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Le repas du mariage chez les bashi : expression de communion (Omulungano)


Pour les bashi : « Aburha’omuguma charalya’omuguma » (qui se traduit en ceci : « ll engendre un mais il ne célèbre pas ou ne mange pas seul ; ou encore lors de la naissance, l’enfant appartient à une seule famille, mais quand il s’agit du mariage c’est toute la communauté qui est concernée). Ceci laisse entendre la communion que le mariage scelle entre les deux familles qui s’unissent et surtout la communion qui s’étend sur tout le clan ( cf. l’article  de Gloire MURHABAZI, «Le mariage chez les Bashi de la RD Congo» sur notre page web).

A en croire le Fr. Pierre Matabaro, ofm, « les repas comme le mariage sont accompagnés et rendus valables par la prière » (P. MATABARO, ofm, Interview faite en ligne,  23 mai 2023). Au bushi, les parents ne pouvaient pas manger avant que les jeunes mariés réussissent l’acte conjugal. Théologiquement, c’est Dieu qui unit le couple (Mt 19 ; Ep 5). Les éléments bibliques nous permettront de pénétrer la culture des bashi pour scruter la manière dont la manducation du repas, au moment du mariage, exprime la communion (Omulungano).

Croire en la communion que l’union maritale provoque

Généralement, le repas est consommé de manière ordinaire  dans la famille. Pour manger en commun, on s’assied en rond autour du plat : avant de s’approcher du plat, on se lave les mains.  Chacun puise en silence dans le brouet, et fait une boulette ; il y donne parfois un coup de pouce pour y mettre un peu de légumes ou de viande ou de poisson (à moins qu’il ne préfère mordre le bout à part). Il  mange aussitôt, sans perdre de temps, car bavarder alors mène à se relever le ventre vide.  La sauce ou le jus qui reste se boit à la fin, soit avec une cuillère  en bois, soit, plus souvent, avec un bout de feuille de bananier.  On ne boit pas pendant le repas, mais après si l’on a soif. (P. COLLE, Monographie de Bashi, p. 19.)

 Autour du le mariage, « La monographie des Bashi » nous offre quelques éléments substantiels. Disons que chez les bashi, la cérémonie du mariage se déroule en trois phases que P. Collé appelle actes. ( P. COLLE, Monographie des Bashi, op.cit., p. 58.) Les différentes cérémonies se déroulent sous la houlette des ancêtres pour garantir , la continuité du lien vital transmis aux époux par les parents. Ces derniers, qui, ayant accompli leur tâche en mariant l’un de leurs enfants, accedent au statut d’anciens. Tous les participants sont invités à admirer le lien qui se crée au sein du clan. (cf. Munguankokwa Balyahamwabo Donatien, sx,  mushi originaire de Burhale.)  

Au premier acte ont lieu trois cérémonies  celle du « kuhura » ou tradition de la fiancée ; celle du « kufuka » ou preuve de la puissance du mari ; et celle du « kufomeka enyungu » ou la dégustation des graines de courges et des boulettes. (P. COLLE, Ibidem., p. 59.)   Pendant tous ces cérémonials, tous les invités chantent et dansent. Voici comment les bashi en présentent le déroulement :

Tradition de la fiancée :  

A la nuit tombante, l’envoyé qui a amené le mouton, reçoit la fille.  La mère, aidée des compagnes de la fiancée, frotte celle-ci de beurre, et lui met sa parure.  Les compagnes, pour la circonstance, lui prêteront volontiers leurs propres colliers et bracelets.  La mère alors lui prodigue force conseils pour vivre en bonne femme de ménage ; et son père, de son côté, on l’a vu, lui remet une cuisse de mouton.  Elle s’en ira, accompagnée de son frère aîné et de  sa paranymphe (Personne qui conduisait la mariée à la maison nuptiale le jour de ses noces) , qui est le plus souvent une de ses plus jeunes sœurs.  A leur défaut, l’oncle et la tante maternels l’accompagneront, jamais les parents eux-mêmes.  Suivent également d’autres jeunes gens et jeunes filles, sous la direction d’une veuve.  Celle-ci porte au cou un morceau de graisse de mouton qui a servi au sacrifice.  Au sortir de la case de sa mère, la jeune fille, parfois le visage couvert d’une natte, doit verser des larmes et continuer à pleurer le long de la route. Le cortège suit exactement la route indiquée par les mânes lors du sacrifice.  

Arrivée devant l’enclos de son futur mari,  le futur beau-père de la fille l’asperge d’eau lustrale et la conduit devant la hutte des mânes, pour demander leur bénédiction.  Puis, la belle-mère la conduit dans sa case et la couche sur son propre lit.  Elle doit y rester silencieuse jusqu’à l’arrivée de son fiancé.  Si celui-ci n’avait plus ses parents, on introduirait la jeune fille dans une case voisine, habitée par des gens mariés.

 Le fiancé  sort alors de la hutte qu’il a construite récemment, et met sur la tête de sa fiancée une herbe des marais, symbole du nouveau foyer. Cette herbe, rejetée vivement par la fiancée en feignant d’être mécontente, sera remise le lendemain à son père.  Ensuite, le fiancé lui crache au visage une gorgée de lait, contenant une plante « mbazi » : c’est le symbole de ses futures maternités.  Cependant, la jeune fille n’a pas cessé de pleurer.  Pour arrêter ses pleurs, son beau-père lui donne un mouton, d’autres lui donnent un bracelet.  

Enfin, son fiancé, pour lui rendre le sourire, lui offre une houe ou quelques colliers de perles, en guise de bienvenue, puis l’introduit dans  la hutte neuve qui  n’a pas encore d’ustensiles de ménage. Seulement la lance du père du jeune homme y avait été déposée pour y attirer la bénédiction des ancêtres. Au cas où la hutte aurait déjà servi auparavant, tout son contenu serait enlevé.   Les nouveaux époux occuperont cette hutte dégarnie pendant plusieurs semaines, parfois jusqu’à la récolte de leurs premières cultures c’est-à-dire jusqu’au jour où la nouvelle épouse devra cuire chez elle.  

Ce jour-là, la belle-mère ira dresser pour sa belle-fille les pierres du foyer et la pierre à moudre.  En attendant, les deux époux prendront leurs repas chez la mère du jeune homme.  Parfois, le futur mari dépose dans un coin de sa hutte neuve les ustensiles qu’il a pu se procurer pour son ménage. Ces ustensiles commenceront à servir le jour où la femme prendra définitivement possession de sa cuisine.

Kufuka « essai de virilité ».  

Dans la hutte neuve a lieu aussitôt ce qu’on pourrait appeler « probatio potentiae ». Les Bashi considèrent comme acte principal du mariage le fait d’être puissant lors de la rencontre des deux jeunes époux. C’est un acte secret, bien sûr, mais qui doit être prouvé extérieurement, vu ses conséquences sociales. Les jeunes doivent être sincères en ces circonstances et, pour s’assurer de leur sincérité, les ancêtres ont défendu tout mensonge sous peine grave. De ce fait, ils mangeaient des  mets qui entraîneraient leur mort, car ils ont mangé «ENDIRHI».  Le fiancé saisit sa future épouse par les poignets, la renverse, malgré un simulacre de résistance, et la jette sur le lit nuptial.  Il lui enlève son habit de jeune fille, la ceinture de tresses en fibres de bananiers ou la peau de chèvre.  Cette cérémonie s’appelle « kutwa cishake » (couper les tresses) puis il fait l’acte d’essai par lequel  il doit prouver qu’il est apte à  procréer.  Quand le fiancé a de la sorte connu sa fiancée, il doit avertir le public.  Le plus souvent, il appelle les deux enfants qui ont fait le service de paranymphe?, une fille et un garçon en bas âge, nommés pour l’occasion « rhunshoshole ». Il leur dit d’aller chercher de l’eau ; c’est le signe qu’il est homme fait.  Parfois, il se contente de dire « muntenze eno » (enlèvez-moi d’ici).  A cet appel connu, s’avance une vieille femme ; elle frappe à la porte et le mari s’écrie : « ndi mulume na mukazi amuli », (je suis homme-fait et il y a aussi une femme) : phrase conventionnelle pour exprimer que tout s’est passé normalement.  Si le fiancé s’était trouvé incapable, il répondrait à la vieille femme : « rhuli bakazi », (nous sommes des femmes), quel gâchis! La vieille femme, dans ce cas, rendrait à la jeune fille son habit de fibres ou de peau de chèvre.  Le mari inapte irait alors aux remèdes aphrodisiaques.  Ces remèdes s’appellent « budubi » et se composent de nerfs de taureau et de loutre pilés, mêlés d’amarante (mbitu).  S’il restait impuissant pendant plusieurs jours, il y aurait rupture.  Mais, si tout s’est passé normalement, et la vieille l’ayant constaté, soit de vue, soit en interrogeant la fille, elle remet à celle-ci, directement ou par l’intermédiaire de la petite paranymphe, une peau de vache qui sera désormais son costume, ou du moins une étoffe en attendant que le fiancé  lui procure une peau de vache.  A ce moment, la vieille femme sort en poussant des youyous (abanda akalulu), cris convenus pour exprimer au public la puissance du futur époux.  

Ce premier contact matrimonial s’appelle « kuhuna ».  A ce contact, la fiancée a défense de faire trembler les membres inférieurs (kutwabana) qui est, en ce pays, le mode ordinaire employé par l’épouse qui désire le debitum.  La fiancée, sa paranymphe et la vieille femme se rendent alors dans la hutte de la belle-mère, où les attend un repas.  Avant d’entrer, la vieille arrête la fiancée, prend un vase d’eau lustrale dans lequel le beau-père a craché un peu de bière du sacrifice, et l’en asperge.  La fiancée se met à genoux.  Cette cérémonie est censée enlever le «muziro» ou défense rituelle ou encore le tabou. Qu’en est-il du repas ?

 Kufomeka nyungu « Dégustation de graines de courges ou de boulettes de viande »

Ce même soir où le lendemain matin, on procède à la dégustation de graines de courges ou de boulettes de viande : « kufomeka nyungu ou okulya enyungu ».  Le père du jeune homme a tué un mouton, la mère ou la vieille femme a fait griller des graines de courges, ou cuire de la viande et un plat de boule (obuntu).  Les deux enfants d’honneur sont introduits dans la hutte neuve, et placés en face des fiancés.  La petite fille prend alors d’une main une boule, et de l’autre quelques graines grillées ou une boulette de viande, et s’efforce de les porter à la bouche de la fiancée deux fois de suite.  Si par hasard le fiancé ne lui avait pas offert la houe de bienvenue, elle la lui ferait payer à ce moment.  Elle refuserait une première fois, une deuxième fois, et une troisième fois, disant de porter d’abord quelques colliers de perles à tel ou tel membre de la famille, et finirait par accepter et avaler, quand la valeur de la houe aurait été payée.  Puis le petit garçon fait de même au fiancé.  Celui-ci accepte sans refus.  Ensuite tous quatre achèvent le repas en commun. Dès qu’ont pris fin ces diverses cérémonies, les invités, hommes et jeunes gens, sont priés de chanter le « ntumba » ou « hirumbarumba » (littéralement chant de jeunesse). (P. COLLE, op.cit., p. 60.)

  Les chantres exécutent une mélodie dans la hutte, s’accroupissent autour du fiancé, pendant que la fiancée se tient assise sur le lit nuptial.  La cadence est marquée par le claquement des mains ; le préchantre répète à satiété le même motif :  Muhya, muhya, eha    : jeune époux, jeune époux, e ha muhya, oba bwe e ha    : jeune époux, sois bon désormais, e ha muhya ohinge e ha    : jeune époux, puisses-tu cultiver e ha muhya oshenye e ha    : jeune époux, puisses-tu couper les bois, e ha muhya oburhe e ha    : jeune époux, puisses-tu engendrer e ha.

La nuit suivante les deux fiancés dorment côte à côte, sur le lit nuptial, mais avec obligation stricte de continence.  Si le jeune homme avait encore son père, celui-ci mourrait si la règle était violée.  C’est sans doute pour préluder aux continences forcées que leur imposeront plus tard les coutumes du pays.  S’abstenir de la sorte se dit « okulurhalusa ». A ce moment le fiancé invite son père à un repas.  Il tue un mouton (mpembo) ; en cuit une partie avec un brouet, mange seul avec son père.  C’est l’adieu officiel.  La viande restante revient au père, qui la distribue comme il veut.