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Une célébration interreligieuse du baptême

Une célébration interreligieuse du baptême

A l’occasion de la fête de la Pentecôte (15 mai 2016), le Seigneur a ajouté (Ac 2, 47) dix nouveaux membres à notre communauté paroissiale de Mongo Bendugu/ Diocèse de Makeni/ Sierra Leone. L’évènement qui était destiné à n’être qu’une fête interne à notre communauté chrétienne avait fini par se transformer en une belle célébration interreligieuse du baptême, entre chrétiens et musulmans.

En effet, parmi nos dix nouveaux membres, un jeune garçon venait d’une famille chrétienne. Deux filles provenaient d’une famille où seul le papa est chrétien catholique. Tandis qu’une autre fille n’avait que la maman comme chrétienne dans toute sa famille. Les autres six nouveaux baptisés étaient tous originaires des familles musulmanes. C’est cette composition qui avait transformé notre célébration du baptême en une expérience joyeuse de dialogue interreligieux.

Le récit qui suit n’a rien d’idyllique. Car les actes qui ont précédé et suivi notre célébration du baptême m’ont persuadé que notre communauté venait de vivre une belle expérience interreligieuse, bonne à partager, particulièrement en ce temps où la diversité religieuse est soupçonnée d’être porteuse des conflits violents et meurtriers.

Au fait, durant la préparation au baptême, nous avions demandé aux catéchumènes de parler avec leurs familiers, surtout leurs parents pour savoir s’ils étaient d’accord qu’ils reçoivent le baptême et deviennent chrétiens. Tous les familiers consultés avaient donné leur avis positif. Pendant la célébration eucharistique, certains familiers musulmans de nos néo-baptisés nous avez rejoint et avaient participé à la messe.

En s’inspirant de la fête liturgique de la Pentecôte, le prêtre qui présidait à l’Eucharistie - moi-même - avait exhorté l’assemblée à découvrir la foi chrétienne comme un engagement à œuvrer pour l’unité, mais une unité qui ne bannit pas la diversité. Comme les premiers chrétiens lors de la Pentecôte, avais-je dit, nous sommes aussi invités à apprendre à parler un langage que tous peuvent comprendre (Ac 2, 8). Et ce langage à la portée de tous n’est autre que le langage de l’amour, tel que décrit par saint Paul, dans sa belle hymne à l’amour (1 Co 13, 1-7). Comme baptisés ayant revêtu le Christ (Ga 3, 27), nous ne cessons d’apprendre ce langage du Christ lui-même, à travers son Evangile et la célébration quotidienne du mystère chrétien.

Voilà pourquoi, disais-je, nos dix nouveaux  membres avaient de quoi se réjouir. Car par la porte du baptême, qui est aussi la porte de la foi (Ac 14, 27), ils entraient en communion avec Dieu et avec tout son peuple, médiatisé par la communauté chrétienne. Une telle grâce ne pouvant pas être cachée dans l’âme individuelle, je finissais en disant que le baptême avait, par nature, une dimension sociale indéniable : l’engagement à œuvrer pour l’unité et la réconciliation entre les peuples, races, cultures et disparités sociales.

Notre célébration du baptême s’était clôturée avec un joyeux repas partagé dans la salle paroissiale. Il est à noter que le repas provenait de la contribution de la communauté chrétienne et aussi de familles musulmanes. En plus, il avait été préparé à la fois par les femmes musulmanes et celles de notre communauté chrétienne. Dès lors, du début à la fin, notre célébration du baptême avait pris les couleurs d’une belle fête interreligieuse qu’on peut ajouter à plusieurs autres occasions où les musulmans et les chrétiens se rencontrent pacifiquement dans plusieurs coins du monde pour célébrer ensemble leur foi en un Dieu Créateur de tout ce qui existe.

De toute évidence, il y a aujourd’hui un besoin urgent  de voir comment l’engagement pour le dialogue interreligieux peut être transformé, un peu plus, en une occasion de rencontre entre des personnes d’origines religieuses différentes afin de manger, de danser, de prier, de travailler, d’étudier et d’être heureux ensemble. Car c’est cela qui fait présentement défaut. Pour les chrétiens, par exemple, il est désormais convenu que les fondements théologiques du dialogue interreligieux ont déjà été posés : Nous croyons en un Seul Dieu, Père de tous et qui n’a pas de favoris (Dt 10, 17). Il est un Père en qui il n’y a pas de partialité (Ac 10, 34; Rm 2, 11). Sa volonté salvifique est universelle : il veut sauver toute la Création, tous les hommes et toutes les femmes (1Tm 2: 4). Il a livré son Fils unique en rançon pour le salut de tous (1Tm 2, 6). Et son Esprit nous est donné comme Guide dans la compréhension de tout ce que Jésus a dit et fait (Jn 14, 26).

Comme chrétiens, cet enseignement est un trésor déjà acquis. Il ne reste qu’à être mis en pratique, à être transformé en doctrine de la vie. Et de cette manière, l’engagement pour le dialogue interreligieux deviendrait un style de vie[1]. C’est cela, je crois, que les chrétiens et les musulmans ici à Mongo Bendugu ont expérimenté lors de l’accueil de dix nouveaux membres dans la communauté chrétienne. Cette rencontre n’avait certainement rien d’éclatant. Mais, même simple, elle garde tout son sens. Elle a été une occasion de plus pour prouver que la diversité religieuse n’est pas synonyme de conflit. Elle s’avère plutôt une révélation de la richesse du mystère de Dieu.

Il y a certainement plusieurs expériences pacifiques et joyeuses que les musulmans et les chrétiens vivent au quotidien à travers le monde. Et ces expériences ne font pas la Une de grands puissants moyens médiatiques modernes. Ces derniers nous rendent de plus en plus familiers de mauvaises nouvelles au sujet des attentats, des violences à coloration religieuse et beaucoup d’autres faits frisant la barbarie, sous des motifs, dit-on, religieux. Et la conséquence, on la connaît : une peur qui se généralise.

Comme missionnaires- et d’ailleurs tout chrétien- vivant au quotidien avec les gens d’autres religions, il est de notre devoir de servir de contrepoids à ces empires médiatiques aux mains des puissants. Il s’avère aussi que l’attitude générale de nos canaux médiatiques modernes à l’égard des religions est une attitude d’indifférence avérée. Nous ne pouvons donc pas attendre d’eux qu’ils se fassent les porte-paroles de la bonté des religions et de leurs adeptes. Il nous revient de faire savoir, à la face du monde, ce que les gens des religions différentes expérimentent en termes de rencontre, de collaboration ou simplement de vivre-ensemble paisible. Ce rôle d’informateur aide les communautés chrétiennes à acquérir une connaissance profonde de la foi des autres croyants, affirme le père Damian Howard SJ[2]. En plus, il s’agit d’un service rendu à notre monde actuel où la peur réelle et/ou imaginée due à la diversité religieuse ne cesse d’augmenter. Il y a là une belle et noble tâche qui attend tous ces hommes et femmes immergés dans un contexte de pluralisme religieux.


[1] HOWARD D. SJ., “Rischio e resitenza: cinquant’anni di dialogo interreligioso nella Chiesa Cattolica”, in La Civiltà Cattolica, n°3949(2015), p. 42.

[2] art.cit., p. 43.

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