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Église catholique de France et Églises d’Afrique : un nouveau partenariat


Du nombre de « prêtres étrangers » officiant en France, 80% vient des Églises d’Afrique. Ils sont estimés à 2500. Les raisons de leur séjour sont diverses : études, soins de santé ou en mission comme « Fidei Donum » au titre de partenariat entre certains diocèses de France et ceux de l’Afrique. Si dans une large part cette présence est perçue positivement, au sens d’un partage de biens de la foi entre églises-sœurs, il sied de reconnaître que la mission de prêtres africains pose quelques problèmes : comme la difficulté de leur intégration dans le système culturel et ecclésial français, le cas de certains prêtres qui prolongeant leur séjour sans l’autorisation de leurs évêques, ou le risque de voire considérer les prêtres comme des migrants de la faim…
La rencontre des évêques de France qui a eu lieu à Lourdes du 05 au 10 Novembre 2024 a traité de ce sujet de l’échange du personnel apostolique entre l'Église de France et les diocèses d’Afrique. Certains prélats africains y ont aussi pris part : les cardinaux Ambongo, de la République démocratique du Congo, Kambanda, du Rwanda, Sayaogo, du Burkina Faso et l’archevêque Inacio Saure du Mozambique. L’enjeu était de penser un nouveau partenariat, bénéfique aux diocèses qui envoient et ceux qui accueillent ces hérauts de l’Évangile.
La parole des prélats africains
Lors de la rencontre de Lourdes, les prélats africains ont eu à s’adresser à leurs pairs français. Pour le cardinal congolais et président du Symposium des conférences des évêques d’Afrique et de Madagascar (SCEAM), Fridolin Ambongo, la présence des évêques africains à la rencontre de Lourdes est « un hommage sincère et priant pour les missionnaires (prêtres, religieux, religieuses et laïcs) français, envoyés par les congrégations religieuses. Ils ont généreusement donné leur vie au Christ en annonçant sa Bonne Nouvelle aux peuples africains. Certains en sont arrivés au martyr alors que d’autres y ont laissé la vie à cause des conditions climatiques et environnementales austères ». Les multiples vocations africaines à la vie sacerdotale et religieuse sont les fruits de cette générosité. Dans cette lancée, la présence des prêtres africains est un geste de gratitude et un signe de maturité de l’Église d’Afrique. Car, selon l’archevêque de Kinshasa « l’Église d’Afrique s’inscrit dans la dynamique missionnaire, non seulement pour que ses fils et ses filles soient missionnaires de l’Afrique (…) mais également, l’Église d’Afrique voudrait jouer son rôle dans l’annonce de l’Évangile du Christ en offrant, avec générosité, les missionnaires bien formés aux autres Églises sœurs qui en ont le plus besoin ». 
C’est un avis partagé par Mgr Gabriel Sayaogo. Il voit dans la présence des prêtres africains en Europe : « un signe de maturité de la part des Églises d’Afrique ».  Il s’agit, dit-il, « également d’un signe de la circularité des dons et des grâces de Dieu dans son Église ». Le cardinal burkinabé a aussi relevé le défi auquel est confronté ce partage du personnel missionnaire. Il a affirmé : « nous devons admettre que depuis quelques années, la présence des prêtres africains dans les Églises d’Europe a suscité plusieurs questionnements et initiatives. En effet, le décalage culturel entre l’Europe et l’Afrique, de plus en plus assumé, ne serait-il pas un obstacle à l’accomplissement de la mission des prêtres africains en Europe ? Négliger cette réalité reviendrait à ne pas tirer des leçons de l’histoire de l’évangélisation de l’Afrique par les missionnaires européens ». Pour pallier à ce problème de leur intégration en Europe, il croit que « les Églises d’envoi et les Églises d’accueil sont appelées à collaborer dans la mise en place de la structure de préparation et d’accompagnement des candidats à la mission en Europe ». C’est un même son de cloché chez l’archevêque de Kigali, le cardinal Antoine Kambanda qui formule sa proposition en ces termes : « Dans l’immédiat et pour le renforcement de la qualité de la mission de l’Église, nous vous sollicitons pour travailler ensemble sur le projet d’un Institut de Missiologie et de pastorale qui se chargerait de préparer et d’accompagner les missionnaires aussi bien du Sud vers le Nord que ceux du Nord vers le Sud. Les facultés de théologie de nos universités collaboreront autour de ce projet pour proposer un parcours conjointement conçu aussi bien pour la préparation des candidats que l’accompagnement des missionnaires déjà établis ».
Des écueils qui demeurent
On ne peut que se réjouir que les évêques français et africains cherchent les voies et moyens pour une collaboration missionnaire de qualité. Ce processus de discernement permettrait de lever certains écueils relatifs à la présence des prêtres africains hors du continent. Il y a un an, le père Ludovic Lado, dans le journal catholique français La Croix, mettait en exergue certains enjeux relatifs à la mission africaine en Occident. Sa Tribune était intitulée : « Prêtres africains en Occident :  Zèle ou business missionnaire ? » (cf. Ludovic Lado, Tribune dans La Croix, du 17/10/2023). Il s’y exprimait à cause d’ une lettre de l’évêque du diocèse de Buéa, dans le sud-ouest du Cameroun, suspendant de ministère deux de ses prêtres en mission dans un diocèse des États-Unis qui auraient refusé de regagner leur diocèse d’origine au Cameroun, malgré les injonctions de leur évêque.
C’est ce refus de retour au bercail qui poussait le jésuite camerounais à s’interroger « sur les motivations derrière l’envoi d’un prêtre africain comme missionnaire en Europe ».  Après avoir énuméré les cas de figure d’une telle mission ad extra, avec le franc-parler qu’on connait à ce jésuite, il disait : « Au-delà du volet missionnaire proprement dit, j’ai rarement croisé un missionnaire africain en mission en Occident qui était pressé de regagner son diocèse d’origine ». Puis il posait cette question : « Pourquoi beaucoup résistent quand ils sont sommés de rentrer par leurs évêques ? » Et sa réponse était : « L’une des raisons principales de cette résistance est économique. La condition matérielle du prêtre africain en mission en Occident est de loin supérieure à celle des confrères restés en Afrique, ce qui suscite bien d’envies. La mission en Occident est souvent l’occasion de se faire quelques revenus supplémentaires avant de regagner son diocèse d’origine. Il n’y a pas de mal à cela ! Mais on comprend pourquoi l’envoi en mission en Occident est largement perçu dans les milieux cléricaux comme un privilège dont ne bénéficieraient que quelques favoris de l’ordinaire du lieu ».
Il y a dans les propos de Lado un aspect que les prélats africains ne peuvent passer sous silence : « la question financière ». Son manque de traitement de manière non partisane et évangélique dans nos Églises est source de plusieurs maux qui ne permettent pas de penser en toute vérité la mission des fils et filles en dehors de l’Afrique. Pourtant cette présence fait du bien aux Églises d’Europe. Sur ce chantier lié à l’argent, c’est la responsabilité des évêques africains qui est en premier lieu engagée. A ce sujet, il ne suffit pas de dire que : « Nous éprouvons de difficultés à assurer les ressources matérielles et humaines pour nous acquitter de notre mission » (Cardinal Ambongo) et que « les Églises d’Afrique manifestent leur solidarité envers les Églises d’Europe en leur envoyant les prêtres pour annoncer l’Évangile de Jésus Christ » (Mgr Sayaogo). Faut-il encore se demander ce que les Églises d’Afrique apprennent de leurs Églises-sœurs d’Europe ? Dans le cadre de l’échange des dons de la foi et le souci de tourner le dos à l’assistanat financier, il y a dans l’organisation administrative financière de l’Église de France, généralement aux mains des laïcs, « une leçon sur la gestion économique et financière qui respecte l’équité, la justice et la transparence d’un diocèse » que nos pasteurs africains recevraient de leurs frères dans la foi. Or sur cet apprentissage, certains de nos Églises accusent un retard considérable. Mais dans le cadre d’un nouveau partenariat, bénéfique à nos deux Églises-sœurs, nos pasteurs africains pourraient aussi apprendre « l’art d’une gestion économique non tribale et transparente, qui ne marginalise aucun prêtre et n’ignore pas l’implication effective de laïcs ». Même avec la grâce épiscopale, copier une bonne habitude est toujours une vertu. Pourquoi pas ? Ne dit-on pas chez les Bashi : « Mpa Nguhe bw’Obwira Bulama ». Traduisez : « donnant-donnant, c’est l’amitié qui dure ».