent ce qui était arrivé, ils en furent profondément attristés et allèrent tout raconter à leur maître. 32 Alors le maître fit venir ce serviteur et lui dit : «Méchant serviteur ! j'ai annulé toute ta dette parce que tu m'as supplié de le faire. 33 Tu devais toi aussi avoir pitié de ton compagnon, comme j'ai eu pitié de toi.» 34 Le maître était fort en colère et il envoya le serviteur aux travaux forcés en attendant qu'il ait payé toute sa dette. »
35 Et Jésus ajouta : « C'est ainsi que mon Père qui est au ciel vous traitera si chacun de vous ne pardonne pas à son frère de tout son cœur. »
Ça ne devrait pas être facile dans les premières communautés chrétiennes. En fait, là où il y a des personnes, on trouve souvent des difficultés. Il semblerait que ça fait partie de la nature humaine. Quoi faire quand il y a la jalousie, la médisance, la rivalité, la rancune, le commérage... ? Jésus répond à Pierre qu’il ne suffit pas de pardonner jusqu'à sept fois, mais jusqu'à soixante-dix fois sept fois. C'est-à-dire, le pardon dans nos lèvres et dans notre cœur continuellement. Et pour leur expliquer que c’est cela la manière d’agir dans le Royaume des cieux, il leur propose une parabole.
À partir des paroles de Jésus, je vois un enseignement clair : je peux pardonner, nous pouvons pardonner. Dieu a semé dans nos cœurs des semences d’éternité. Cette graine se trouve dans le plus profond de nos cœurs. Il suffit de lui faire confiance.
Je pense qu’il s’agit seulement de dire : ‘oui, je peux’. À partir de ce moment, le Seigneur fait le reste. Et ce qu’il nous semblait difficile, voilà que cela se réalise. Au fond, il s’agit de croire dans la beauté de Dieu, de faire confiance à sa Parole qui crée et renouvelle la face de la terre.
Pardonner, est-il difficile ? Bien sûr que ce n’est pas facile, parce que ce geste, cette parole-là…touche notre sensibilité, cela nous blesse. Il n’est pas facile, mais il est à notre portée. Pour y arriver, il faut fixer notre regard vers le Haut. L’apparente impossibilité de pardonner nous vient du fait que souvent notre regard se tourne vers le bas, vers ce qui est terrestre.
Lorsqu’on vit une situation difficile avec une personne, lorsque le pardon ne jaillit pas spontanément de nos lèvres et encore moins de notre cœur, quoi faire ? Il y a une formule simple et évangélique. Il s’agit de demander la bénédiction du Seigneur sur cette personne-là, de lui désirer le bien qui vient d’en haut : ‘bénis, Seigneur, à ce frère/sœur’. De cette manière, nous préparons notre cœur à accueillir la miséricorde de Dieu. Et quand nous ouvrons les portes à Dieu, les nœuds difficiles commencent à se défaire.
Il y a un autre élément. Il ne faut pas se laisser conditionner par le fait qu’on ne trouve pas une réponse positive, comme on l’avait souhaité et désiré. Jésus nous dit que Dieu fait sortir le soleil sur les justes et les injustes. C'est-à-dire, Il n’attend pas qu’il y ait une réponse positive pour faire du bien. Il le fait, tout simplement. À continuation, il nous invite à être saints comme Dieu notre Père est saint. Et s’Il nous invite, cela veut dire que nous avons tout ce qu’il nous faut pour le devenir.
En voyant la manière de se comporter du premier serviteur avec son compagnon, je tire un autre enseignement. Dans la vie, il faut savoir reconnaître les péchés, les faiblesses, le tort qu’on fait au prochain sans s’en rendre compte, peut-être. On peut vivre comme un aveugle, sans se rendre compte de ce qu’on est réellement. À la fin de la journée, dédier un temps pour regarder le vrai visage de ce qu’on est, comme on le fait devant le miroir. Et humblement, savoir le reconnaître. Quel grand cadeau de Dieu !



