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Initiation tribale ou clanique pour une intégration nationale authentique

Initiation tribale ou clanique pour une intégration nationale authentique
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Le Musée du Kivu (Bukavu-RDC) des Missionnaires Xavériens a organisé en ce mois de Mars, un forum culturel sur le thème de l’initiation tribale ou clanique. Le Forum se voulait aussi comme commémoration de 60 ans de présence des Missionnaires Xavériens au Congo (RDC). Nous vous présentons ici le texte de l’exposé du père Gabriel Basuzwa à ce Forum. L’auteur est un missionnaire xavérien congolais, travaillant au Burundi.

  1. Je commence par remercier le Seigneur pour la croissance de la Parole reçue des Missionnaires xavériens en RDC. A leur tour, les Xavériens ont également accepté d’être évangélisés par le peuple de Dieu qui est au Congo. Ils ont même accepté d’endosser l’identité congolaise en accueillant des xavériennes et des xavériens locaux. Soixante ans de présence et d’approfondissement de la foi.
  1. L’initiation tribale ou clanique passe par la famille avant de réaliser une intégration nationale. Au fait, l’initiation commence à la naissance et se poursuit pendant toute une vie. La mort physique constitue un arrêt visible pendant que l’initié, de façon invisible, intègre la lignée des ancêtres.
  1. Pour devenir congolaise et congolais authentiques, il est obligatoire de passer par l’initiation tribale ; détruire son identité confuse avant d’intégrer une identité nouvelle, reconnue et instituée par les ancêtres congolais. En RDC on reconnait cinq ethnies selon une terminologie héritée des ethnologues anciens :
  • Les Bantous renferment la majorité des tribus congolaises.
  • Les Soudanais se trouvent principalement au Nord-Est du Congo.
  • Les Hamites et
  • les Nilotiques se trouvent également au Nord-Est.
  • e. Les Plus anciens habitants, les Pygmées, se trouvent partout.
  1. Dans cet entretien, nous parlerons de l’initiation tribale dans sa plus grande généralité. Nous ne nous arrêterons à aucun cas spécifique. En parlant de l’initiation tribale et clanique, nous laissons de côté d’autres formes d’initiations telles que l’initiation religieuse et mystique. C’est dire que nous ne parlerons ni de la magie ni de la sorcellerie.
  2. L’initiation tribale comprend 3 étapes successives, évolutives et irréversibles. L’initié sort de l’enfance pour tendre vers la maturité d’un adulte sans jamais s’arrêter car sa vie durant, il poursuit sa marche pour devenir ancêtre. En effet, l’initiation renferme des éléments communicables et des éléments ineffables. En dernière analyse, l’ultime maître d’initiation c’est le Fondateur de la tribu.
  • La première étape est la plus simple. Il s’agit de la séparation. Cette étape s’appelle l’étape préliminaire.
  • Dans l’initiation du garçon, l’enfant se soustrait (se sépare) de l’autorité de la femme-mère pour rechercher sa vraie place dans la communauté des hommes. Il part à l’inconnu, dans l’obscurité de la forêt, en sachant ce qu’il est : un enfant de sa mère. Mais il ne sait pas ce qu’il sera après avoir traversé le secret de la forêt. Tout dépend de l’œuvre initiatique qui fabrique les hommes comme il faut.
  • Dans plusieurs cultures, l’initiation de la fille se passe au village. En quelque sorte, elle reste à sa place. Il lui faut uniquement enlever ce qui porte à confusion avec le physique de l’homme (excision ou autre pratique). Ici, je parlerai uniquement de l’initiation masculine.
  • La deuxième étape est centrale. Elle porte plusieurs noms qui manifestent sa complexité : - Marge (Marginalisation) ; Transition (Mort-Résurrection-Renaissance); Liminaire (frontière). Le mot liminaire vient du latin : limen-liminis, il signifie, à la limite, au seuil de, à la frontière. Cette étape prépare à franchir la frontière entre l’enfance et l’âge adulte en passant par une mort mystique condition sine qua non pour accéder au monde des ancêtres. Cette transition implique toutes sortes de souffrances et d’épreuves pour pousser l’initié à devenir plus fort que la nature. Il apprend à braver la fatalité. D’où le besoin vital de recourir au Fondateur de la tribu.
  • La souffrance et l’humiliation subies au fond de la forêt initiatique ne vise pas principalement à acquérir l’endurance. Elle vise à détruire l’être ancien (l’ambiguïté de l’enfance) pour fabriquer un être nouveau, un homme selon le standard tribal. La circoncision, par exemple, détruit ce qu’il y a de féminin dans le corps du garçon).
  • L’initié apprend des métiers utiles à la tribu : pêche, forge, chasse, etc. Il apprend l’art de la guerre ainsi que celui de gouverner la tribu avec équité. Un futur chef a une initiation spécifique après avoir été initié en commun avec les membres de sa classe d’âge hiérarchique. Il reçoit en commun l’identité tribale.
  • Ceux qui ont reçu ensemble l’initiation se vouent une loyauté parfaite et s’entraident à ne jamais trahir la nation.
  • Les secrets initiatiques concernent aussi l’entrée en intimité avec les ancêtres dans la case initiatique. Il est impossible de partager une telle expérience avec des non-initiés. Une expérience mystique est, en effet, ineffable.
  • A la fin d’une vie loyale envers sa tribu, l’initié poursuivra l’expérience mystique ainsi commencée. Cette étape est appelée Marge ou Liminaire parce que l’expérience faite dans le bosquet ou la case initiatique demeure en dehors des limites de la vie ordinaire. Elle demeure marginale, amorale et non point immoral. C’est pourquoi, toute considération morale à ce sujet est hors place. L’éducation au cours de l’initiation transcende la morale courante. Car certaines expérimentations au cours de l’initiation servent à donner une idée sur le chaos primordial. L’initié a plutôt la tâche de l’éradiquer à jamais de la société. Pendant qu’il y a lieu de retenir les exemples à imiter, au moins une fois dans la vie, l’initié ressent dans sa chair ce qu’il ne faut plus jamais répéter.
  • La troisième étape s’appelle postliminaire. C’est-à-dire, après la marginalisation. Elle consiste à sortir de la forêt pour une intégration sociale subséquente d’une confirmation identitaire en bonne et due forme. Personne, en effet, ne s’attribue l’appartenance à une tribu. C’est à cette étape que se réalise l’appartenance tribale. La mère qui s’était séparée de son enfant à la première étape peut maintenant l’accueillir et assurer son intégration. Le nouvel initié porte un nouveau nom qui confirme sa nouvelle identité tribale. Il peut désormais faire son ascension dans la hiérarchie sociale ; ascension qui inclut aussi la possibilité de devenir ancêtre en remplissant quelques conditions essentielles :
  • la probité morale,
  • engendrer beaucoup d’enfants,
  • laisser un héritier,
  • réaliser une œuvre grandiose en faveur de la tribu,
  • vivre très longtemps,
  • laisser un testament verbal en présence des témoins.
  • Un futur ancêtre ne se laisse pas surprendre par la mort.
  • Il affronte le passage dans le monde invisible avec lucidité.

Père Gabriel Basuzwa, s.x. - Rafiki wa Kristu

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