
REPENSER LA MISSION DE L’EGLISE DANS LE MONDE ACTUEL
Tout chrétien qui analyse objectivement le monde actuel, se rend compte que l’avenir de la foi chrétienne dans la mission interroge, et par conséquent nécessite de nouvelles forces, un nouvel élan missionnaire. La préoccupation du renouvellement de la mission, touche sensiblement les membres des sociétés missionnaires actuels, qui observent le monde et se demandent sur l’avenir de la foi dans le monde aux multiples visages. En effet, le monde est dominé par le sécularisme, la déchristianisation, et le relativisme religieux. Dans notre société modernisée et mondanisée les hommes utilisent multiples concepts pour exprimer leur adhésion à Dieu. Les valeurs anti-chrétiennes semblent battre le record sur le terrain. Nous pouvons dire que la raison rend de plus en plus le monde plus mondain au détriment de la foi, et cela n’est pas sans conséquence sur l’avenir de la mission.
Comment s’y prendre et quelles stratégies? C'est la question à laquelle nous essayons de répondre dans cet article. Il s’agit d’engager un débat nouveau sur la Nouvelle Evangelisation.
Qu’est ce que la Nouvelle Évangélisation?
La nouvelle évangélisation est une nouvelle stratégie de la pastorale adaptée aux nouvelles réalités du monde. La question de la nouvelle évangélisation intéresse plus particulièrement les régions qui, ayant longtemps vécu dans la culture chrétienne semble s’en défaire actuellement. Selon le Nouveau Théo, Elle ne signifie pas qu’il faut tout reprendre, comme si le travail de l’Evangélisation des siècles passés était sans valeur. Par contre la nouvelle évangélisation revient à exprimer la délicatesse avec laquelle il convient d'approcher la société occidentale blessée afin de trouver ce qu’il convient de faire pour elle, avec beaucoup d’humilité et d’amour. Elle soulève les questions les plus profondes du sens de la vie ( Cf. Nouveau Théo, Encyclopédie Catholique pour tous, Paris, Mame, 2009, p. 630) . Il ne s’agit donc pas d’une ré-évangélisation en tant que telle, mais d’un approfondissement et d’un complément, tout en corrigeant les déficiences antérieures. Il s’agit d’approcher le monde sécularisé, c’est à dire, comme le dit Marcel Dumais « un monde dont la culture et la société ne sont plus religieuses » ( M. DUMAIS, La nouvelle Evangélisation. Modèles bibliques, Paris, Médiaspaul, 2012, p. 17).
Les responsables de la nouvelle Évangélisation
Ici, la question qui se pose est celle de savoir qui doit participer à cette œuvre de la nouvelle évangélisation? Tous les chrétiens et toutes les chrétiennes sont appelés à participer à l’annonce, c’est-à-dire être missionnaires dans le monde qu’ils habitent. La mission n’est pas un ministère réservé. Tout croyant en Jésus Christ est appelé à témoigner de l’Evangile et à être missionnaire chacun en sa manière, car être chrétien, c’est être missionnaire. C’est ce qu’affirme le Pape François dans son Exhortation apostolique Evangelii Gaudium sur l’annonce de l’évangile dans le monde d’aujourd’hui, du 24 novembre 2013 : « En vertu du Baptême reçu, chaque membre du Peuple de Dieu est devenu disciple missionnaire (cf. Mt 28, 19). Chaque baptisé, quelle que soit sa fonction dans l’Église et le niveau d’instruction de sa foi, est un sujet actif de l’évangélisation, et il serait inadéquat de penser à un schéma d’évangélisation utilisé pour des acteurs qualifiés, où le reste du peuple fidèle serait seulement destiné à bénéficier de leurs actions. La nouvelle évangélisation doit impliquer que chaque baptisé soit protagoniste d’une façon nouvelle » (E G 120).
Pour bien évangéliser le monde sécularisé, il est nécessaire de renforcer quelques aspects de l’évangélisation qui permettent à chaque personne de se retrouver. Pour bien étayer notre réflexion, il sied d’énoncer quelques points importants: nous nous limitons à trois aspects: l’inculturation, le dialogue et la compassion, en prenant comme modèles Paul et Jésus.
Deux modèles pour la nouvelle évangélisation: Paul et Jésus
Le modèle paulinien de l’inculturation
L’inculturation est une méthode missionnaire d’évangélisation par laquelle le missionnaire cherche à se rendre particulièrement attentif aux mœurs, mentalités et traditions des peuples auprès desquels il est envoyé et pour lesquels son message doit être intelligible. Selon Redemptoris Missio, l'inculturation « signifie une intime transformation des authentiques valeurs culturelles par leur intégration dans le christianisme, et l'enracinement du christianisme dans les diverses cultures humaines » (RM 52). Le discours de Paul à Athènes au milieu de l’Aéropage (Act 17, 22-31) nous sert d’exemple d’inculturation. Selon le commentaire de Marcel Dumais, dans ce discours, Paul s’adresse à un auditoire cultivé, marqué par la philosophie stoïcienne qui était populaire. D’un peigne fin, l’Apôtre des Gentils entame son procès en louant la splendeur des Athéniens. Il annonce que Dieu n’est pas loin de chacun d’eux. Au terme de son discours, Paul dira que c’est Jésus qui est le révélateur du Dieu que les Athéniens vénèrent sans la moindre connaissance. Ce discours nous permet de mieux saisir combien l’Évangélisation demande d’être adaptée à chaque personne dans sa culture. C’est pourquoi son discours à Athènes est qualifié de modèle pour l’évangélisation, car Paul « entre en dialogue avec les valeurs culturelles et religieuses de ce peuple » (RM 25).
Prenant l’exemple du discours de Paul à l’Aéropage, nous nous posons cette question : comment dire notre foi et la témoigner aujourd’hui ? Paul est sorti du langage de la culture juive, et, se mettant ainsi dans la peau de ses auditeurs, il a témoigné de sa foi à partir de leurs mots, de leur manière de penser, de leur culture et de leur quête. Marcel Dumais en analysant le discours de Paul affirme que « c’est une belle invitation pour nous chrétiens aujourd’hui à sortir de notre terminologie religieuse, de nos réponses apprise au catéchisme, et à chercher à nous inscrire dans les façons de penser, le langage, le questionnement, les angoisses et les quêtes des gens auprès de nous» ( La nouvelle Evangélisation p. 81).
Jésus comme modèle de l’Évangélisation
L’Évangélisation comme dialogue ( le récit des disciples d’Emaüs)
Le dialogue est une stratégie d’évangélisation très importante. Le récit des disciples d’Emaüs en Luc 24, 13-35, nous fait comprendre comment Jésus est un homme de dialogue et par là, devient un bon évangélisateur.
D’abord Jésus prend l’initiative de rejoindre, sur leur route, les voyageurs qui ont perdu l’espoir. (Cf. Lc 21, 13-16). Ici, Jésus s’approche, sans s’identifier, il chemine avec eux, ne dit rien mais écoute tout simplement leur conversation. Voilà comment doit agir un évangélisateur aujourd’hui : imiter exactement l’attitude de Jésus, c’est-à-dire aller rejoindre les gens sur le chemin de leur vie, écouter comment ils expriment leurs préoccupations, leurs souffrances et leurs déceptions.
Ensuite, Jésus pose des questions et écoute les réponses (Cf. Lc 21, 17-24) : Une des exigences du dialogue, c’est le fait de poser des questions et écouter les réponses. Jésus insiste sur les événements vécus par les voyageurs et les accueilles avec respect. Son écoute pousse les voyageurs à se libérer. Et c’est après les avoir interrogés et écoutés que Jésus peut leur adresser une parole de confiance. C'est l’invitation à tout évangélisateur à être non seulement un homme d’écoute, mais aussi un homme qui inspire confiance par sa façon d’entrer en dialogue, par sa manière de s’exprimer devant les fidèles.
Jésus parle (Cf Lc 21, 25-27) : Sa parole libère, car c’est une parole qui ouvre à l’intelligence des écritures. Il donne dans sa parole la clé d’interprétation des événements autour de sa mort. Ici, une invitation à l’égard de l’évangélisateur est d’abord d’écouter les gens mais sans s’arrêter sur l’écoute. Car les gens ont le droit d’entendre la Parole de l’Evangile, la Bonne nouvelle de la résurrection.
Enfin Jésus se laisse inviter, (Cf. Lc 21, 28-29) : les deux voyageurs après avoir goûté la parole de Jésus, insistent pour qu’il reste avec eux. Ils ont été touchés, ils ont encore le désir d’entendre plus. Voilà pourquoi ils l’invitent. Ils optent pour l’hospitalité, ce qui manifeste le premier pas de l’acceptation du message. Et Jésus, sans peur, se laisse inviter. Une seconde invitation pour l’évangélisateur : Il est vrai que le discours a une grande importance devant les fidèles, mais il faut accepter de partager leur vie, entrer dans leurs maisons et savourer leur vie ordinaire. En effet, le repas est aussi un lieu privilégié de rencontre des personnes dans ce qu’elles sont.
L’Évangélisation comme compassion
Nous n’avons pas besoin d’expliquer ici en quoi concerne la compassion dans la mission, Gaudium et Spes affirme que le missionnaire, est celui qui participe à la souffrance du peuple vers qui il est envoyé. Quelques épisodes nous donnent des exemples sur la compassion dans la vie de Jésus. Nous pouvons évoquer, L’épisode de la rencontre avec la veuve de Naïn en Lc 7, 11-17 dans laquelle le geste de Jésus donne une invitation à tout évangélisateur, à s’intéresser à des situations particulières des personnes à évangéliser mais surtout de participer à leur souffrance par des gestes de compassion. L’épisode du Bon samaritain en Lc 10, 29-37 quant à lui est beaucoup plus parlant dans nos relations entre nous-même. Nous pouvons dire que cet épisode peut se résumer dans cette phrase de l’Evangile : « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le aussi pour eux » (Mt 7,12). C’est le mode de vie qui devrait mener tout humain. Quant à L’épisode du Père prodigue en Lc 15, 11-32, Jésus nous invite à être comme ce Père aimant. C’est-à-dire respecter la liberté de chacun (Cf. Lc 15, 12-13.28.32), regarder avec tendresse et compassion, courir au-devant pour aller accueillir celui qui revient (Cf. Lc 15, 20), pardonner sans poser de conditions, etc. A travers ces gestes du Père plein d’humanité, le Christ appelle tous les évangélisateurs à révéler la tendresse du Père surtout à ceux qu’ils considèrent comme pécheurs.
Somme toute, la nouvelle évangélisation est d’une urgence capitale dans le monde actuel, mais il ne faut pas s’alarmer, car l’avenir de la foi se trouve dans les mains de Dieu lui même, tout est grâce et nous ne devons pas perdre confiance. Seul Dieu conduit son histoire, l’ avenir de l’Eglise et de la foi est donc à placer entre ses sainte mains. Soulignons de passages que quelques moyens peuvent aider à la réussite de la nouvelle évangélisation. Il s’agit de La formation et l’accompagnement qui concerne les prêtres de tous les âges et les laïcs. Cette formation doit selon Pastores dabo vobis , se baser sur les quatre dimensions: humaine, intellectuelle, spirituelle, et pastorale (Cf. PdV 42). C’est la mission de l’Eglise de former et d’accompagner. Un autre moyen plus important est l’éducation des jeunes. C’est très important dans la nouvelle évangélisation car cela permet de participer activement dans la formation du changement des mentalités. Enfin il faut s’intéresser aux mass-média, car dans le monde actuel, nous sommes en train de vivre des moments importants de changement dans la communication. Cela non seulement a l’influence sur notre manière de communiquer, mais aussi sur toute notre vie morale, intellectuelle, spirituelle, psychologique de la personne humaine. L’environnement numérique serait donc un champs à exploiter avec intérêt dans la mission.



