
Quand est-ce que nous t’avons vu malade?
Plusieurs passages de l’Evangile racontent les rencontres de Jésus avec les malades et son souci de les guérir. Pour le Pape François, « être malade, c’est faire l’expérience de la fragilité ». Dans cet état de fragilité, l’homme éprouve toujours le besoin du soutien, du réconfort. Il a besoin d’une aide de ses frères et sœurs. Dans cet article, nous aimerions vous partager comment nous rendons cette réalité vivante au sein de notre communauté du Théologat de Kinshasa.
Au cours de cette année communautaire, il m’a été confié l’apostolat des malades. Il s’agit des malades dépourvus des forces physiques mais habités par un grand désire d’écouter la Parole de Dieu et de communier au Corps du Christ. Ce désir qui les habite témoigne leur foi et leur espérance en Jésus-Christ. En effet, ma rencontre avec eux lorsque je leur apporte le corps du Christ devient une expérience de communion dans la charité qui, à vrai dire, me donne la joie. Cette dernière vient de la découverte du sens de la souffrance. Celle-ci trouve pleinement son sens dans le Christ. C’est précisément par sa croix qu’il accomplit l’œuvre du salut.
Apporter la communion aux malades demeure pour moi un geste d’amour, de fraternité et de réconfort envers ceux qui souffrent. L’actuel Rituel des sacrements pour les malades redit pour nous l’importance du geste : « Porter la communion à un malade est un geste de foi et une démarche fraternelle de la communauté eucharistique envers ses membres absents » (no 27). Ce Rituel ajoute que le ministre désigné à cet effet, « apporte à celui qui ne peut y participer le réconfort de la Parole et le pain ou le vin eucharistique partagé dans l’assemblée. De cette manière, le malade reste uni à cette assemblée et il est soutenu par ce geste de fraternité chrétienne » (no.27). Disons le mieux, le fait d’apporter la Sainte communion aux malades est un prolongement du mémorial célébré chaque dimanche. Car la maladie nous apprend avec acuité quel est le sens de notre vie et pourquoi devons-nous avoir foi en Celui qui est venu sauver et guérir ceux qui sont malades.
En plus, il est important de souligner que notre apostolat auprès des malades s’effectue chaque dimanche avec le concours d’un ministre extraordinaire de l’Eucharistie, communément appelé « Nkumu ». Juste après la Messe matinale, nous nous rendons en hâte au chevet des malades qui sont aussi des fidèles de la Communauté Ecclésiale Vivante de Base (C.E.V.B.) BOYAMBI. BOYAMBI qui se traduit par « la foi », est l’une des CEVB de notre Paroisse Saint Bernard. En effet, cette visite est couronnée par le partage la Parole de Dieu et la distribution de la Sainte Eucharistie aux malades car l’Eucharistie est « la source et le sommet de toute vie chrétienne » (LG no. 11). Elle contient, nous rappelle le catéchisme, « tout le trésor spirituel de l’Eglise, c’est-à-dire le Christ lui-même, notre Pâque » ( CEC, no 1324). Dès lors, apporter la communion aux malades devient une chose essentielle puisqu’il nous fait participer pleinement à la mission de l’Eglise qui consiste à consoler, à relever et à guérir nos frères et sœurs qui sont malades.
Par ricochet, l’apostolat des malades reste pour moi un moment précieux pendant lequel je fais l’expérience de la rencontre avec le Christ, incarné dans les visages de ceux qui souffrent. Certes, le Christ lui-même s’est identifié en eux : « J’étais malade et vous ne m’avez pas visité. » (Mt 25, 36). En outre, l’expérience de la souffrance me rappelle ma fragilité et m’invite à placer mon espérance en Dieu seul, le Maître de la vie. Dams cette optique, mon experience avec les malades devient une « école de la vie » où j’ apprendre à être humble et persévérant dams la vie.
Au-delà de ce que cet apostolat apporte dans notre vie spirituelle et missionnaire, les défis ne manquent jamais. Les malades ainsi que les personnes très avancées en âge ne font qu’augmenter dans notre paroisse. Or, l’effectif de ministres extraordinaires de l’Eucharistie désignés à cet effet ne permet pas à tous ces malades de communier chaque dimanche. Cela nous interroge et nous dispose plutôt à aller à la rencontre aussi de ceux-là qui ont soif de connaître le Christ, d’écouter sa parole et de le recevoir dans leur vie. Il reste encore une longue route à parcourir pour assurer à tous les malades les soins dont ils ont besoin, ainsi que l’accompagnement pastoral, afin qu’ils puissent vivre le temps de la maladie en étant unis au Christ crucifié et ressuscité.
Par ailleurs, selon Pape Jean-Paul II « L’homme est la première route que l'Eglise doit parcourir en accomplissant sa mission » (Redemptoris hominis no.14). On peut dire que l'homme devient la route de l'Eglise particulièrement du moment où la souffrance devient son lot. Il sied de dire qu’au cours des siècles, l’Eglise a fortement ressenti le service envers les malades comme faisant partie intégrante de sa mission. Elle n’a d’ailleurs que suivi l’exemple très touchant du Christ. Jésus-Christ, en effet, s’est sans cesse approché du monde de la souffrance. Le Pape Jean Paul II l’illustre bien : « Jésus passait en faisant le bien et son action le portait en premier lieu vers ceux qui souffraient et ceux qui attendaient de l’aide » (Salvifici doloris no. 16). La vie de l’Homme-Dieu a été une rencontre incessante avec les personnes, particulièrement celles qui étaient sous l’emprise de plusieurs maladies. A la suite de Jésus, nous encourageons d’autres fidèles à pouvoir s’engager davantage dans ce service très précieux pour que l’annonce de la Bonne Nouvelle de la joie et de l’espérance se répande dans les cœurs de chaque croyant. Car le ministère de la consolation est un devoir de tout baptisé.



