
DANS L’ESPRIT DE LA LETTRE TESTAMENT
Comme xavériens, nous vivons une année de grâce, une année qui nous ramène au cœur de notre Père Fondateur. D’entrée de jeu, nous voulons souligner, à l’instar de beaucoup d’autres confrères, l’importance d’un Testament. Dans son témoignage intitulé « Les Xavériens : héritiers d’un Testament », le p. Batairwa Paulin souligne un fait que nous partageons et proposons pour une approche et un approfondissement des paroles de notre Fondateur. Il nous ramène en effet au symbolisme du Testament en soulignant que celui-ci est toujours plus grand que l’héritage. Il poursuit en précisant son propos en ce terme : « Dans un testament on trouve les derniers moments d’un parent sur terre. Soucieux de sa progéniture, il fait le bilan de sa vie, y décèle les biens de valeurs à léguer à sa descendance. Il identifie ce qui est héritable et les héritiers. Il explique les modalités de la gestion de ce qui est légué. Le testament présuppose que le parent est avisé, pas surpris par la mort, et donc capable de faire le compte de sa vie et se projeter dans un futur de continuité et d’utilité. Ainsi donc, laisser un testament est un des critères pour être reconnu ancêtre. Le mort s’en va, mais ses traces demeurent. D’une certaine manière, grâce au testament la mort est transcendée. Le testament demeure un livre ouvert sur les avoirs matériels et spirituels du défunt et pour autant que la progéniture s’y souscrit, les dissensions et querelles intestines au sein de la famille ont un cadre de repères pour la recherche de solution ».
Sur ce livre ouvert, nous avons donc un cadre de repères pour la recherche de solution et ainsi faire face aux problèmes des temps présents et à venir. Un défi que je considère essentiel pour notre temps est celui de la fidélité et la joie de vivre les engagements de notre vocation si noble et si grande. La culture et le contexte du moment nous donne à réfléchir et à repenser notre degré de fidélité, tout d’abord à l’héritage charismatique et à la réponse que nous donnons à travers ce même charisme au Seigneur qui nous appelle à sa suite. Au-delà des sentiments, convictions et rêves que Saint Guido Maria Conforti partage avec ses héritiers, je trouve dans le texte de la Lettre Testament une authenticité à redécouvrir et à aimer comme lui-même le souligne aux numéros 4,5 et 6.
On est fidèle dans la mesure où l’on est responsable, c’est-à-dire une personne capable de répondre. Ceci implique que loin de subir ou de s’engager aveuglement, on choisit de vivre et de s’engager dans un projet qu’on aime, qu’on choisit librement. Aimer notre engagement est primordial pour ne pas subir certains choix au quotidien et ainsi vivre une certaine frustration. En effet, le verbe aimer est le mode avec lequel Conforti a choisi d’introduire le discours sur la profession de nos vœux. Ceci vibre encore en moi aujourd’hui et je suis convaincu qu’il est difficile de vivre la pauvreté, l’obéissance et la chasteté si elles ne sont pas d’abord aimées. Telle est la conviction sur laquelle j’ai encore envie d’exhorter ceux que je rencontre dans mon parcours missionnaire. J’accueille encore les paroles de notre Fondateur, je désire ardemment les vivre et proclamer : Aimons la pauvreté, elle nous rendra libres (cf. LT 4) ; aimons la chasteté et n’oublions pas un seul instant qu’autant ce trésor est sans prix, autant est fragile le vase qui le contient (cf. LT 5) ; aimons l’obéissance comme des instruments au service de Dieu. De notre esprit d’obéissance dépendra la vie, la vigueur et la prospérité de notre Famille (cf. LT 6). Rien de tout ceci, selon moi, a été et sera fruit d’efforts personnels. C’est une grâce à demander chaque jour. Qu’il me soit permis de reprendre les paroles de Conforti, ses recommandations que je considère comme des vrais moyens pour une croissance dans la fidélité. Avec ces paroles, je pense pouvoir aussi exprimer mon impression de ce que serait l’application de la Lettre Testament dans la vie de notre Congrégation au quotidien. Ces sont des indications pratiques que, pour une grande partie, nous sommes arrivés à intégrer dans nos projets de vie personnels et communautaires. Du reste, un chemin est encore à faire :
- « Ayons constamment soin de vivre cette vie de foi qui doit être celle de l’homme juste… Elle doit nous amener à chercher e à vouloir la volonté de Dieu et non la nôtre. Et nous vivrons d’un tel genre de vie si nous prenons la foi comme norme incontournable de notre conduite, au points qu’elle façonne nos pensées, nos projets, nos sentiments, nos paroles et nos actes. Nous vivrons d’une telle vie de foi si nous maintenons le Christ présent à notre esprit en toute circonstance et si c’est lui qui nous accompagne partout où nous allons : à la prière, à l’autel, à l’étude, dans les différentes activités de notre ministère apostolique, dans les rencontres avec notre prochain, au moment du découragement, du chagrin et de la tentation…» (LT 7).
- « Il nous faut alimenter continuellement cette vie surnaturelle à travers tous les exercices de piété que nos Constitutions prévoient et d’autres encore que des circonstances déterminées pourront nous suggérer. N’omettons jamais notre méditation quotidienne, la lecture spirituelle, la visite au Très Saint Sacrement, la Confession, la prière du Saint Rosaire, l’examen de conscience, la retraite annuelle et la récollection mensuelle…» (LT 8).
Ceci étant, revenons aux questions que notre temps nous pose, à l’occurrence la fidélité et la joie sur le parcours de notre vocation que Conforti considère noble et grande. Le mois de mai dernier, le dicastère pour les Instituts de Vie Consacrée et les Sociétés de Vie Apostolique, venait de publier un document volumineux sur « Le don de la fidélité et la joie de la persévérance. Demeurez dans mon amour » et qui a pour but d’élaborer et de proposer quelques indications prévenant l’accompagnement de situations sensibles. Parmi ces situations sensibles il y a justement celle des nombreux départs et donc renoncement à l’héritage, celle du choix de la vie et de l’esprit du monde ainsi que celle de la conscience et du discernement. Nous faisons face au manque de persévérance d’innombrables frères qui se sont mis avec tant de générosité à la suite du Christ. Par ailleurs, la culture du fragmentaire, du provisoire, des « engagements qui ne tiennent pas », enveloppe la vie consacrée aussi bien que l’expérience de tous. Aussi, les sources, les valeurs et les références n’ont pas toujours pris corps dans le vécu.
Avec Saint Guido Maria Conforti nous avons un cadre, dans l’approche de son Testament, pour dire que notre Dieu est un Dieu fidèle et l’histoire de notre vocation est imprégnée de son alliance. A l’exemple de Jésus, nous sommes invités à donner une réponse fidèle à ses sollicitudes de chaque jour. Notre fidélité se fonde sur celle du Christ et sur notre consécration dans le baptême tout d’abord. Tel est le sens premier de la noblesse et de la grandeur de notre vocation : elle est une initiative du Père, qui requiert de celui qu’il a appelé une réponse totale et exclusive. Dans la noblesse et la grandeur de notre vocation, chacun est appelé à faire une expérience de l’amour gratuit de Dieu qui est tellement intime et fort, auquel nous devons répondre avec un engagement inconditionnel, lui consacrant tout, le présent et le futur.
Sans la joie nous ne pouvons pas demeurer… C’est la joie qui donne à notre fidélité les ingrédients nécessaires. Et cette joie est tous d’abord fruit de la fraternité que le même Conforti recommande à ses héritiers présents et à venir : Nous ne pouvons pas négliger la charité à l’égard de nous-mêmes et des frères, notamment ceux qui forment avec nous une seule et même famille religieuse et qui partagent avec nous, la vie, les labeurs, les mérites, la direction, … que chacun de nous réprime en lui son égoïsme, l’esprit critiqueur et grognon, la tendance aux querelles et aux singularités… (LT 9). Et ceux qui sont revêtus d’autorités, se doivent de réprimer avec force toute envie malsaine de réformisme ainsi que tout penchant aux divisions et aux partis (LT 6). C’est là autant de détails, entre autres, qui peuvent jouer sur notre joie et notre fidélité dans le vécu de notre vocation.
C’est dans l’action de grâce au Seigneur pour le Charisme reçu que nous sommes invités à vivre cette année jubilaire. Mais nous ne pouvons pas dissocier les points de force de nos points de fragilités si nous voulons nous projeter et nous engager pour un avenir meilleur, un avenir où nous donnerons une réponse nouvelle et fidèle dans l’alliance avec celui qui nous appelle. Voilà pourquoi il sera aussi question, en même temps que nous rendons grâce, de faire une évaluation objectif en reprenant dans nos mais le Testament de notre Fondateur et en le considérant plus qu’un héritage.
On ne peut pas vivre une année jubilaire tout en étant isolés les uns des autres. Cela implique aller à la rencontre, harmoniser les pas de notre danse dans la confrontation des autres. Voilà pourquoi, faisant notre les sentiments de Saint Guido Maria Conforti qui a ardemment cherché la volonté de Dieu avec le rêve de faire du monde une seule famille, nous nous exclamons : nous ne serons pas des missionnaires saints et réalisés en copiant les autres, mais il sera plus difficile lutter contre ses propres limites et les limites que la vie nous impose si nous vivons en personnes isolées, individualistes et allergiques à la relation !
Le Christ est le noyau central que Conforti nous propose comme paramètre dans son Testament et nous pensons qu’il est urgent de nous retourner vers lui et de nous laisser façonner par lui. Pour un accueil et une intériorisation des paroles de notre Fondateur nous pouvons en effet nous inspirer de l’icône biblique de Luc 24,13-35 et laisser qu’il nous réchauffe encore le cœur à l’instar de Jésus qui explique et interprète les Ecritures aux disciples d’Emmaüs. Jésus s’approche d’eux en chemin et les aide à relire les événements et à en recomposer la trame, autour du noyau central, pour déchiffrer avec eux l’accomplissement du projet de Dieu.



