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Croissance de catholiques en Afrique : mais pour quel impact sociétal ?


Dans une interview accordée au journal catholique La Croix Africa, le père Ludovic Lado, prêtre jésuite anthropologue camerounais, directeur du Centre d’Étude et de Formation pour le Développement (Cefod), une institution jésuite basée à Ndjamena au Tchad, a dressé un bilan de la situation de l’Eglise catholique en Afrique. Selon lui, l’Église catholique en Afrique grandit en nombre, mais pas nécessairement en témoins de l’Évangile. Il l’a affirmé dans une série d’enquêtes réalisée par La Croix Africa, consacrée sur la place de l’Afrique dans l’Eglise universelle, en marge de la journée mondiale de l’Afrique (25 Mai) commémorant la création de l’Union Africaine (UA), ex OUA (Organisation de l’Unité Africaine). (cf.https://africa.la-croix.com/afrique-leglise-catholique-en-grandit-en-nombre-mais-pas-necessairement-en-temoins-de-levangile-19Mai 2023)

Une Eglise catholique avec un dynamisme évident

Il n’y a aucun doute que le nombre des catholiques continue d’augmenter en Afrique. L’institution ecclésiale y connait un dynamisme évident. Selon le père L. Lado, la vitalité de l’Eglise catholique en Afrique est surtout visible par son réseau d’œuvres éducatives et sociales qui rendent service à tous sans aucune discrimination ; et sur le plan pastoral, il y a une africanisation presque entière du clergé. En plus, il relève la participation de beaucoup de fidèles, surtout des femmes, à la vie paroissiale à travers l’animation des mouvements d’action chrétienne et la participation aux sacrements.

Alors que l’Afrique est le continent où le nombre de catholiques augmente plus rapidement, la journaliste de La Croix Africa, Lucie Sarr, fait remarquer que les Africains ne sont assez représentés dans les hautes instances de l’Église universelle. De l’avis du père Lado, cette représentation dans les instances de décision reste faible pour des raisons historiques. Mais vu le dynamisme actuel de catholiques d’Afrique, il y a à croire de toute évidence que cette représentativité va aussi continuer à augmenter. Par ailleurs, il faut se garder d’une conception politique de type parlementaire où les représentants africains dans les instances ecclésiales ne seraient qu’une proportion du nombre de catholiques d’Afrique. « Il ne s’agit pas seulement d’occuper les postes mais de participer qualitativement à la vie de l’Église en étant ouvert au souffle de l’Esprit Saint », dit Lado. Pour cette fin, il propose que l’Afrique soigne la formation des laïcs et du clergé sur le plan spirituel comme intellectuel.

Une croissance en nombre mais un faible impact dans la cité

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Tout en reconnaissant le dynamisme encours dans les Eglises catholiques d’Afrique, le père Lado fait remarquer que l’Église catholique en Afrique grandit en nombre, mais pas nécessairement en témoins de l’Évangile. C’est pour cela que nos sociétés sont malades aussi bien dans le domaine du vivre-ensemble que dans l’animation des institutions politiques, économiques et sociales. Dès lors, il estime que « l’un des plus grands défis de catholiques d’Afrique reste celui du témoignage de l’Évangile dans la cité ».

Les crises que connaissent les sociétés africaines questionnent alors la pertinence de la pratique religieuse de catholiques. Et sur ce registre, la frontière entre l’état des sociétés et l’état des communautés catholiques est difficilement repérable. C’est dans l’Afrique de célébrations liturgiques dansantes et joyeuses, de longues campagnes d’évangélisation et de grandes veilles des prières que nous trouvons aussi la crise de familles, la corruption, le tribalisme, le favoritisme…Autant de maux qui traversent aussi les institutions ecclésiales.

Voilà pourquoi le père Lado croit qu’on ne doit pas se méprendre lorsqu’il faille évaluer la pertinence de catholiques africains. Car, dit-il, « ne confondons pas le consumérisme liturgique avec la vitalité de l’Église ». Le problème est que « beaucoup pratiquent la religion mais peu ont une vie spirituelle. Peu savent ce que c’est que discerner, par exemple. Même les prêtres n’y échappent pas. Combien de prêtres se confessent encore ? On court le risque que les prêtres soient de simples ‘fonctionnaires de Dieu’, prestataires de services religieux. Il faut revoir le moule de la formation du clergé ». La voie pour remédier à cette crise est l’investissement dans la formation spirituelle des chrétiens et naturellement celle du clergé. On retrouve ici une convergence entre les propos du jésuite camerounais et ceux du pape François lors de son adresse au clergé congolais en février dernier.  En effet, à cette occasion le pontife avait invité le clergé à s’adonner à la formation spirituelle et théologique comme moyens pour pallier aux tentations de la médiocrité spirituelle et de la superficialité.

Dans l’interview, le père Lado alerte aussi sur le piège du suivisme dans lequel les catholiques africains doivent éviter de tomber. Tout en reconnaissant que l’Eglise catholique est universelle, il invite les catholiques d’Afrique à ne pas se laisser emballés par les débats encours dans les églises catholiques en Occident comme l’homosexualité, le mariage des prêtres, l’ordination des femmes etc. Ces préoccupations qui sont légitimes dans les sociétés occidentales et qui ont des échos en Afrique ne sont pourtant pas de priorités pour les catholiques africains. La qualité du vivre ensemble et la bonne gestion de la cité restent des urgences auxquelles les catholiques d’Afrique ne peuvent se soustraire dans leur quête de rendre témoignage à l’Evangile aujourd’hui. Une fausse conception de l’universalité de l’Eglise ne doit pas pousser les catholiques africains à faire de priorités sociétales des autres leurs préoccupations majeures.  Chacun a ses problèmes, dit-on au Cameroun.