
L’alternance politique en Afrique. Quelles leçons pour les élections en RDC?
« Tout choix d’un système politique doit donc découler d’une analyse judicieuse, intelligente et objective des réalités. Et les réalités propres à chaque pays sont constituées par la spécificité à la fois physique, culturelle, ethnique, démographique, économique, historique, etc. Le Congo n’échappera pas à cette situation inévitablement spécifique. » (P. NGOMA-BINDA, Construire notre République. Introduction à la pensée politique congolaise, p. 66.)
Du 13 au 16 décembre 2023 ont eu lieu à l’université saint Augustin de Kinshasa les matinées scientifiques portant sur le thème : « l’alternance politique en Afrique. Leçons des élections en RD Congo ». Ce thème est d’une actualité brûlante. Le choix qui a été opéré tombe à point nommé, car l’Afrique devrait désormais construire son environnement électoral sur le roc et non plus sur le sable.
Ces différentes journées ont connu la participation Les d’éminents Professeurs ainsi que de talentueux chercheurs qui ont livré au public, venu nombreux, des éléments basilaires pour une alternance vraie et crédible en Afrique et surtout dans « le pays de l’or et du sang », pour reprendre le titre du livre de Mgr Sébastien MUYENGO, Evêque d’Uvira.
Dans cet article, nous voulons, sans prétendre être exhaustif, présenter notre réception et proposer une voie de sortie pour une meilleure alternance en Afrique face aux enjeux de démocratisation. Cette réflexion, est comme une réorientation de notre destinée, susceptible d’impulser les changements de fond dont les pays africains en général , et la RDC en particulier ont besoin.
En effet, depuis l’avènement de la démocratie en Afrique (1958-1990), l’on assiste à une sorte de spirale politique. A cet effet, s’observe des fraudes électorales, des dictatures inouïes, la corruption, le tripatouillage des constitutions, des accords malveillants, la malversation, la perte du sens de redevabilité, la débâcle des valeurs éthiques, etc. D’aucuns pensent que l’Afrique avancerait contre le mur. On dirait à la suite du Professeur Alain YELEYELE, « dans la plupart des pays africains, le processus démocratique a échoué. Car la démocratie n’est pas dans le mental africain, d’autant plus que l’Afrique est née des empires et le pouvoir était héréditaire. D’où nous vivons dans des situations caricaturales. » (A. YELEYELE, « Culture politique et alternance politique en RDC », 27e Journées scientifiques à l’Université Saint Augustin de Kinshasa). Face à ce sombre portrait, quelle analyse faire ?
Pour étayer notre réflexion, nous tenterons d’abord, de dégager la conceptualisation de « l’alternance » et ses conséquences démocratiques. Ensuite, nous ferons un regard sur ce que nous nommons «la Xyzaline» électorale en RDC et, enfin, nous donnerons les pistes de solution.
L’alternance politique : quid ?
L’alternance, du verbe latin «alternare», met en vogue la succession en présentant des oppositions. Alternance, alter qui veut dire l’autre personne, l’autre chose. L’alternance politique se réalise lorsque des partis appartenant à des courants politiques différents se succèdent au pouvoir. En fait, l’alternance consiste généralement en un renversement de la majorité politique lors des élections présidentielles et/ou législatives. Puisqu’elle est politique, l’alternance se caractérise par une dévolution du pouvoir selon les règles constitutionnelles établies, d’une majorité à une autre. Au demeurant, l’alternance politique est une condition sine-quanon à la démocratie, bien qu’elle n’en soit pas une condition suffisante. Dans l’univers politique, l’alternance peut être absolue ; relative et médiatisée.
L’alternance est absolue dans le sens où elle se concrétise selon le transfert du pouvoir de la majorité à l’opposition, lorsque le choix populaire s’applique concomitamment au gouvernement et à l’Assemblée parlementaire issue du suffrage universel. Ensuite, l’alternance politique est relative par le fait que le transfert du pouvoir de la majorité à l’opposition s’exerce sur l’aire de la représentativité. Enfin, l’alternance politique est médiatisée parce qu’elle modifie la donne politique au profit d’une autre équipe que celle qui est au pouvoir.
En Afrique, « la succession régulière des régimes engendra des indépendances précipitées ; l’absence d’Etats naturels mais artificiel ; le pouvoir des faits (menace des concessions et les conflits ethniques) ; inexpérience des dirigeants ; le totalitarisme qui augure l’idolâtrie du pouvoir » (M. MUSUA MIMBARI, « Alternance politique en Afrique. Pour une véritable alternance politique », 27e journées scientifiques à l’université saint Augustin de Kinshasa, 2023).
Par ailleurs, il se remarque que l’alternance politique heureuse en Afrique devrait concourir à la démocratie et la stabilité ; l’amélioration des conditions socio-politiques ; la possibilité d’acquérir la paix et la consolidation de l’unité africaine. Fort malheureusement en Afrique, l’alternance provoque l’alternative, pour reprendre les mots de T. LUHAKA. D’où les conséquences : d’abord, la fragilisation continue de l’Etat caractérisée par la nomination des agents dont les profils ne conjuguent pas avec les postes ; la promotion de la complaisance dans tous les secteurs étatiques ; regroupement par affinité tribalo-ethnique ; la rémunération insignifiante et l’absence des frais de fonctionnement. Ensuite, la détérioration continue de la situation socio-économique du pays. Elle est aussi caractérisée par les infrastructures insuffisantes et d’une qualité qui laisse à désirer ; le service public inexistant ou de piètre qualité (Eau, électricité, etc), affinait le ministre honoraire de l’ESU. (T. LUHAKA, « Élections et développement en RDC ou le paradoxe démocratique », 27e journées scientifiques à l’université saint Augustin de Kinshasa, 2023). C’est ce qui se passe en RDC.
La «Xylazine» électorale en RDC
Il y a quelques jours que nous avions suivi le journal sur la chaîne de FRANCE 24 où il a été diffusée la drogue qui se nomme «Xylazine». C’est aux USA que cette dernière fait rage, laissant derrière elle des corps et des esprits malades. L’impressionnante drogue est, selon la journaliste une substance très dangereuse et nocive qui provoque tant des maladies dans le corps de l’être humain. En effet, selon la présentatrice du journal, la «xylazine» ( C12H16N2S), agit sur les récepteurs «adrénergiques alpha 2» localisés dans le système nerveux central et le cœur. Elle diminue la libération de la noradrénaline et provoque une inhibition du système nerveux sympathique. Ainsi, la «xylazine» est responsable d’une diminution de la vigilance, la nociception et du tonus musculaire. Au niveau cardiaque, elle provoque une bradyarythimie. Pourtant cette drogue tranquillisante est utilisée comme médicament pour détendre et endormir les animaux.
En effet, n’étant pas médecin, l’image nous fait penser à la RDC dont le système politique semble devenir la drogue qui perturbe les consciences des gens et endorment les plus malheureux. D’ailleurs, J. YVES LE DRIAN n’avait-il pas déclaré que les élections en RDC se font sur le compromis à l’africaine. C’est une démocratie sans nation, imbue des affinités selon les enjeux des partis, Cette épée de Damoclès devrait interpeller les hommes de bonne conscience. Car les élections en RDC occasionnent les stratégies pour perpétrer les fraudes, la perte du sens de la pratique électorale (Art 52 de la loi électorale), l’encrage progressif de la pratique politique et l’inversion des valeurs. Tout cela est provoqué par une logique tripartite, selon le vocable du Pr. J-R. MABWILO KABUYA: «la personnalisation des pouvoirs; la patrimonialisation, la rétention autoritaire du temps politiques». (J-R. MABWILO KABUYA, « Élections comme rémanence de l’ethnicité en RD Congo : pour un vivre-ensemble hologrammatique», 27e journées scientifiques à l’université saint Augustin de Kinshasa, 2023). Sans compter sur aucune prophétie, les élections en RDC constituent une véritable drogue, une « bombé» ou «aguené» selon le jargon de la jeunesse kinoise. Quelles voies de sortie pour des élections crédibles et apaisées ?
Les pistes de solution pour des élections vraies et crédibles
En effet, la politique est une chose sérieuse qui ne doit pas être laissée entre les mains des hommes instables. De ce fait, la politique nécessite des éléments sous-jacents, capables de conduire le peuple vers un mieux-être. Pour y parvenir, nous empruntons l’itinéraire d’A-D. OSONGO « Pouvoirs, vouloirs et devoirs pour une praxis afro-créationniste dans un monde des partenaires concurrentiels » 27e journées scientifiques à l’université saint Augustin de Kinshasa, 2023), il est impérieux de proposer cinq thèses en vue d’un avenir radieux.
- La capacité de poser des actes sans intérêts (inspiration kantienne de l’impératif catégorique) ;
- Une société des créateurs est fondée sur la formation de la jeunesse, avec un enseignement orienté et ciblé;
- Le profil d’homme à têteappelée«l’intellectuel intellectuel». Ce profil soutient le remplacement culturel face à la crise de la culture ;
- Le refus de l’aliénation africaine.
En plus, nous pouvons prendre en exemple les dragons de l’Asie (Chine, Japon, Corée du sud, etc) pour nous rendre compte que leur croissance économique aujourd’hui est le fruit de la méritocratie. Pour aider la RD Congo, il lui faut une gouvernance intellectuellement compétente et moralement vertueuse. Comme on ne construit pas un édifice sur une fondation délabrée, l’axe épistémologique nous serait bénéfique pour changer la donne de l’histoire politique en RD Congo.
En définitive, le principe d’alternance politique ne fleurit que là où la démocratie existe. Nul n’est besoin de rouler le peuple dans la farine, dans une escroquerie intellectuelle et morale. Les élections, on peut continuer à les faire, mais tant que nous n’osons pas mettre en valeur notre manière de faire la politique, nous demeurerons la risée du voisin.



