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La lettre Apostolique Maximum Illud en son temps


La période historique autour de la première guerre mondiale a constitué un processus métabolique et révolutionnaire. On pourrait dire encore « apocalyptique », où la catastrophe survenue, plutôt que de marquer une fin, n’a fait qu’indiquer un début. Un début qui provoqua du nouveau aussi dans la conscience mondiale que dans l’Evangélisation des peuples. En effet, dans sa lettre apostolique Maximum illud(MI), le pape Benoît XV avait exhorté, avec un sens prophétique et une assurance évangélique, à sortir des frontières des nations, pour témoigner de la volonté salvifique de Dieu à travers la mission universelle de l’Église. « Mère » de toutes les encycliques missionnaires, elle a réaffirmé le principe de la pérennité du mandat missionnaire tout en recomposant les grandes lignes de l’histoire de l’évangélisation, partant de l’évangélisation des peuples barbares, du nouveau monde, jusqu’à l’Asie et l’Afrique.[1]

Dans le souci de nous relancer aujourd’hui, dans le contexte qui est le nôtre, je crois que la lettre apostolique MI aurait encore beaucoup à nous dire, même si nous pensons qu’il faut tout de même aller au-delà. Telles ont été les recommandations du Pape Benoît XV pour réactiver l’apostolat missionnaire au milieu du « terrae-motus » qui n’a pas laissé à la marge l’Eglise en général et chaque chrétien en particulier :

  • Dans un monde egocentrique et belliqueux, charité et ouverture envers tous : MI s’adresse avant tout aux évêques, aux missionnaires et aux vicaires apostoliques, car « c’est de l’autorité qui gouverne que dépendent presque exclusivement la condition et le sort des missions... ». Leur devoir ne se limite pas au simple accompagnement des chrétiens convertis, mais « ils doivent absolument travailler au salut de tous. Ils doivent veiller sur tous, entretenir leur ferveur, veiller que pas un seul vienne à s’égare et à se perdre. Ce serait une illusion de leur part de penser avoir rempli leur tâche come il convient, s’ils ne s’emploient pas de toutes leurs forces et sans relâche à faire bénéficier tant d’autres personnes des bienfaits de la vie dans le Christ ».
  • Dans un monde d’exclusion et de compétitivité, collaboration de tous et avec tous : les responsables de Mission, doivent, par leurs paroles, leurs œuvres et leurs exemples, être sujets d’édification pour leurs prêtres et leurs autres auxiliaires, et aiguillonner leur courage à la poursuite d’un idéal toujours plus élevé. Il faut que tous les ouvriers, qui, à quelque titre que ce soit, travaillent dans la vigne du Maître, constatent que la mission a à sa tête un père qui se réjouit des succès de tous, compatit à leurs misères.
  • Dans un contexte d’égocentrisme, s’ouvrir à l’autre différent et promouvoir sa préparation : Le document préconise une particulière attention à la formation du clergé locale, parmi les premières préoccupations des évêques. Selon le principe de désintéressement, l’apôtre ne représente que les seuls intérêts du Christ. Et voilà que « sur le clergé local, reposent de manière spéciale les espoirs de la nouvelle chrétienté. Le prêtre local, ayant en commun plusieurs éléments avec ses compatriotes (entre autres les origines, le caractère, la mentalité, les aspirations, …) est la personne plus apte pour susciter la foi en eux. Plus que tous, il est celui qui connait les voies pour persuader les siens. Souvent, il est à même d’arriver avec facilité là où un missionnaire étranger ne peut arriver.[2]
  • Face à la tentation de la compétitivité, responsabiliser l’autre globalement et effectivement : Tout en soulignant la nouveauté de cette lettre Apostolique Benoît XV au sujet de la formation du clergé local nous voulons souligner sa globalité et son effectivité quand le document souligne qu’il faut tout de même pourvoir à ce que celle-ci soit efficace et complète.[3] La formation devra être complète et parfaite comme celle impartie aux candidats prêtres dans les Institutions européennes. En somme, on ne doit pas former un clergé local comme si l’on formait une classe inférieure, habilitée seulement aux fonctions secondaires. Le clergé local doit être à la hauteur de son ministère et au point d’assumer un jour de gouvernement d’une entité chrétienne.[4]
  • Face à la tentation de la domination, se garder du danger de l’esprit colonialiste : Le document s’adresse aux missionnaires les invitants à se garder du danger du colonialisme, et qui peut se traduire dans les attitudes de supériorité et de paternalisme, se considérant plus que les autres. Certains, à en croire Battista Mondin, n’arrivent pas à céder à la tentation de privilégier les intérêts de patrie d’origine. Il s’agit bien d’une des plus tristes plaies de l’apostolat et qui paralyse souvent le zèle chez les chrétiens.[5]
  • En tout et partout, constante autoformation : La lettre apostolique recommande positivement à chaque missionnaire de s’engager pour une auto-formation adéquate. Dans la mesure où le missionnaire « sera plus instruit, plus il sera apprécié et estimé parmi les gens. Plus encore s’il se retrouve au milieu d’un peuple qui a de la considération et l’estime pour l’étude et le savoir, sensibles aux impressions qu’aux raisonnements. Il n’est pas seulement question d’une formation intellectuelle, mais aussi une sagesse en matière des réalités d’en haut. Il doit servir d’exemple par la sainteté de sa vie : « il doit, et avant tout, mettre dans sa vie ce facteur indispensable, le plus important, qu’est la sainteté ».

Le tournant historique opéré par la lettre apostolique MI, sans doute, implique tout le monde et en plus, dans un moment de crise qui se traduit pour tous les chrétiens comme une « crise de croissance ». Elle est donc une invitation à rester fidèles aux changements de l’histoire, et dans la fidélité à celui qui nous envoie avec l’ordre non seulement de baptiser, mais aussi d’enseigner à observer tout ce qu’il nous a prescrit.

 

[1] B. MONDIN, Maximum Illud. Encyclique missionnaire de Benoît XV, in Dizionario storico e teologico delle missioni, Urbaniana University Press, Rome, 2001, 311.

[2] MONDIN, Ibidem.

[3] MONDIN, Ibidem.

[4] Une recommandation spéciale a été faite à l’occasion aux collèges de Propaganda Fide, dont la fonction est de préparer le clergé local.

[5] MONDIN, Maximum Illud. Encyclique missionnaire de Benoît XV, 312