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Le Phénomène “ kindoki” à Kinshasa : la marginalisation des sans voix


La sorcellerie est devenue l’épine dorsale dans la société congolaise en général, et plus particulièrement dans le vécu du peuple kinois. Elle est utilisée pour exploiter les citoyens par le mensonge, l’ignorance ou la supercherie. NZUZI BIBAKI, S. J emploie une conception Africaine sur cette réalité. Pour lui, «la sorcellerie, c’est le clan parapsychologique, le clan du paranormal en Afrique » (NZUZI BIBAKI, S. J, «Après des litiges de “sorcellerie”, une séance de réconciliation familiale» in Congo-Afrique, Economie-Politique-vie Sociale-Culture565(2022) 623.)  Dans la partie ouest de la RD. Congo, le phénomène “ Kindoki” n’est pas seulement une réalité vraie ou non liée à d’état psychique de l’individu, mais un prétexte de départ pour exploiter les gens. Ici à Kinshasa le terme préféré est: « Kindoki kilunda dikanda » qu’on traduit comme « la sorcellerie pour la protection de clan » (ibidem). En effet, c’est le rôle du guérisseur, magicien ou féticheur dans la société qui est mis en valeur, parce qu’il est astucieux d’influer du kindoki sur les autres, soit pour les sauver (bonne sorcellerie), soit pour leur faire du mal (mauvaise sorcellerie). Comment se dessine le phénomène “Kindoki” dans la ville de Kinshasa ? Et quelles sont les conséquences y afférentes?

 

I. Problème du phénomène Kindoki à Kinshasa

Dans plusieurs cultures africaines, si une situation dépasse l'entendement humain, souvent on fait recours à la magie ou à la sorcellerie. Le phénomène “ Kindoki” est vivement présent dans l'esprit kinois. C'est une énigme qui touche à la fois les croyants et les non croyants (non chrétiens). Les impacts se font sentir dans les relations interpersonnelles, familiales et professionnelles. Voilà dans quel but on arrive à certaines crises et problèmes liées à la sorcellerie. Cette conception est presque populaire. En voici quelques anecdotes illustratives: “ Un jour, en venant de la paroisse, j'ai vu en cours de route un billet de mille francs bien arrangé, mais tout le monde passait à côté en se disant que c'est un piège de Ndoki.”  “Un autre jour, un ami voudrait donner à manger à un mendiant, lorsqu'il lui a donné un billet d'argent, le pauvre a refusé, mais, il a demandé du jus parce qu'il ne voulait pas toucher l’argent au risque de loger le Ndoki dans sa poche”. En réalité, le “Kindoki” est un concept basé sur la suspicion, le doute et la peur.  De fait, le problème  de la sorcellerie se pose aussi bien dans les familles que dans les communautés religieuses. Il suffit de passer par des moments cruciaux : pauvreté, maladie, perte de travail, divorce, mort etc. Pour que les accusations, la haine, les rancunes commencent à se manifester dans la famille ou dans la communauté. Je dirais que c’est normal de rencontrer des phénomènes et des comportements similaires. De plus, quand on est dans des situations angoissantes ou compliquées, on cherche à savoir la cause et la voie de sortie. C’est pourquoi on cherche un confident ou un accompagnateur; ce qui est normal et nécessaire dans la vie familiale ou communautaire.

Cependant, le défi réside dans le fait que certains pasteurs des églises dites de réveil, des sectes et les marabouts hyperbolisent les situations. Certains n’arrivent même pas à distinguer la sorcellerie des maladies tropicales ou de la santé psychique. Comment arrive-t-on à ce niveau ? Dans un premier temps, Un pasteur ou un marabout prétentieux envoie des personnes pour enquêter secrètement sur la situation de la famille: les morts et les circonstances, les malades, perte d’emploi, les cas de stérilité ou échecs scolaire, etc. Après, il dira qu'il a eu des visions sur la cause du malheur qui frappe les victimes. Il viendra dire en détail toutes les circonstances des problèmes de la famille et leurs origines. Dans cette ville de Kinshasa, par exemple, les plus accusés de la sorcellerie sont les enfants, les personnes âgées et les personnes en situation de handicap. Les visions sont étalées pour détecter la cause du malheur. Puis, certains Pasteurs arrivent à proposer les voies de sortie pour se débarrasser des prétendus sorciers ou sorcières. Mais ce n'est qu'une méthode pour attirer les gens vers lui, vers sa secte ou son métier.

 

II. Conséquences du phénomène kindoki

Le phénomène Kindoki touche fort la société kinoise dans plusieurs de ses couches sociales. Il y a une multitude de conséquences sur la vie humaine et sociale dont quelques-unes nous semblent plausibles : le rejet, la stigmatisation, les conflits familiaux qui conduisent à des fortes divisions, la discrimination, l’analphabétisme, les maladies chroniques et ou sexuellement transmissibles (IST) etc. Disons-le que ce sont les jeunes filles ou garçons, les vieillards, les personnes handicapées qui sont les plus visés. Puisque rejetés par les leurs, les enfants deviennent malheureusement des enfants de la rue communément appelés “faseurs” selon le jargon des kinois.  Abandonnés à eux-mêmes, ils vivent dans des dénuements affreux. Il y a tout un scénario de problèmes qu'ils subissent: les maladies, les délinquances, les abus voluptueux, les vols, le rejet social, voire la mort précoce. 

Enfin, nous rendons un hommage vibrant à la proposition de NZUZI BIBAKI de « faire sortir ces réalités (de la sorcellerie) de l’obscurité, de la clandestinité, où ces phénomènes, comme sorcellerie continue à faire du mal surtout auprès des personnes faibles comme les enfants, les personnes âgées ou avec handicaps» (NZUZI BIBAKI, S. J, «Après des litiges de “sorcellerie”, une séance de réconciliation familiale» in Congo-Afrique, Economie-Politique-vie Sociale-Culture565(2022) 625.).