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Un jeune catholique congolais (RDC) bientôt béatifié : Floribert Bwana Chui


« Je me souviens du témoignage d'un jeune homme comme vous, Floribert Bwana Chui. Il a été tué il y a quinze ans à Goma, alors qu'il n'avait que vingt-six ans, pour avoir bloqué le passage de denrées alimentaires avariées qui auraient porté atteinte à la santé des gens. Il aurait pu laisser faire, personne ne l'aurait découvert, et il aurait en plus gagné. Mais, en tant que chrétien, il a prié, pensé aux autres et choisi d'être honnête en disant non à la saleté de la corruption ». Ces mots sont du pape François lors de sa rencontre avec les jeunes et les catéchistes de la RDC, le 02 Février 2023 à Kinshasa.

Au fait, pendant sa visite en ce pays « très catholique d’Afrique », François présentait le jeune Floribert Bwana Chui comme un témoin du Christ dans le milieu professionnel ; un qui a pu résister à la tentation de l’argent facile. Ce jeune congolais sera bientôt béatifié et sera ainsi vénéré par l’Église universelle et surtout par celle de la RDC et de l’Afrique comme un chrétien qui a su « vivre l’Évangile au cœur du milieu professionnel ». D’après le site du Saint Siège, Vatican News, cette heureuse annonce a été rendue publique ce lundi 25 novembre, lors de l’audience que le pape a accordée au préfet du dicastère des Causes des Saints, le cardinal Marcelo Semerano. (https://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2024-11/rd-congo-le-laic-floribert-bwana-chui-bientot-beatifie.html).

Un jeune bienheureux exceptionnel défiant les coutumes ambiantes

Dans un pays aussi riche et si catholique comme la RDC, où l’argent sale règne en maître et fait le bonheur d’une petite élite aux affaires, qu’un jeune dise non à la corruption du miracle. Et pourtant, c’est ce courage de ne pas se conformer aux coutumes ambiantes (Rm 12, 2) qui vaudra à Floribert Bwana Chui la gloire d’être vénéré comme « jeune martyr congolais de l’honnêteté professionnelle ». En effet, selon Vatican News, Floribert, né le 13 juin 1981 à Goma, Est de la RDC, enlevé puis tué dans la nuit du 7 au 8 juillet 2007, prouve que le service de Dieu plutôt que  l’argent (Mt 6, 24) n’est pas un pieux idéal évangélique. La vie du jeune catholique congolais est une manifestation que Dieu est « premier servi » (Jeanne d’Arc).

Du prochain jeune bienheureux, Marie José Muando Buabualo, qui rend officiel la bonne nouvelle de sa béatification dit : « Dans l’exécution de sa mission, Floribert Bwana est confronté au problème moral d’autoriser l’entrée au Congo Kinshasa de denrées alimentaires venant du Rwanda voisin, et qui n'avaient pas obtenu les autorisations nécessaires pour leur commercialisation et leur consommation. Selon des témoignages, ajoute-t-elle, « Bwana Chui a préféré mourir en refusant de faire passer de la nourriture qui aurait pu empoisonner un grand nombre de personnes ». Et la journaliste conclut : « Le refus de ‘l'argent sale’ lié à des transactions illicites a été la cause de sa mort. Il jugeait immoral de laisser passer des tonnes de denrées avariées et toxiques à destination des populations en échange de quelques milliers de dollars. Il avait fait détruire des lots de riz périmés et refusé des pots-de-vin. Cette intégrité lui a coûté un enlèvement suivi de son assassinat. Des témoins affirment qu’il disait souvent: «L'argent disparaîtra vite. Quant à ces personnes qui auraient consommé ces produits, que serait-il advenu d'elles ? » « Est-ce que je vis pour le Christ ou pas? Voilà pourquoi je ne puis accepter. Mieux vaut mourir que d'accepter cet argent ».

De ce qui précède, on comprend bien que le courage de Floribert relève d’une exception dans un pays et un continent où il est parfois difficile de distinguer les chrétiens pratiquants du dimanche et les agents des services étatiques du lundi au vendredi.

Un jeune bienheureux : modèle pour les chrétiens africains

Le nombre de chrétiens africains ne cesse d’augmenter. Les statiques publiées à l’occasion de la 98e Journée missionnaire mondiale, le  dimanche 20 Octobre 2024, par l’Agence Fides, montrent qu’entre 2022 et 2024, la croissance des catholiques en Afrique est la plus marquée au niveau mondial avec 7.271.000 de nouvelles âmes conquises au Christ. (Cf.   https://fr.zenit.org/2024/10/17/les-statistiques-de-leglise-catholique-2024/). N’est-ce pas un vrai motif de jubilation et de fierté pour ce continent jadis dit terre de missions ?

Pour autant, les églises d’Afrique restent aussi celles qui croissent dans un continent où la déconfiture sociopolitique est évidente. En ce sens, l’observation du père Ludovic Lado mérite une attention. Car dit-il : « l’Église catholique en Afrique grandit en nombre, mais pas nécessairement en témoins de l’Évangile. C’est pour cela que nos sociétés sont malades aussi bien dans le domaine du vivre-ensemble que dans l’animation des institutions politiques, économiques et sociales ». Dès lors, le jésuite camerounais estime que « l’un des plus grands défis de catholiques d’Afrique reste celui du témoignage de l’Évangile dans la cité ». ( Cf. Interview avec Lucie SARR, dans https://international.la-croix.com/fr/afrique).

Ce futur bienheureux congolais a su puiser dans sa foi chrétienne les ressources pour résister à l’appât du gain facile. Il a accepté de sacrifier sa vie pour protéger celle de ses frères et sœurs de Goma dont la consommation des produits avariés aurait eu des conséquences mortifères. Dans la figure de Floribert et son agir, on voit à quoi ressemble le témoignage de l’Évangile dans la cité. En effet, ce jeune catholique congolais a débuté sa vie professionnelle à Kinshasa comme commissaire aux réclamations au sein de l’Office Congolais de Contrôle (OCC), organisme de l'autorité nationale de contrôle des douanes et des marchandises où il était chargé d’évaluer la conformité des produits passant la frontière Est de la République démocratique du Congo. Il fut ensuite transféré au poste de Goma comme chef de bureau de l’OCC. Durant ses années d'études, Bwana Chui a rejoint la Communauté de Sant'Egidio. Il a aidé comme bénévole et s'occupait des enfants de la rue.

C’est cet itinéraire qui fait du jeune martyr congolais un modèle pour les autres chrétiens africains ; dans un continent où la pratique religieuse a du mal à fonder l’agir dans l’espace public. Après la béatification le 18 août 2024 en RDC de 4 martyrs : Albert Joubert, abbé du diocèse d’Uvira et trois jeunes Missionnaires Xavériens : les pères Giovanni Didonè, Luigi Carrara et le Frère Vittorio Faccin tués à Baraka et Fizi le 28 novembre 1964, l’Église catholique de la RDC aura encore un nouveau bienheureux dans la personne du jeune Floribert Bwana Chui.

C’est un motif de fierté et un défi. Fierté de savoir qu’une Église catholique comme celle de la RDC dont la jeunesse est souvent décrite comme accro à « la vivance », grâce aux magnifiques sons musicaux de la Rumba et aux mélodies de  Fally Ipupa dit Aigle et du jeune InossB surnommé Jeune leader AfroCongo ; peut surgir un jeune témoin de la foi au Christ aussi radical comme  Floribert Bwana Chui.  Sa béatification est aussi un défi dans la mesure où, cet événement qui aura lieu dans un pays si catholique comme la RDC avec son degré de corruption , devrait susciter dans la conscience de millions de catholiques congolais- dont je fais partie- et ailleurs en Afrique,  l’urgence de répondre à cette question : « à quoi sert notre foi catholique dans nos milieux professionnels  dans un pays et un continent si corrompus ? »