
Les vœux religieux : Un chemin vers le bonheur ?
Depuis des lustres, des hommes et des femmes de tous horizons ont senti l’appel irrésistible à s’attacher plus intimement au Christ en adoptant un mode de vie radical. Dans leur cœur, une seule opération : se livrer à Dieu à travers les conseils évangéliques de pauvreté, obéissance et chasteté. En effet, « la vie religieuse se veut une conjugaison des paroles et des actions qui manifestent le sacré. La profession des conseils évangéliques qui marque la consécration renvoie au sacré (une vie totalement vouée à Dieu, le sacré par excellence » (E. MUAKASA, L’abc du formateur des religieux, Kinshasa, Ed. Passio, 2020, p. 92).
Pour eux, la bonne part c’est d’avoir choisi le Christ et son évangile qui proclame effectivement les béatitudes comme chemin vers le Royaume. Mais ce chemin, est-il une voie assurée vers le bonheur par rapport aux autres vocations dans l’Église ? Certes, les religieux sont une portion du peuple de Dieu, des baptisés qui, dans leur souci de la perfection, ont accepté volontiers de suivre des plus Celui que Jean le Baptiste appelle l’Agneau de Dieu (Jn 1, 29) et dont il propose à ses disciples de suivre.
Deux vocables attirent notre attention par rapport au vécu des vœux de religion : la frustration et la satisfaction. Ce faisant, les psychologues pensent que la frustration « est une émotion apparaissant lorsque les circonstances ne se déroulent pas comme on l'avait prévu. On se sent tiré en arrière, incapable d'atteindre ce que l'on souhaite, et les solutions semblent hors de portée. On se sent si proche de la solution, et pourtant si loin, et la frustration prend toute la place» (Comment gérer la frustration ? - Psychologue.netS). De cette manière, la frustration est une aubaine qui montre combien de fois il existe des barrières dans la réalisation de l’être humain. Toutefois, face au choix de la vie consacrée, chacun est la raison de sa frustration et il lui est demandé de s’en tirer d’une manière courageuse. C’est dans son courage qu’il découvre la satisfaction. Ce courage évite tout propos imbu d’un pessimisme béant et des chimères non réalisables à la longue. Cependant, il devient une manière de se sentir à sa place, conscient des hauts et des bas du chemin emboité.
Cependant, En quoi la vie religieuse est-elle un choix libérant pour approfondir la relation à Dieu et au prochain ? Est-il un choix de frustration et où de satisfaction ? De ce fait, ce papier s’assigne l’objectif de scruter ce à quoi une personne consacrée peut encore espérer en dépit des péripéties qui meublent son choix.
La vie consacrée : un choix libre
Dans un monde devenu désormais un village planétaire, où les défis sont immenses, peut-on encore dire que les vœux de religion ont leur place de choix ? Comment peut-on encore comprendre la vie religieuse dans un monde en profonde mutation ? En effet, les vœux que nous prononçons dans nos instituts religieux ont la capacité de nous rendre disciples à la suite du Christ. C’est la fameuse sequela. Elle ne se fait pas sans souffrance ni peine. Par contre, elle se réalise pleinement à travers les douleurs que la vie et les événements peuvent nous procurer. Etre à la suite du Christ, c’est faire référence à l’expérience fondatrice, c’est-à-dire penser au jour où Dieu a planté sa tente dans l’existence du consacré et être en mesurer d’aimer le choix opéré avec un regard qui sait mettre en synopse : la passion, la mort et la résurrection. Si le choix a été assumé avec maturité et foi, le religieux peut communier avec l’Esprit qui « gémit au sein de toute la nature créée » (E. MUAKASA, op. cit., p. 42).
Cet Esprit lui permettra à aller vers l’horizon d’une conversion constante afin de donner une force nouvelle à la dimension prophétique de sa vocation, surtout en marchant sur les traces du Christ. Au regard des mutations qui se dessinent au jour le jour, le religieux doit s’enraciner dans son choix, en l’aimant et en faisant preuve de persévérance. Ainsi A. DE MELLO nous offre quelques ingrédients pour être sage : « la première chose est d’entrer en contact avec les sentiments négatifs qui vous habitent et dont vous n’êtes même pas conscient. Il s’agit ici d’identifier les idées noires. La deuxième chose est de comprendre que le sentiment ressenti est en vous, pas dans la réalité » (ID., Quand la conscience s’éveille, Paris, Albin Michel, 2002, p. 101). C’est en faisant preuve de ces deux réalités précitées que le religieux peut endosser son choix de manière libre et sincère.
Face à la frustration, quel royaume espérer ?
Les conseils évangéliques trouvent leur fécondité dans la Parole de Dieu, dans l’Eucharistie, la réconciliation, la vie communautaire, la joie partagée et les peines à surmonter. Au-delà d’un comportement obsessionnel, la vie religieuse se réalise et de là découle un royaume à espérer. La priorité d’avoir été choisi par le Christ est un stimulus qui touche de près l’être du religieux. Désormais il ne s’appartient plus, mais il appartient au Christ et, c’est manière radicale. Pour maîtriser la frustration, l’Apôtre Paul nous aide à tout remettre à Dieu. D’aucuns savent l’expérience de Paul de Tarse. Sa rencontre avec le Christ qui l’a culbuté, a véritablement changé la donne de sa vie et apporté une nouveauté sans pareille (Ac 9,1-22). De cette expérience, il a su à comprendre que les frustrations étaient les moyens propices pour annoncer l’Evangile de la grâce. Pour Paul les souffrances, les frustrations y afférentes sont les critères basilaires de son apostolicité et la validité d’avoir été choisi par Dieu (1Co 10) pour annoncer l’insondable richesse de la grâce. Selon E. MUAKASA, « cette grâce se manifeste par la volonté de participer aux souffrances de Jésus et de bâtir la communauté chrétienne (ne jamais chercher à détruire l’œuvre du Christ) » (ID., Le leadership dans la vie consacrée, Kinshasa, Ed. Passio, 2012, p. 38). C’est ainsi que Paul a espéré au royaume de Dieu.
En fin de compte, les vœux de religion nous aident à faire renaître en nous l’amour indispensable de Dieu pour l’humanité. C’est en aimant Dieu que nous devenons des religieux de témoignage. En dépit de toute frustration, notre choix exige de nous une grande satisfaction. Nous partageons notre foi grâce aux messagers de l’Evangile (Rm 10, 9-18). En ravivant en nous le fruit de l’Esprit Saint (Ga 5, 22-23), le Seigneur nous invite à améliorer l’image que nous avons de notre choix. Cela nous aiderait à mieux nous insérer dans la société et dans l’Eglise.



