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Pour une Eglise synodale : les voix venues d’Afrique


Le 27 Octobre 2022, le synode sur la synodalité, « marcher ensemble », a franchi une nouvelle étape. Il s’agit de la publication du Document : « Elargis l’espace de ta tente (Is 54, 2) : Document de travail pour l’étape continentale », 24 Octobre 2022, (DEC)[1]. Dans ce texte, le Secrétariat Général du Synode des évêques rassemble les synthèses de 112 des 114 Conférences épiscopales et toutes les 15 Églises orientales, les réflexions de 17 des 23 dicastères de la Curie romaine, ainsi que celles des supérieurs religieux (USG/UISG), des instituts de vie consacrée et de sociétés de vie apostolique, des associations et des mouvements de fidèles laïcs, de particuliers et de groupes, ainsi que des informations recueillies sur les réseaux sociaux grâce à l’initiative du “Synode digital”. (DEC 5).  Ce Document servira d’outil de travail pour l’étape continentale qui ira de Janvier à Mars 2023.

Pour bien saisir la nature et la fonction du DEC et en faire un bon usage, le Secrétariat précise que le DEC n’est pas un document du Magistère de l’Eglise (DEC 8). Et il ajoute que même s’il reprend une voix de l’une ou l’autre partie du monde où une église particulière, cela ne signifie pas un soutien aux positions d’une région particulière du globe. Les citations retenues ont plutôt été choisies parce qu’elles expriment de manière particulièrement puissante, heureuse ou précise un sentiment qui revient dans de nombreux résumés (DEC 6).

Le DEC fait don  écho à différentes et diverses voix et questions d’une grande partie du peuple de Dieu. Il ne cache pas leurs divergences sur certains sujets sensibles. Les thèmes majeurs qui y ressortent sont : une expérience synodale joyeuse et l’amour pour l’Eglise, les abus et scandales dans l’Eglise, la place et le rôle des femmes, les problématiques des minorités sexuelles et les questions de la pastorale familiale, des problèmes de sociétés comme le racisme, tribalisme, le drame des guerres et de la violence, la défense de la vie…Certains de ces thèmes concernent directement les églises d’Afrique et les autres non. Ces lignes se proposent de répertorier les voix venues d’Afrique.

  1. De l’expérience de joie et de l’amour pour l’Eglise

Même s’il ne manque pas de voix qui disent leurs réticences et affichent un scepticisme à l’égard du processus synodal encours (DEC 18),  trois voix venues d’Afrique expriment une expérience générale de joie et d’amour pour l’Eglise en ces termes: «ce qui émerge de
l’examen des fruits, des semences et des mauvaises herbes de la synodalité, ce sont des voix de grand amour pour l’Église, des voix qui rêvent d’une Église capable
de témoigner de manière crédible, une Église qui sait être une Famille de Dieu
inclusive, ouverte et accueillante
» (CE Zimbabwe).  Pour le diocèse d’Ebibeyín en Guinée équatoriale: « cette expérience synodale a été l’une des plus enrichissantes que beaucoup ont pu vivre dans leur vie chrétienne. Depuis le premier moment où les travaux du Synode ont commencé jusqu’au point où nous sommes maintenant, il y a un grand enthousiasme au sein du Peuple de Dieu » : (DEC 17).

La méthode synodale a été aussi appréciée car elle a rencontré les attentes des certaines personnes prises individuellement ou celles des églises locales. « On
constate une forte mobilisation du Peuple de Dieu, la joie de se retrouver, de faire route ensemble et de parler librement. Certains chrétiens qui se sont sentis blessés
et qui se sont éloignés de l’Église sont revenus lors de cette phase de consultation
» (CE République Centrafricaine). (DEC 17). Au Rwanda après la tragédie de 1994, le thème du synode a été apprécié comme venant répondre à un besoin réel d’église : « eu égard à la tragédie du génocide perpétré contre les Tutsis qui a tant divisé le peuple rwandais, le thème de la communion devrait être mieux approfondi en vue d’une véritable guérison de la mémoire collective. Ce synode nous a permis de mieux comprendre que la pastorale d’unité et de réconciliation doit continuer à être une priorité » (CE Rwanda) (DEC 21).

2.  De la participation et de l’écoute de tous

Le synode se veut un chemin où personne n’est laissé de côté à cause de la commune dignité baptismale. Tous les fidèles sont participants chacun selon sa vocation et sa condition. Le synode  est ainsi perçu comme  « un moment crucial et précieux pour réaliser comment nous partageons tous, par le baptême, la dignité commune et la vocation de participer à la vie de l’Église » (CE Ethiopie). (DEC 22). En ce sens l’Eglise se refuse de reproduire en son sein les discriminations comme celles qui se vivent dans la société où seuls « les riches et les personnes instruites sont davantage entendus » (CE Ouganda) (DEC 44).  

Mais les expériences personnelles comme relations affectives, familiales et les orientations sexuelles comme : les divorcés remariés, les familles monoparentales, les personnes vivant dans un mariage polygame, les personnes LGBTQ, etc. sont prises en compte. Si elles ont été tenues comme de cas qui nécessitent l’attention de l’Eglise, le DEC mentionne que les synthèses révèlent également des incertitudes quant à la manière d’y répondre et expriment le besoin de discernement de la part de l’Église universelle.

Deux pays de l’Afrique font entendre leur voix à ce sujet : « Il y a un phénomène nouveau dans l’Église qui est une nouveauté absolue au Lesotho : les relations entre personnes de même sexe. [...] Cette nouveauté est inquiétante pour les catholiques et pour ceux qui la considèrent comme un péché. Il est surprenant de constater que certains catholiques du Lesotho ont commencé à pratiquer ce comportement et attendent de l’Église qu’elle les accepte, eux et leur façon de se comporter. [...] C’est un défi qui n’est pas sans poser problème à l’Église car ces personnes se sentent exclues » (CE Lesotho) (DEC 39). « L’Afrique méridionale subit également l’impact de tendances internationales de sécularisation, d’individualisme et de relativisme. Des questions telles que l’enseignement de l’Église sur l’avortement, la contraception, l’ordination des femmes, les prêtres mariés, le célibat, le divorce et le remariage, la possibilité d’approcher la communion, l’homosexualité, les personnes LGBTQIA ont été soulevées dans tous les diocèses, tant ruraux qu’urbains. Différents points de vue ont émergé et il n’est pas possible de formuler une position définitive de la communauté sur aucune de ces questions » (CE Afrique du Sud) (DEC 51)

3.  De la marche avec les autres chrétiens,  croyants et  non-croyants

Les chrétiens catholiques vivent au quotidien en relations avec les chrétiens d’autres confessions (les protestants), les croyants d’autres religions voire les non-croyants. Cette diversité religieuse et socioculturelle  a été retenue dans les expériences partagées. Les chrétiens qui vivent dans les pays à majorité musulmane sont les plus sensibles à ce sujet : « Ce climat social de dialogue est également entretenu avec les adeptes de la Religion Traditionnelle Africaine et, avec toute autre personne ou communauté, quelle que soit son obédience » (CE Sénégal, Mauritanie, Cap Vert et Guinée Bissau). (DEC 43).  

« Dans le vécu réel en Centrafrique, le “vivre-ensemble” entre chrétiens de différentes confessions s’impose de lui-même. Nos quartiers, nos familles, nos places mortuaires, nos lieux de travail sont de véritables lieux d’œcuménisme » (CE République centrafricaine). (DEC 48) « Par exemple [il y a] ce que nous pourrions appeler la “porosité” de nos Églises, où la ligne de démarcation avec la société civile est paradoxalement moins marquée qu’ailleurs [...]. Il n’y a pas le problème de faire des choses “dans” l’Église ou “dehors”. C’est une Église “en sortie” par définition car “chez l’autre” tout le temps et cela nous a appris écoute, souplesse et créativité dans les formes, le langage, les pratiques » (CE Région Afrique du Nord- CERNA) (DEC 23). « Nous devrions également prêter attention aux pensées et aux idées de la famille élargie et des compagnons de route (non-catholiques, politiciens, non-croyants). Il y a des voix autour de nous que nous ne pouvons pas nous permettre d’ignorer si nous ne voulons pas manquer ce que Dieu nous chuchote à travers elles » (CE Zimbabwe). (DEC 54)

4.  A propos de prêtres et d’autres ministères dans l’Eglise

Le rôle des ministres ordonnés, leur formation et leur style ainsi que l’existence des autres agents ont été examinés de façon critique.  De la République centrafricaine on apprend que : « En outre, certains curés se comportent en “donneurs d’ordres”, en imposant leur volonté sans écouter personne. Les chrétiens laïcs ne se sentent pas membres du Peuple de Dieu. Des initiatives trop “cléricalistes” sont à déplorer. Certains agents pastoraux, clercs et laïcs, préfèrent parfois s’entourer de ceux qui partagent leurs opinions et s’écartent de ceux dont les convictions leur sont hostiles et contradictoires » (DEC 58). « Sur certains sujets, l’exercice de l’autorité se fait de manière collégiale en consultant les organes mis sur pied dans les différentes structures d’administration, de gestion et d’animation pastorale [...] Mais le constat est parfois triste constater qu’il y a dans notre Sainte Église catholique des Evêques, prêtes, catéchistes, responsables des communautés... très autoritaires. [...] Certains se servent au lieu de servir avec des décisions unilatérales, cela entrave notre marche synodale » (CE Tchad) (DEC 79).

Au sujet des ministères laïcs : « La promotion des ministères laïcs et la prise de responsabilité se font par l’élection ou la nomination des fidèles considérés comme possédant les qualités requises » (CE Mozambique). (DEC 68) « La prise de responsabilité est garantie par le mandat reçu et le principe de subsidiarité. Les Catéchistes sont institués et ont un statut particulier dans l’Église Famille de Dieu. [...] Certains d’entre eux sont “institués” Chefs des Communautés, spécialement dans les milieux ruraux où la présence des prêtres est rare » (CE République Démocratique du Congo) (DEC 68).  « Marcher en synode, en s’écoutant les uns les autres, en participant à la mission et en s’engageant dans le dialogue, a probablement une dimension de “déjà-là et de pas encore” bien présente, mais beaucoup reste à faire. Les laïcs sont capables, talentueux et désireux de contribuer de plus en plus, pour autant qu’on leur en donne l’occasion. D’autres enquêtes et études au niveau des paroisses peuvent ouvrir d’autres voies par lesquelles la contribution des laïcs pourrait être immense et aboutir à une Église plus vivante et florissante, ce qui est le but de la synodalité » (CE Namibie). (DEC 100)

5. De l’Eucharistie comme “source et  sommet” du dynamisme synodal

« La célébration liturgique et la prière sont vécues comme une force d’union et de mobilisation des énergies humaines et spirituelles. Il y a l’avis dominant que la prière favorise la joie de vivre et le sentiment de communauté, parce que considérée comme un foyer, un lieu de force et un havre de paix. [...] les contributions mettent l’accent sur deux modalités à développer pour une marche synodale : l’unité chrétienne et la joie de vivre. Cette marche commune passerait par les grands rassemblements liturgiques (pèlerinages...), pour nourrir la piété populaire, renouveler la foi, nourrir le sentiment d’appartenance, et ainsi mieux accompagner les chrétiens pour qu’ils témoignent de l’Évangile de la charité face au communautarisme et au repli identitaire de plus en plus visibles et agressifs » (CE Burkina Faso et Niger). (CED 89) « Tout en restant fidèles à la tradition, à son originalité, à son ancienneté et à son uniformité, nous essayons de rendre la célébration liturgique plus vivante et d’y faire participer toute la communauté des croyants : prêtres, laïcs, jeunes et enfants, qui lisent les signes des temps moyennant un solide discernement. Les jeunes essaient de trouver une place dans la liturgie avec les hymnes et c’est positif » (CE Ethiopie) (CED 91).

 

[1] Le texte en français est disponible ici : https://doc-catho.la-croix.com/Elargis-lespace-tente-Document-travail-letape-continentale-vue-Synode-eveques-2023-2022-10-27-1201239664