
Synodalité : panser les blessures intergenerationnelles
L’intergénérationnel est aujourd’hui au cœur des débats sociétaux. Je me suis inspiré du thème du synode sur la synodalité : Pour une Eglise synodale : communion, participation et mission », pour repenser les conflits des générations (qui peuvent exister au sein de nos communautés religieuses). En fait, nous vivons dans un monde où certains essaient de fuir la réalité en se réfugiant dans leurs mondes à part, d’autres l’affrontent en se servant de la violence destructrice. Cependant, « entre l’indifférence égoïste et la protestation violente il y a une option toujours possible : le dialogue. Le dialogue entre les générations, le dialogue dans le peuple, car tous nous sommes peuple, la capacité de donner et de recevoir, en demeurant ouverts à la vérité[1].
Ce présent travail se propose en effet de penser une société synodale où le dialogue est le moteur. Qu’il s’agisse de la réalité socio-politique, économique, religieuse, familiale, …les conflits entre les générations retardent le développement de la société. Alors que les jeunes pensent que les vieux devraient comprendre que le monde évolue à vitesse de croisière et qu’il n’est pas du tout possible de s’accrocher aux idéologies du siècle dernier, les personnes âgées à leur tour pensent que la jeune génération exagère dans la pratique des anti valeurs et que l’immaturité bat son plein record chez les jeunes. Faut-il se plier à l’argumentaire d’une génération pour fonder une société idéale ? Que faire pour que les générations aient un même langage ? Nous essayerons d’apporter une lumière à ces interrogations en subdivisant ce travail en deux points. Le premier point se proposera de comprendre la synodalité dans son acception ecclésiale. Ceci permettra de bien appréhender la quintessence du second point qui, quant à lui, se focalisera sur le modèle de la synodalité pour notre société.
I. POUR COMPRENDRE LA SYNODALITE
I.1. Tout part d’un constat
Dans un après-midi du 4 janvier 2018 en commémoration des Martyrs de l’indépendance en République Démocratique du Congo (1964-2018), au 54ème anniversaire, les Missionnaires d’Afrique autrement identifiés aux Pères blancs œuvrant à Bukavu, décidèrent de projeter un film dans la grande salle du collège Alfajiri dont le titre m’avait paru étrange et me laissa dans un étonnement peut-être même dans un embarras, il portait sur « Jeunesse sacrifiée ». L’oratrice du jour (Madame Solange LUSIKU, d’heureuse mémoire) insista sur le fait que la jeunesse congolaise en général et bukavienne, pour réduire l’extension, est à mainte fois victime de la mauvaise gouvernance et se laisse emporter par différentes idéologies par manque de repères. Alors que dans la salle, presque tous les jeunes avaient les yeux rivés sur la conférencière et étaient tombés dans l’admiration suite aux arguments défendus par cette dernière qui penchaient justement en leur faveur, les personnes âgées par contre, suite au débat qui avait suivi la présentation voyaient autrement la réalité. Pour ces dernières, plutôt que de parler de « Jeunesse sacrifiée », il serait intéressant de parler de « Jeunesse qui se sacrifie » car, estimaient-elles, parlant de la jeunesse, il s’agit des personnes qui devraient déjà pendre conscience de leur place en société et s’investir pour apporter leur pierre à l’édification d’une société où il fait beau vivre et cesser de chercher le bouc et émissaire partout et en tout en fuyant leur responsabilité. Deux camps se sont donc construits spontanément dans la salle. D’un côté, celui des jeunes pensant que réellement ils sont sacrifiés par le système composé, bien sûr, à majorité des personnes âgées ne voulant pas céder différentes responsabilités malgré leur appartenance au troisième âge et de l’autre côté, celui de ceux qui ont la manœuvre de la chose publique et qui pensent que la jeunesse se sacrifie elle-même en adoptant une ligne de conduite qui sabote ou sape les valeurs de la société. Que faut-il retenir donc ?
Au cours de l’histoire, les débats qui divisaient les gens étaient de genre appartenance politique (de gauche et de droite), confession religieuse (catholique et protestant), raciale (nègre et blanc et/ou Nord et Sud), économique (riche et pauvre) bien que les séquelles de ces considérations sont encore bien présentes en nous et autour de nous. Aujourd’hui, il nous est urgent d’interroger une autre appartenance qui semble être tombée dans les oubliettes et qui pourtant risque de déboucher dans un chaos sans précédent si elle n’est pas prise en considération. Il s’agit bien de ce que j’appelle « appartenance générationnelle » qui semble opposer les personnes selon leur âge. Eu égard à ce qui précède, il est nécessaire de comprendre ce que l’Eglise entend par synodalité.
I.2. Le sens ecclésial de la synodalité
Le mot synode vient du grec sun-odos. Il est composé de la préposition σύν (avec) et du nom ὁδός (via, chemin). Il indique le chemin parcouru ensemble par le peuple de Dieu.
Quant à la synodalité, elle se présente comme un processus durant lequel il s’agit d’écouter et de discerner la volonté de Dieu pour l’Église de ce temps, en impliquant la totalité des baptisés.
Notons que pour l’ecclésiologue Gilles Routhier, le terme de synodalité « dit quelque chose de la forme originale de gouvernance dans l’Église, puisqu’il implique un travail en commun, la venue en assemblée, à travers la participation différenciée de tous ». Plutôt qu’une définition théorique, Isabelle Morel, théologienne et co-autrice du Petit manuel de synodalité, préfère parler de critères de synodalité : « La synodalité est comme un mode de gouvernance de l’Église qui fait entrer dans une dynamique. Pour cela, il faut d’abord pouvoir écouter les personnes, et l’Esprit Saint à travers elles[2] ». Pour elle en effet : « L’ensemble du processus synodal a plus de poids quand il commence par écouter la voix des baptisés ». Le Concile Vatican II affirme en effet que « la collectivité des fidèles ne peut se tromper dans la foi » (Lumen Gentium no 12) et que ce sens de la foi est « éveillé et soutenu par l’Esprit Saint ».
Il sied de dire que dès les premiers instants de l’Église, on se rassemble pour discerner face à une crise ou à un tournant. Les Actes des Apôtres racontent comment les communautés chrétiennes doivent résoudre certains problèmes pratiques ou questions pastorales à travers l’assemblée des croyants, l’appel à l’Esprit Saint et une discussion avec ceux qui ont autorité. C’est dans cet angle que le pape François a souligné qu’« une Église synodale peut commencer à prendre forme seulement dans la mesure où ces organismes restent liés avec la base, et partent des gens et des problèmes de chaque jour »[3].
Au IIIe siècle, saint Cyprien, évêque de Carthage et Père de l’Église, affirmait ainsi s’être fait la règle, dès le début de son épiscopat, de ne rien décider « sans votre conseil et sans le suffrage du peuple, d’après mon opinion personnelle ». Cela dit, marcher ensemble implique donc la prise en considération de toutes les couches de la vie de l’Eglise, voilà pourquoi on parle des niveaux de synodalité. Le premier niveau d'exercice de la synodalité a lieu dans les Églises particulières ; le deuxième niveau est celui des provinces et des régions ecclésiastiques, des conseils particuliers et surtout des conférences épiscopales et le dernier niveau est celui de l'Église universelle.
En effet, le synode se réfère au Seigneur Jésus, qui se présente comme « le chemin, la vérité et la vie » (Jean 14,6), et au fait que les chrétiens, ses disciples, ont été appelés à l’origine « disciples du chemin » (cf. Actes des Apôtres9,2; 19,9.23; 22,4; 24,14.22).
Le pape François enseigne que « marcher ensemble est le chemin constitutif de l’Église ; le code qui nous permet d’interpréter la réalité avec les yeux et le cœur de Dieu ; la condition pour suivre le Seigneur Jésus et pour être des serviteurs de la vie à notre époque blessée. Le souffle et le rythme du synode révèlent ce que nous sommes et le dynamisme de communion qui inspire nos décisions (…) »[4].
En convoquant ce Synode, le Souverain pontife invite toute l’Église à réfléchir sur un thème décisif pour sa vie et sa mission : « C’est précisément ce chemin de synodalité que Dieu attend de l’Église du troisième millénaire »[5]. On comprend alors pourquoi le thème de la XVIe assemblée générale ordinaire du synode des évêques, convoquée par le Pape François est intitulé : « Pour une Église synodale : communion, participation et mission ». Déjà à l'occasion du 50e anniversaire de la création du synode des évêques, le 17 octobre 2015, le Pape François avait affirmé : « Ce que le Seigneur nous demande, dans un certain sens, est déjà contenu entièrement dans le mot synode. Marcher ensemble, laïcs, pasteurs, évêque de Rome, est un concept facile à exprimer en paroles, mais pas si facile à mettre en pratique ».
b) Dialogue entre les générations pour construire la paix[6]
Le dialogue consiste à s'écouter, discuter, se mettre d'accord et cheminer ensemble. Favoriser tout cela entre les générations signifie labourer le sol dur et stérile du conflit et du rejet pour cultiver les semences d'une paix durable et partagée. Ainsi donc, « une Église synodale est une Église qui écoute. […] Le peuple fidèle, le collège épiscopal, l’évêque de Rome, chacun à l’écoute des autres ; et tous à l’écoute de l’Esprit Saint »[7]. Alors que le développement technologique et économique a souvent divisé les générations, les crises contemporaines révèlent l'urgence de leur alliance. D'une part les jeunes ont besoin de l'expérience existentielle, sapientielle et spirituelle des personnes âgées ; d'autre part les personnes âgées ont besoin du soutien, de l'affection, de la créativité et du dynamisme des jeunes.
Le critère selon lequel « l’unité l’emporte sur le conflit » vaut de manière spécifique pour l’exercice du dialogue, pour la gestion de la diversité des opinions et des expériences, et pour l’apprentissage d’« un style de construction de l’histoire, d’un climat vital où les conflits, les tensions et les oppositions peuvent rejoindre une unité multiforme qui engendre une nouvelle vie », rendant possible le développement « d’une communion dans les différences[8] ». Le dialogue offre en fait l’occasion d’acquérir des perspectives nouvelles et de nouveaux points de vue pour éclairer l’examen du thème traité.
Les grands défis sociaux et les processus de pacification ne peuvent se passer du dialogue entre les gardiens de la mémoire (les personnes âgées) et ceux qui font avancer l'histoire (les jeunes) ; pas plus que de la disponibilité de chacun pour faire place à l'autre, pour ne pas prétendre occuper toute la scène en poursuivant des intérêts immédiats comme s'il n'y avait ni passé ni avenir. La crise mondiale que nous vivons nous montre que la rencontre et le dialogue entre les générations sont le moteur d'une politique saine qui ne se contente pas de gérer le présent « avec des rapiècements ou des solutions rapides », mais qui se propose comme une forme éminente d'amour de l'autre, dans la recherche de projets communs et durables.
Si, face aux difficultés, nous savons pratiquer ce dialogue intergénérationnel, « nous pourrons être bien enracinés dans le présent, et, de là, fréquenter le passé et l’avenir : fréquenter le passé, pour apprendre de l’histoire et pour guérir les blessures qui parfois nous conditionnent ; fréquenter l’avenir pour nourrir l’enthousiasme, faire germer des rêves, susciter des prophéties, faire fleurir des espérances. De cette manière, nous pourrons, unis, apprendre les uns des autres ». Sans racines, comment les arbres pourraient-ils pousser et porter des fruits ?
Par ailleurs, la possibilité de construire ensemble des chemins de paix ne peut être séparée de l'éducation et du travail qui sont des lieux et des contextes privilégiés pour le dialogue intergénérationnel. C’est l’éducation qui fournit la grammaire du dialogue entre les générations, et c'est dans l'expérience du travail que des hommes et des femmes de différentes générations se retrouvent à collaborer, à échanger des connaissances, des expériences et des compétences en vue du bien commun. Le dialogue nous permet de trouver un consensus à tous nos différends.
II. DEUX GENERATIONS : UN CONSENSUS
II.1. L’intergénérationnel : une force pour la société ou un défi à relever ?
Au moment où une espérance de vie inédite dans l'histoire de l'humanité annonce plus de retraités que d'actifs, où les familles de cinq générations ne sont pas rares, apprendre à vivre ensemble, jeunes et vieux, constitue un vrai défi à relever. Il est nécessaire de porter un autre regard sur l'avancée en âge, pour faire tomber aussi bien le racisme anti-jeune que le racisme anti-vieux, pour lutter contre l'isolement à tous les âges, et prendre soin des plus vulnérables[9]. Regarder chaque personne comme un sujet en devenir tout au long de sa vie suppose de faire tomber les murs qui séparent les disciplines, de favoriser le travail en réseau, la coordination des différents services, des professionnels et des familles.
Réfléchissant sur la pandémie du covid, est-elle une impasse à la relation entre les générations ? André Comte Sponville répond par l’affirmatif. Le philosophe français s’inquiète du sort des jeunes. Avec la récession économique qui découle du confinement, ce sont les jeunes qui vont payer le plus lourd tribut, que ce soit sous forme de chômage ou d’endettement. Sacrifier les jeunes à la santé des vieux, c’est une aberration. Traditionnellement, les parents se sacrifiaient pour leurs enfants. Nous sommes en train de faire l’inverse[10].
En effet, poursuit Comte Sponville, la mort est aujourd’hui vécue comme un échec. Il faut relire Montaigne, lui qui a connu des épidémies de peste bien plus graves que le coronavirus et qui écrit dans les Essais : Le but de notre carrière, c’est la mort…
Contrairement au philosophe français, pour le Pape François, nous devons apprendre de cette pandémie et construire un monde où il fait beau vivre. C’est ce qu’il exprime en ces termes : « nous oublions vite les leçons de l’histoire, « maîtresse de vie ». Après la crise sanitaire, la pire réaction serait de nous enfoncer davantage dans une fièvre consumériste et dans de nouvelles formes d’auto-préservation égoïste. Plaise au ciel qu’en fin de compte il n’y ait pas « les autres », mais plutôt un « nous » ! Plaise au ciel que ce ne soit pas un autre épisode grave de l’histoire dont nous n’aurons pas su tirer leçon ! Plaise au ciel que nous n’oublions pas les personnes âgées décédées par manque de respirateurs, en partie comme conséquence du démantèlement, année après année, des systèmes de santé ! Plaise au ciel que tant de souffrance ne soit pas inutile, que nous fassions un pas vers un nouveau mode de vie et découvrions définitivement que nous avons besoin les uns des autres et que nous avons des dettes les uns envers les autres, afin que l’humanité renaisse avec tous les visages, toutes les mains et toutes les voix au-delà des frontières que nous avons créées ».[11]
Dans le même angle d’idée, Charles Pépin pense que chaque épreuve (la pandémie de covid aussi), parce qu’elle nous confronte au réel ou à notre désir profond, peut nous rendre plus lucide, plus combatif, plus vivant. Nous pouvons échouer parce que nous sommes des hommes et parce que nous sommes libres : libres de nous tromper, libres de nous corriger, libres de progresser. Nos échecs sont des butins, et parfois même de véritables trésors. Il faut prendre le risque de vivre pour les découvrir, et les partager pour en estimer le prix[12].
Il sied de dire que déjà le Pape Jean Paul II faisait remarquer que la situation économique de pauvreté a un impact particulièrement négatif sur les jeunes. Ceux-ci entrent dans la vie adulte avec très peu d'enthousiasme pour un présent porteur de nombreuses frustrations et avec encore moins d'espoir pour un avenir qui leur paraît triste et sombre. C'est pourquoi ils ont tendance à fuir les régions rurales délaissées et à se regrouper dans les villes qui, en fait, n'ont pas beaucoup mieux à leur offrir. Beaucoup se sont exilés à l'étranger où ils vivent une existence précaire de réfugiés économiques. Pour cela, il faut trouver une solution à l’impatience des jeunes à prendre part à la vie de la nation et de l'Église. Le Souverain pontife adressait un appel aux jeunes : chers jeunes, le Synode vous demande de prendre en charge le développement de vos nations, d'aimer la culture de votre peuple et de travailler à sa redynamisation, fidèles à votre héritage culturel, en perfectionnant votre esprit scientifique et technique et surtout en rendant témoignage de votre foi chrétienne[13].
II.2. Le couple intergénérationnel au cœur de la vie sociétale
En effet, l’intergénérationnel se définit comme la transmission d’expérience et de savoirs entre personnes d’âges différents, au bénéfice de l’entreprise, de la famille et de la société dans son ensemble. Le partage intergénérationnel permet en effet de favoriser une plus forte solidarité et mieux encore, une plus grande cohésion sociale.
Reconnaître chaque être humain comme un frère ou une sœur et chercher une amitié sociale qui intègre tout le monde ne sont pas de simples utopies. Cela exige la décision et la capacité de trouver les voies efficaces qui les rendent réellement possibles. Tout engagement dans ce sens devient un exercice suprême de la charité. En effet, un individu peut aider une personne dans le besoin, mais lorsqu’il s’associe à d’autres pour créer des processus sociaux de fraternité et de justice pour tous, il entre dans le champ de la plus grande charité, la charité politique. Il s’agit de progresser vers un ordre social et politique dont l’âme sera la charité sociale. Une fois de plus, l’appel à réhabiliter la politique qui « est une vocation très noble, elle est une des formes les plus précieuses de la charité, parce qu’elle cherche le bien commun ».[14]
De ce qui précède, l’idée de collaboration entre les générations promues par la structure même du Conseil nocturne dans les Lois de Platon semble un exemple à suivre en tant que principe général de mélange et de complémentarité des âges. Ce type d’attachement et d’étroite collaboration intergénérationnelle ne se limite-t-il pas trop souvent, de nos jours, au contexte de la vie familiale ?
En outre, dans le Philèbe, dernier dialogue écrit par Platon avant les Lois, la conception de la vie bonne que Socrate met de l’avant repose sur l’idée de mélange. La vie bonne n’est pas faite d’une seule chose ; elle contient une diversité d’éléments différents mais compatibles qui s’équilibrent et forment une harmonie (Philèbe 22a-b ; 61a-67b). Cette idée de mélange comme condition du bien humain est présente dans les Lois à plusieurs niveaux, notamment l’âge[15].
Un des aspects les plus singuliers du dernier dialogue de Platon consiste à tenter d’assurer la sauvegarde de la cité en couplant chacun des membres du Conseil nocturne à un jeune associé avec lequel il formera une paire œuvrant en étroite collaboration[16]. Le Conseil nocturne n’est donc pas, à proprement parler, un conseil des aînés à la différence des Gérontes de Sparte. Il s’agit d’un conseil mixte du point de vue générationnel ; on y trouve en fait un nombre égal d’aînés et de jeunes associés. Notons que la fonction première du Conseil est de préserver la cité au fil du temps.
Nous venons de réaliser combien l’intergénérationnel est maintien avec l’extérieur c’est-à-dire une stimulation pour les uns et une découverte pour les autres. Les plus jeunes entraînant leurs aînés en les sortant de leur routine et les plus âgés partageant leurs expériences et connaissances : une source d’enrichissement mutuel basée sur l’échange et la réciprocité.
Les activités intergénérationnelles ont pour but de créer des liens solides entre les plus jeunes et les aînés, une relation totalement basée sur le dialogue, la confiance et le respect. Il s’agit pour les plus vieux souvent considérés comme de véritables encyclopédies (un vieux qui meurt est une bibliothèque qui brille), de transmettre des valeurs (le sens de la famille, l’honnêteté, l’humilité, …), de conter leurs expériences et souvenirs de vie, de partager leurs savoirs, etc. Ainsi donc, nouer une complicité intergénérationnelle s’avère une condition quasi sine qua none pour faire perdurer non seulement le lien familial mais bien plus le lien social.
Conclusion
Nous voici au terme de ce travail qui portait sur « La synodalité comme moyen de panser les blessures intergénérationnelles ». Dans un premier point, nous nous sommes attardés sur le terme « synodalité » tel qu’il est compris dans son acception ecclésiale. Si l’écoute est la méthode du processus synodal, et le discernement son objectif, alors la participation est le chemin. Favoriser la participation nous amène à sortir de nous-mêmes pour impliquer d’autres personnes qui ont des opinions différentes des nôtres. Écouter ceux qui ont les mêmes opinions que nous ne porte aucun fruit. Le dialogue implique de se réunir entre des opinions différentes.
Cette compréhension nous a permis dans un second point de réfléchir sur la synodalité en lien avec la relation intergénérationnelle (même au sein de notre famille religieuse) pour justement panser les blessures entre les générations. En définitive, si dans l’Eglise, la synodalité respecte un certain nombre de niveaux pour ne pas laisser de côté l’une ou l’autre catégorie des personnes, des questions et des cultures et surtout pour bien asseoir le message qu’il veut véhiculer et qui concerne chaque chrétien où il se trouve, il est nécessaire que dans la vie sociétale l’on assiste à une prise en compte de la dimension positionnelle de chaque être humain peu importe son rang et son âge. Marcher ensemble n’est donc pas l’apanage des chrétiens et /ou des religieux, tout être humain devrait apprendre à marcher avec l’autre. L’homme n’est pas une monade solitaire calfeutré dans sa mêmeté, il est un être relationnel. C’est seulement à travers cette démarche que nous pouvons rapprocher davantage les générations.
[1]FRANÇOIS, Lettre Encyclique Fratelli tutti, 199.
[2]https://www.la-croix.com›petite-histoire-synodalité-2021-10-08. Consulté le 4 janvier 2022 à 20h42.
[3]COMMISSION THEOLOGIQUE INTERNATIONALE, La Synodalité dans la vie et dans la mission de l'Eglise, Paris, Cerf, 2019, no 77.
[4]COMMISSION THEOLOGIQUE INTERNATIONALE, Op. cit., no 120.
[5] FRANÇOIS, Discours de commémoration du 50e anniversaire de l’institution du synode des évêques, 17 octobre 2015.
[6]FRANÇOIS, Message pour la célébration de la LVe journée mondiale de la paix, 1er janvier 2022.
[7]COMMISSION THEOLOGIQUE INTERNATIONALE, Op. cit., no110.
[8]COMMISSION THEOLOGIQUE INTERNATIONALE, Op. cit., no 111.
[9] BERGERET-AMSELEK, Catherine, Vivre ensemble, jeunes et vieux un défi à relever, Toulouse, Eres, 2015, p.4.
[10]https://www.letemps.ch>societe>andre-comtesponville-laisseznous-mourir-voulons. Consulté le 3 janvier 2022 à 18h22.
[11]FRANÇOIS, Fratelli tutti, 35.
[12]PEPIN, Charles, Les vertus de l’échec, Paris, Allary Editions, 2016, p. 126.
[13]JEAN PAUL II, Exhortation Post-Synodale Ecclesia in Africa, Yaoundé, Libreria Editrice Vaticana, 14 septembre 1995, no 115.
[14] FRANÇOIS, Fratelli tutti, 180.
[15]LARIVEE, Annie, « Sage vieillard et jeune associé. Réflexion sur la valeur du couple intergénérationnel à partir des Lois de Platon », in Cahiers des Etudes anciennes, no LV, 2018, p. 161-179.
[16]Ibidem, no LV.



