
Les jeunes et la mission Ad Gentes
Notre institut, les Missionnaires Xavériens, a été fondé grâce à l’esprit d’un charisme dont l’appel et le contenu reste d’actualité. En effet, le projet audacieux qui a animé le cœur de Conforti de fonder un institut exclusivement missionnaire appelé à annoncer l’Evangile à ceux qui ne le connaissent pas encore, ne cesse de remettre en question l’homme contemporain. A vrai dire, l’annonce de la bonne nouvelle de Jésus est la vocation de tous les chrétiens. En ce sens, la jeunesse chrétienne est sans doute mieux placée pour aller à la rencontre des autres jeunes jusqu’aux extrémités de la terre, porter l’Evangile. Le magistère de l’Eglise catholique a toujours vu dans la jeunesse une force de changement. En cette année jubilaire de l’encyclique missionnaire Maximum Illud du pape Benoit XV, nous voulons, à la lumière du charisme xavérien, montrer comment les jeunes peuvent, grâce au don de leur baptême, être des apôtres de la bonne nouvelle dans le monde actuel.
Nous suivrons une démarche tripartite. En premier lieu nous allons répondre à la question qu’est-ce qu’un charisme ?Cela afin de permettre à nos lecteurs d’inspecter la suite de notre pensée. Le deuxième moment sera consacré à la présentation du charisme xavérien. Et enfin nous allons nous appesantir sur ce que le charisme xavérien peut dire à notre jeunesse actuelle.
Qu’est-ce qu’un charisme ?
Le charisme est « un don gratuit approprié à telle ou telle personne, lui permettant d’accomplir par l’Esprit des actions adaptées au bien de la communauté »[1]. Bien qu’il soit un don reçu p
ar un individu, sa finalité est communautaire. C’est un don non pas pour soi mais pour le bien de tous. Toutefois, si les dons de l’Esprit ont pour objectif de sanctifier les fidèles, les charismes ont avant tout pour raison d’être, l’édification de la communauté chrétienne qui est le corps du Christ lui-même. Dans l’Eglise, nous pouvons répertorier plusieurs charismes que celle-ci accueille évidemment comme fruit de l’Esprit Saint. Tout charisme doit s’enraciner dans l’Evangile. Un charisme dont la racine pivotante n’est pas l’Evangile n’en est pas un. Car la communion trinitaire ne se contredit pas. L’esprit ne peut pas concéder un fruit qui soit contraire à l’Evangile.
Le charisme xavérien quid ?
Le premier chapitre des constitutions xavériennes s’ouvre solennellement avec l’énoncé suivant : « L’Esprit du Seigneur qui anime l’Eglise et renouvelle constamment en elle la conscience de sa mission dans le monde, a inspiré à l’évêque Guido Maria Conforti de s’offrir pour l’évangélisation des non chrétiens et de rassembler dans une communauté missionnaire des hommes appelés à consacrer leur vie à Dieu pour le même idéal »[2]. Le n°2 de ces mêmes constitutions renforce l’idée en précisant que : la fin unique et exclusive de l’institut est l’annonce de la bonne nouvelle du règne de Dieu aux non chrétiens. Le n°9 des dites constitutions affirme que nous sommes envoyés aux populations et aux groupes humains non chrétiens en dehors de notre milieu, culture et Eglise d’origine. D’où le tri- nominal Ad gentes, Ad extra et Ad vitam.
A l’instar des constitutions, le document du 17e chapitre général poursuit en illustrant que le charisme unique et exclusif à nous les Xavériens, est la première annonce. Tout ce que chaque Xavérien fait, doit être orienté vers la première annonce de l’Évangile. L’identité charismatique des Xavériens s’articule dans la première annonce rendue explicite par le trinôme ad gentes, ad extra, ad vitam. Nous sommes des missionnaires envoyés aux groupes humains, en sortant de notre milieu d’origine et pendant toute notre existence.
Pour établir un rapport entre les jeunes et le charisme Xavérien ou mieux ce que le charisme xavérien peut dire à la jeunesse d’aujourd’hui, nous allons nous focaliser sur trois termes à savoir : ad gentes, ad extra, ad vitam familiers à nous Xavériens. Ce trinôme est une expression technique, qui fait échos au peuple du cosmos comme horizon de la mission, la population de la terre réceptrice de la bonne nouvelle de Christ Jésus.
Les jeunes et le charisme Xavérien
La jeunesse représente dans la société contemporaine une force de grande envergure. Elle accède et s’adapte souvent très rapidement à une nouvelle condition sociale, économique et ecclésiale. La jeunesse est un patrimoine qu’il faut sauvegarder et impliquer dans nos projets. C’est pourquoi, nous les Xavériens nous voulons l’impliquer pour qu’elle devienne porteuse de la première annonce de l’Évangile auprès des peuples non chrétiens. Car son importance sociale exige d’elle une plus grande activité apostolique et son caractère juvénile et naturel l’y accommode.
Le projet audacieux de Conforti est ouvert à toute personne qui veut collaborer en partageant avec les Xavériens l’appel à être des disciples missionnaires y compris les jeunes. Les locutions latines ad gentes, ad extra, ad vitam, sont trois composantes, fondamentaux qui doivent orienter les jeunes à s’engager exclusivement pour l’annonce de l’Evangile. Le concile Vatican II avait exactement compris que les jeunes ont quelque chose à donner au monde et à l’Eglise en particulier. Il s’exprime en ce terme : « Les jeunes doivent devenir les premiers apôtres des jeunes, en contact direct avec eux, exerçant l’apostolat par eux-mêmes et entre eux, compte tenu du milieu social où ils vivent »[3]. En vertu de leur baptême et leur ardeur juvénile, leur vivacité, leur bravoure, les jeunes unis au charisme xavérien sont appelés à relever les défis actuels face à la première annonce.
Jeunes face à la première annonce Ad gentes
L’expression Ad gentes, comme il est dit ci-haut, désigne les peuples du monde en tant qu’horizon de la mission, les populations de la terre destinataires de l’annonce évangélique. L’appel à l’annonce de l’Evangile n’est pas l’apanage des prêtres et des religieux. C’est une vocation de tous les chrétiens : « allez, de toutes les nations faites des disciples » Mt 28,19. Pourtant, ce mandat du Christ ressuscité n’a pas encore atteint son objectif bien que l’Evangile soit annoncé partout dans le monde. Le champ apostolique est vaste. Les non chrétiens sont nombreux autant que les chrétiens dans le monde. Scrutons seulement dans nos milieux d’origines, nos quartiers, nos communautés combien des personnes qui fréquentent l’Eglise et combien qui connaissent véritablement Jésus ? Et parmi ces personnes, il y a aussi les jeunes comme nous, abattus par les difficultés de la vie et qui n’arrivent plus à se relever. Notre générosité, notre ardeur, et notre baptême exigent de nous un agir immédiat pour sauver nos frères et sœurs. Prenons le courage d’aller vers eux. N’ayons pas peur de répondre au mandat du maître « allez par le monde entier, proclamer l’Evangile à toutes les créatures ». Chers frères jeunes, il n’est pas question d’anesthésier la grâce de Dieu qui habite en nous. Nous sommes conviés à écouter l’Esprit qui nous suggère des choix audacieux comme Conforti. Prenons des initiatives concrètes pour faire entendre notre voix, notre cri vers ceux et celles qui ne connaissent pas encore le Christ.
Jeunes acteurs de la mission Ad extra
Face aux défis actuels de l’Église en sortie, que nous lance le pape François que pouvons-nous faire comme jeunes chrétiens ? En effet, la jeunesse est un temps de découverte, de curiosité, de recherche. Ce qui implique les sorties, les loisirs et les satisfactions. La vie actuelle offre d’énormes possibilités d’actions et des distractions et le monde les présentent comme si elles étaient toutes admissibles et altruistes. Et les jeunes sont les plus exposés à cette offre. Souvent nous entendons auprès des certains jeunes des expressions telles que : On ne sortira pas ? Allons nous balader, sortons un peu. Ailleurs on parle tantôt du tourisme. Quels sont les objectifs de nos sorties, de nos balades, de nos tourismes ? Evidemment, sans porter un jugement de valeur, dans la plupart des cas, ces sorties et ces balades sont juste pour les jouissances, célébrer la vie, les loisirs, bref les biens terrestres.
Notre grand frère Jésus, nous dit à ce propos « Que sert à l’homme de gagner le monde entier, s’il se perd ou se ruine lui-même ? » Lc 9,25. Canalisons nos sorties, nos énergies encore fraiches pour le plus grand bien, pour un idéal meilleur que les loisirs. Allons à la rencontre des exclus, des pauvres, des malades. Sortir pour rencontrer nos amis jeunes qui sont dans les rues de nos villes ou villages. Notre présence auprès de nos ami(e)s jeunes qui sont en difficulté serait très fructueuse et aura plus d’impact pour eux. La société et l’Eglise nous attendent pour cela. Faire remarquer notre présence dans l’Eglise, nos communautés des bases pour accomplir la mission de notre grand frère Jésus. Allez proclamer la bonne nouvelle du royaume à toutes les créatures.
Le pape François dans la dynamique de la préparation au synode consacré aux jeunes, exhorte ceux-ci à faire entendre leur cri. Un cri prophétique qui dénonce le mal et annonce la bonne nouvelle d’un changement social et d’un bonheur partagé. Pour que notre cri retentisse dans la société et dans l’Eglise, cela exige de nous courage et engagement continus.
Les jeunes pour un engagement missionnaire Ad vitam
Nous sommes dans un monde où s’engager définitivement fait peur. Soit parce que l’avenir est incertain ou même parfois nous manquons de confiance en Dieu. Pour le cas du mariage, par exemple, il est rare de constater aujourd’hui les mariages qui résistent aux vents et tempêtes actuels. Aller jusqu’au bout de son engagement devient une chose rare. Saint Paul dans le livre des actes des apôtres dit ceci : « je n’attache d’ailleurs vraiment aucun prix à ma propre vie ; mon but c’est de mener à bien ma course et le service que le Seigneur Jésus m’a confié ; rendre témoignage à l’Evangile de la grâce de Dieu » Ac 20,24. Paul ne faisait aucun cas de sa vie, ni ne la tenait pour précieuse. Tout ce qu’il désirait c’était d’achever sa course quoi qu’il lui en coûtât. Voilà un exemple pour nous jeunes.
Nous devons prendre les résolutions avec espérance et persévérance jusqu’au au don total de nous-mêmes, plutôt que limiter notre engagement pour un temps. La mission Ad vitam vécue par les Xavériens comme don total de soi, vient relever le défi du temporaire. Nous sommes sans ignorer que nombreux jeunes vivent dans cet état. Le charisme xavérien Ad vitam vient dire aux jeunes : ce n’est qu’en s’engageant et en vivant de manière intense et profonde notre existence qu’on arrive à trouver les fruits qui demeurent. L’un des fruits de la mission ad vitam est justement le témoignage de vie jusqu’au bout.
Conclusion
Nous voici au terme de notre réflexion. Nous avons voulu établir un rapport entre les jeunes et le charisme xavérien. L’objectif était de désigner ce que le charisme xavérien peut apporter de nouveau aux jeunes pour qu’ils soient eux-mêmes apôtres du Christ auprès de leurs frères et sœurs. Nos affirmations fortes se résument en: 1) le charisme xavérien est ouvert à tous ; 2) il a comme billet d’entrée le baptême qui donne droit et devoir à tous les chrétiens d’être apôtres et porteurs de la bonne nouvelle du Christ ; 3) l’annonce de l’Evangile est une vocation de tous les chrétiens. D’où l’importance de coopérer avec les laïcs et surtout oublier les jeunes.
Il est impérieux de surmonter les difficultés liées à la collaboration avec les jeunes. Néanmoins, cela n’empêche de les impliquer et aller à leur rencontre pour leur proposer ce qui est mieux : la joie d’être porteur de la bonne nouvelle de Jésus. Si ces pages stimulaient quelques jeunes à collaborer avec les missionnaires xavériens, selon l’horizon de leur charisme, ils auront ainsi donné leur contribution à la mission confiée à l’Église entière : celle d’évangéliser le monde entier.
Aimé NSHOLE MAJI
[1] Xavier Léon Dufour, Dictionnaire du nouveau testament, Éd. Seuil, Paris, 1975, p. 161.
[2]Constitutions xavériennes n°1.
[3] Concile Vatican II, Apostolat des laïcs, n°12.



