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Des familles a une seule famille dans le Christ ? L'enseignement de Saint Guido Maria Conforti


Dès l’origine du monde, Dieu le Père Tout-Puissant désira dans son merveilleux dessein que l’humanité entière existe comme une seule et même famille dont il est le Père de tous. En suivant de près l’évolution du récit Génésiaque, nous constatons avec regret que l’incursion du péché dans le monde fut l’origine et le fondement de la division des enfants de Dieu avec pour conséquence immédiate la rupture de la communion entre le créateur et ses créatures (Gn 1-11). Cependant, grâce au Père des croyants, Abraham et d’autres patriarches et prophètes, Dieu a tenté de rassembler son peuple en une communauté familiale. Cet objectif fut finalement réalisé par son Fils unique qui s’est livré pour cette cause en fondant l’Eglise. En exposant ainsi le problème de l’unité des chrétiens, et plus encore, celle de l’humanité, nous présenterons d’abord l’Eglise comme ce cadre référentiel et signe efficace voulu par le Seigneur pour constituer l’unique famille de Dieu. Par la suite, nous démontrerons comment notre fondateur Saint Guido Maria Conforti, en union harmonieuse avec l’Eternel, sacrifia sa vie pour cette finalité noble et vénérable. A la fin de cet article, nous présenterons la synthèse.

L’Eglise est lieu de prédilection divine et le signe efficace de l’unité des chrétiens et de l’humanité entière comme peuple du Seigneur

Dans son grand amour caractérisé par son impartialité et son universalité, le Père Eternel voulu sauver son image et sa ressemblance à travers le salut de l’humanité. Ce mouvement salvateur doit passer principalement par la grande famille des enfants de Dieu. C’est pourquoi « Dieu a créé le monde en vue de la communion à sa vie divine, communion qui se réalise par la convocation des hommes dans le Christ, et cette convocation, c’est l’Eglise. L’Eglise est la fin de toutes choses, et les vicissitudes douloureuses elles-mêmes, comme la chute des anges et le péché de l’homme, ne furent permises par Dieu que comme occasion et moyen pour déployer toute la force de son bras, toute la mesure d’amour qu’Il voulait donner au monde »(CEC, n°760). On peut comprendre que le monde est la préfiguration de l’Eglise comme le troupeau dont Dieu Lui-même est le pasteur, la maison de Dieu où habite sa famille, demeure de Dieu chez les hommes et le temple saint. Voilà pourquoi de même que la volonté de Dieu s’identifie au monde comme acte, son intention se nomme l’Eglise en tant que salut des hommes(cfr. Clément d’Alexandrie, Paed. 1,6).

Dans la continuité de la mission de son fondateur, l’Eglise est par nature missionnaire (Jn 20, 21) pour les nations du monde qui y sont conviées en vue d’être des disciples du Christ (Mt 28, 19-20). En envoyant ces apôtres dans le monde, le Christ recommanda à cet effet l’impartialité et l’universalité dans l’apostolat missionnaire. Avant de monter vers le Père après sa résurrection, il dit : « Allez dans le monde entier ; proclamez l’Evangile à toutes les créatures » (Mc 16, 15). C’est ainsi donc un mandat du Seigneur d’aller vers les autres peuples de la terre, anticipant la spécificité apostolique de Saint Paul pour les nations païennes. Une autre illustration de cette orientation du Seigneur, c’est visiblement la Pentecôte telle que relatée par Saint Luc dans les Actes des Apôtres (Ac 2, 1-13).

Tout le monde et chacun les écoutaient en la langue maternelle. Toutes ces personnes furent dès ce moment convoquées dans la grande famille des enfants de Dieu qui veut sauver tous et ne veut en perdre aucun. Dans ce sens, ce fut l’engagement et la conversion des Nations païennes au christianisme (Ac 11) à la suite de leur pentecôte exclusive. Avec pour fondement et origine l’amour, cette conversion sera l’objectif pastoral de l’Eglise dans sa démarche de foi (cfr. Karl Rahner,Mission et Grâce I. XXè siècle, siècle de grâce ? Fondements d’une théologie pastorale pour notre temps, Traduction de L’Allemand par Charles Muller, Paris, Mame, 1962, Pp. 111-171). Ceci exige un brassage de cultures, de traditions et de mentalités qui constitue en soi un défi pour l’Eglise jusqu’à nos jours.

En rassemblant tous les peuples, la communauté chrétienne doit se faire violence progressivement pour accueillir les autres conceptions de la vie. Mais cela ne se fera que si les bases sont claires : La foi en Dieu Un et Trine, révélé dans la tradition apostolique, les écritures saintes et dont le magistère est le seul garant de l’interprétation en vertu de son infaillibilité. Même si les hommes sont des êtres sociaux et sociables, il ne manque pas des distensions, des incompréhensions et des jugements qui ont poussés l’ouverture de l’Eglise primitive depuis son existence fonctionnelle. C’est précisément grâce aux différents synodes et conciles dont les premiers au sujet de l’injustice dans le partage et la question de la circoncision (Ac 6, 1-7 ; Ac 15, 1-21), que la famille des croyants s’est maintenue dynamique, cohérente et forte sous l’inspiration divine. Voilà pourquoi, « a toute époque, à la vérité, et en toute nation, Dieu a tenu pour agréable quiconque le craint et pratique la justice. Cependant, il a plu à Dieu que les hommes ne reçoivent pas la sanctification et le salut séparément, hors de tout lien mutuel ; Il a voulu au contraire en faire un Peuple qui Le connaîtrait selon la vérité et Le servirait dans la sainteté (Lumen Gentium, n°9).

Avec le temps, un autre concept vient davantage donner plus de considération aux autres peuples non-occidentaux (africain, asiatique et américain). Il s’agit de L’inculturation. En partant du constat selon lequel toute culture est enracinée sur une religion qui lui est essentielle, l’inculturation de la foi chrétienne dans d’autres cultures apparaît au préalable difficile. Car la transplantation d’une culture dans une autre religion différente de celle qui donne sens à son existence est pénible et ne pourrait être que partielle ( Cardinal Joseph Ratzinger, Discours et conférences de Vatican II à 2005 : Le Christ et le défi des cultures, in « La documentation catholique », n°1, Hors-série, Paris, Bayard, 2005, P. 36). Ainsi, la religion chrétienne a trouvé résistance dans les peuples d’autres religions originaires de la culture caractéristique de ces gens. D’où l’épineux problème de l’authenticité chrétienne observé dans le vécu de la foi de plusieurs chrétiennes qui versent inconsciemment dans le syncrétisme, voire dans l’idolâtrie et le polythéisme. Malgré ce déphasage et incohérence dans la foi de l’Eglise, elle reste l’instrument voulu par Dieu pour rassembler ses enfants dans le monde et les conduire vers la vie. Cela est le justificatif pratique du caractère catholique de l’Eglise qui reste ouverte aux hommes de tout temps et de toute origine. La seule condition pour y adhérer est le Baptême selon les recommandations du Christ (Mt 28, 18-20).

L’illustration confortienne de l’unité du monde en une seule famille

Le grand projet et l’ambition ultime du Seigneur en dehors de guérir les malades, sauver les pécheurs et chercher les perdus (Lc 4, 18), est souverainement l’unité de tous les hommes dans une seule et unique famille comme le décrit si bien le Psaume 122. Or, l’unité voulu par le Christ pour ses disciples et pour nous aujourd’hui, a pour référence celle du Père avec le Fils dans la présence du Saint Esprit de Dieu. Plus de 2000 ans après Jésus-Christ, peut-on dire sans ambages que les chrétiens sont unis ? On a plutôt l’impression que l’Eglise s’est tellement fractionnée au point que l’œcuménisme et le dialogue interréligieux deviennent de plus en plus des apostolats indispensables dans la mission de la grande famille des enfants de Dieu qui est l’Eglise.

En tout état de cause, quels sont les signes caractéristiques d’une famille unie ? Dans la famille Xavérienne que nous proposons comme modèle de dynamisme et d’unité malgré ses limites dans divers domaines de son vécu au quotidien, nous illustrons deux atouts à savoir la fraternité et l’engagement individuel et commun à l’idéal charismatique. Pour ce qui est du premier, « nous rendons visible et crédible notre fraternité en vivant dans une communauté locale, lieu de partage et de conversion, de pardon et de fête. La communauté fonde sa fraternité avant tout sur l’écoute de la parole de Dieu, sur la foi et la charité. Ses pivots sont : l’acceptation de l’autre avec ses valeurs et ses limites, la loyauté dans les rapports mutuels, la capacité de correction et de pardon, l’amitié et la gratuité. Chaque communauté reste ouverte, dans un style missionnaire, au milieu humain dans lequel elle vit, à l’Eglise locale où elle opère et aux autres communautés xavériennes » (C.36).

Dans ce sens, nous nous rappelons de la phrase célèbre attribuée à notre saint fondateur : « Aimez-vous comme des frères et respectez-vous comme des princes ». En plus de la fraternité, la participation synodale de chacun au programme et aux engagements de la famille n’est pas en reste. Car « La famille Xavérienne est dépositaire et responsable du charisme confortien qui lui a été confié par l’Esprit-Saint et qui a été confirmé par l’Eglise. En son sein, chaque membre est appelé à participer à ses nombreux services dans l’esprit évangélique de gratuité et de disponibilité. Ensuite, nous sommes tous impliqués dans le discernement des engagements exigés par la mission que dans la mise en pratique des programmes et des lignes opératives. Les dons de chaque confrère sont une richesse dans la mesure où ils sont mis au service du charisme de la congrégation dans la pluralité de ses expressions et de ses exigences » (Ratio Missionis Xaveriana, n°20).

Toujours dans son grand souci d’unité dans notre famille avant d’envisager celle du monde, saint Conforti dira pour finir : « Que chacun, pour sa part, soit attentif à garder jalousement le lien de cette union sainte en écartant tout ce qui pourrait l’affaiblir. Qu’il réprime en lui-même son égoïsme, l’esprit critiqueur et grognon, la tendance aux querelles et aux singularités, la manie de se mettre en avant et de dominer. Tout cela doit être sacrifié avec générosité sur l’autel de la concorde fraternelle qui rend joyeuse la vie en commun, affermit et fait prospérer les institutions. » (Lettre Testament, n°9). Bien que notre grande et belle famille ait encore pas mal de manquements dans le processus de réalisation de cette prestigieuse finalité de l’unité et de la concorde sincère, et pour lesquels nous implorons la patience et la miséricorde de Dieu, rendons aussi grâce au Père Tout-puissant pour le don de notre charisme et la finalité confortienne qui rejoint celle du Christ Jésus. Confions en même temps le labeur de nos confrères qui œuvrent dans ce sens dans le monde et les âmes de ceux et celles qui ont participé à cet idéal déjà et pas encore réalisé : Faire du monde une seule Famille autour du Seigneur. 

Conclusion

Au crépuscule de notre réflexion analytique au sujet de l’unité des familles du monde, nous relevons que cette finalité est un projet originaire de Dieu dès le début de tout. Car le Seigneur veut que l’humanité soit une seule entité à l’exemple de la Sainte Trinité. Le Christ est alors son missionnaire qui a concrétisé le cadre idoine pour cette réalisation. Il s’agit de l’Eglise qui est à cet effet, le Peuple de Dieu et un mystère tout comme son fondateur. A la suite du Christ et après plusieurs grands saints de l’Eglise, Saint Guido Maria Conforti consacrera sa vie pour l’effectivité de ce plan divin pour les hommes et les femmes de ce temps. A nous les Xavériens, tout comme le Christ aux chrétiens, Conforti a légué cette éminente réalisation qui passera forcément par l’unité exemplaire de notre famille religieuse aujourd’hui

Résumé:  L’unité divine et humaine dans l’Église et l’exemple confortien

Depuis la création, Dieu le Père a voulu que l’humanité forme une seule famille. Le péché a cependant brisé cette unité, séparant l’homme de Dieu. À travers des figures comme Abraham, Dieu a cherché à rassembler son peuple, objectif accompli par Jésus-Christ en fondant l’Église. L’Église est donc le signe et le moyen de rassembler l’humanité dans une seule famille de Dieu. Cette mission s’est poursuivie par Saint Guido Maria Conforti, qui a consacré sa vie à cette unité. L’Église, en tant que communauté missionnaire, doit accueillir tous les peuples, prêchant l’Évangile à toutes les nations (Mc 16, 15). Ce rassemblement nécessite de surmonter les différences culturelles, mais repose sur la foi en un Dieu trinitaire et sur la doctrine chrétienne. L’inculturation reste un défi, mais l’Église est ouverte à tous les peuples, quel que soit leur passé religieux, par le biais du baptême. Dans l’Église, la véritable unité se trouve dans la fraternité et l’engagement missionnaire. La famille Xavérienne, modèle de cette unité, incarne ces principes à travers une communauté basée sur la foi, le pardon et l’amour fraternel. Saint Conforti a insisté sur l’importance de maintenir l’unité, en surmontant l’égoïsme et les divisions. Chaque membre doit contribuer activement à la mission commune, fidèle à l’idéal chrétien. 

En conclusion, l’unité du monde, voulu par Dieu dès la création, se concrétise dans l’Église. À l’image de la Sainte Trinité, l’humanité doit devenir une seule famille autour du Seigneur, un objectif que Saint Conforti a poursuivi et que les Xavériens continuent de réaliser par leur mission d’unité et de charité.