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Une publication sur les croyances

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Le Centre d’Études Africaines de Missionnaires Xavériens vient de publier un texte sur les « Croyances ». Ci-bas, l’introduction faite par père Barthelemy Kabwana, missionnaire xavérien au Mozambique.

Décrire et expliquer un phénomène comme celui des croyances est une entreprise très risquée. D’abord parce que c’est difficile de se prononcer sur la croyance et la foi d’autrui, ensuite parce que la croyance est immatérielle et donc difficilement descriptible. Ce texte proposé à la rédaction du centre d’études africaines (CEA) par le Père Faustin Turco, est une description des croyances à la fois traditionnelles, culturelles et religieuses, ses valeurs, ses limites et ses interdits. L’enquête cible une réalité de l’Afrique centrale et plus particulièrement la République Démocratique du Congo.

Les différentes pratiques en Afrique, qu’elles soient ancestrales, religieuses ou occultes cherchent des réponses aux questions fondamentales : D’où viens-je (identité) ? Où vais-je (destinée) ? D’où vient le mal qui me fait souffrir et comment m’en libérer (la félicité)? Qui est Dieu (la transcendance)? Qu’est-ce que l’homme (la nature) ? Quel est le sens final de l’existence (eschatologie)? À l’exemple d’une religion, ces différentes croyances cherchent, à donner une réponse n’importe laquelle, à l’angoisse existentielle de l’homme.

Dans notre société africaine actuelle, les vrais lieux du savoir initiatique, comparables aux temples, aux sanctuaires, aux bosquets et bois sacrés de nos ancêtres tendent à disparaître. En remplacement de ces lieux énergétiques, nous avons aujourd’hui des mouvements ésotériques, des sectes et des spiritualités nouvelles qui font de nous,  d’une part, des singes qui singent à tout bout de champ, les gestes, les liturgies et les rituels des autres (leader charismatique, pasteur ou marabout); d’autre part, des perroquets qui répètent à longueur de journée les paroles et des formules dont ils ne comprennent pas le sens profond. Nous avons perdu la profondeur de notre être en nous accrochant aux lambeaux des êtres des autres. Et pourtant, ce que l’autre nous apporte ne peut nous être enrichissant que si nous avons une consistance en nous-mêmes et si nous parlons du fin fond de notre substance intellectuelle, éthique et spirituelle bien maîtrisée. Comment reconquérir notre être perdu ? À l’aide d’un regard à la fois psychologique, philosophique et spirituel, il nous faut réapprendre à discerner le vrai du faux, à nous approprier les acquis de nos traditions tout en récusant les pratiques obsolètes qui ne nous avancent en rien et la psychose qui nous pousse à proposer de fausses solutions à nos problèmes vitaux.

Comment éviter la rupture radicale entre culture, société et Évangile dans ce continent toujours en mouvement? Comment faire en sorte que l’élément culturel ne supplante pas l’Évangile, que le folklore ne remplace pas la liturgie, que l’animation n’obstrue pas le recueillement, que la médecine moderne ne sape pas la technique de guérison traditionnelle ? Comment décourager les charlatans qui se font passer pour des spécialistes, qui exploitent la fragilité et l’ignorance du peuple pour s’enrichir sur son dos? Pour bâtir une société viable, tolérante et englobante, nous devons nous mettre à l’école du vieux sage africain Amadou Hampâté Bâ. Cela veut dire qu’il nous faut être des hommes qui savent :

  • s’ouvrir aux autres et au monde par une grande écoute qui enrichit la connaissance et procure la sagesse.
  • développer une grande vision qui s’enracine dans le passé pour enrichir les générations futures.
  • promouvoir un grand langage pour ne dire que ce qui compte vraiment et édifie la vie commune.
  • déployer un grand agir pour transformer la société en espace d’engagement solidaire.[1]

Nos sociétés africaines ont besoin de redécouvrir la mystique de profondeur dans un contexte où la prière devient de plus en plus un fatras des délires et des mystifications bruyantes. Face à la religiosité du brouhaha assourdissant et des abracadabras déclamatoires qui se sont emparées des Églises et des sociétés africaines, il nous faut réapprendre à cultiver le temps du silence de Dieu dans les profondeurs de nous-mêmes. 

 Les croyances, qu’elles soient traditionnelles ou modernes, religieuses ou profanes, chrétiennes ou païennes, répondent à l’unique logique de renouer avec l’énergie vitale, en essayant de repousser le mal par tous les moyens. Elles sous-tendent un certain nombre des désirs :

  • Le désir d’inculturation pour les nouveaux mouvements religieux : refus de réduire l’Évangile aux superstitions d’images populaires pieuses, pour entrer dans le souffle charismatique d’un christianisme animé par la force de l’Esprit, paraclet d’une nouvelle vie et des nouvelles valeurs de civilisations profondément humaine.
  • Le désir de libération  : il s’agit de se libérer des interdits en les réinterprétant ou en leur donnant une nouvelle orientation. Se libérer d’une souffrance en cherchant à tout prix son auteur, se décharger du poids de la vie en se victimisant tout en incriminant autrui. La maladie n’est jamais naturelle, elle a comme cause Satan ou le sorcier. D’où le nécessité d’une libération dont le mobile est de conjurer la racine du mal, c'est-à-dire Satan ou le Nganga-nkisi.
  • Le désir de la prospérité : on se dit que la pauvreté est l’œuvre du diable ou du sorcier qui nous jette des mauvais sorts. On oublie que la paresse, la peur et le travail mal fait peuvent appauvrir un peuple. De ce fait, on se livre dans une bataille décisive contre les forces du mal et de l’anéantissement de l’humain.

Afin d’enrayer  la peur chronique qui paralyse la vie  et d’endiguer « la mentalité mystique » en Afrique centrale, l’auteur préconise le « dialogue sincère entre les valeurs spirituelles et la culture ambiante », « la réactivation de la foi dans nos Églises en intégrant un peu d’émotion au côté de la raison », « développer une pastorale de proximité qui s’intéresse à la situation de chacun de nos fidèles », « redéfinir la catéchèse en montrant la force des sacrements de guérison »   et enfin, « redonner de l’importance au ministère de l’exorcisme et aux autres sacramentaux ».

 


[1]    Cf.KENMOGNE J.B et KÄ MANA, Pour la voie africaine de la non-violence. Religion, politique, développement et éducation à la paix dans la société   africaine, Ed. CLE, Yaoundé, 2009, pp.38-39.

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