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UN CRI QUI NOUS ENGAGE : Quelques résonances sociales de Querida Amazonia


Du 06 au 27 octobre de l’an dernier, le Vatican attirait l’attention de plus d’une âme. Il accueillait un événement ecclésial de grande envergure. Il s’agissait du synode sur l’Amazonie, une conclusion d’un travail lancé dans la foulée plusieurs mois auparavant.

Dans l’homélie de la célébration eucharistique conclusive, le pape annonçait déjà les couleurs du document à venir, laissant transparaitre les choix et engagements de l’Église qui en résulteraient. Le mercredi 12 du mois de mars, venait d’être rendue publique l’exhortation post-synodale tant attendue, mais bien auparavant le document conclusif Amazonie : Nouveaux chemins pour l’Eglise et pour une écologie intégrale[1] se faisait connaitre du public.

Dans l’ossature de cette exhortation, sont mis au nu quatre désirs fondamentaux, qui nous invitent à une incarnation dans le quotidien. Une incarnation qui concourt à un engagement tangible. Ces désirs ou rêves constituent le socle de l’engagement de l’Église en face du cri interpellant de la Bien-aimée Amazonie, comme la nomme dignement le Saint Père. Ces désirs sont sociaux, culturels, économiques et ecclésiaux.

Dans le désir social (I), qui retiendra notre attention, le souverain pontife rêve d’une Amazonie qui lutte pour les droits des plus pauvres, des peuples autochtones, des derniers, où leur voix soit écoutée et leur dignité promue. Dans la suite de cette dignité, il exprime (II) le rêve d’une Amazonie qui préserve cette fortune culturelle qui la distingue, où la beauté humaine brille de diverses manières. En troisième lieu (III), transparait un rêve d’une Amazonie qui préserve jalousement l’irrésistible beauté naturelle qui la décore, la vie débordante qui remplit ses fleuves et ses forêts. Dans le dernier moment (IV), le pape rêve des communautés chrétiennes capables de se donner et de s’incarner en Amazonie, au point de donner à l’Eglise de nouveaux visages aux traits amazoniens[2].

Cette réflexion sur la considération du social, tiendra compte, de manière implicite, des liens qui existent entre tous les aspects exprimés dans l’ossature du document.

  1. La Bien-aimée Amazonie dans le sillage de Laudato Sii

Cette exhortation post-synodale sur l’Amazonie ne fait pas oublier le parcours déjà engagé et effectué dans le passé récent. Le pape François l’exprime de façon claire “Je désire seulement fournir un bref cadre de réflexions qui incarne, dans la réalité amazonienne, une synthèse de certaines grandes préoccupations que j’ai exprimées dans mes documents antérieurs[3].

 Parlant des documents antérieurs, nous entendons également, sans doute l’encyclique Laudato Sii, qui a été et demeure un véritable tournant dans la doctrine sociale de l’Eglise. Ayant à l’esprit ce parcours, il le dit encore de plus beau estimant que “ L’Amazonie nous rappelle notre engagement vis-vis à la maison commune[4]

  1. Le rêve social de Querida Amazonia

La vraie écologie ne peut pas se dissocier du social, qui de sa part intègre la justice. L’exhortation Querida Amazonia dénonce une manie qui a longtemps présenté l’Amazonie comme une immensité sauvage à domestiquer, une richesse brute à exploiter[5]. Tout cela au prix du mépris des peuples autochtones et des dégâts immenses qui en découlent. La tendance conduisait à un nouveau type de colonialisme, une dissimilation de la globalisation. Avec cette pratique, la conscience sociale est anesthésiée, le mal systématisé et normalisé. A ce stade, plus qu’aucune autre fois, le cri de l’Amazonie nous invite à une indignation, à ne pas avoir des entrailles congelées face à toutes les injustices qu’elle connait et qui minent tous les aspects du cours normal de son existence.

Ce cri qui a toujours interpellé l’Eglise, la porte à manifester plus de signaux tangibles, dans la suite des efforts, dans le passé, de beaucoup d’individus l’ayant payé par leurs vies. Toujours dans cette chaine d’actions, le Pontife, au nom de l’Eglise demande pardon pour tous les forfaits commis et le silence gardé face à quelque injustice dans le temps, de la part des hommes et femmes qui en sont membres[6].

  1. La prophétie dans le social

L'amour chrétien pousse à dénoncer, à proposer et à s'engager en vue de projets culturels et sociaux, vers une action effective qui incite tous ceux qui ont sincèrement à cœur le sort de l'homme à offrir leur contribution[7]. A travers son engagement social, l’Eglise exprime et exerce son rôle prophétique, dans la transparence. Il s’agit pour elle de prôner le sens communautaire. Cela se traduit dans la lutte sociale qui nécessite le courage de tous à fraterniser ; un engagement courageux et sincère pour un esprit de communion humaine[8].

L’être humain vivrait difficilement dissocié des relations. Pour cette raison le Christ l’a sauvé dans son intégrité, voulant restaurer les liens sociaux.

Le Dialogue comme occasion à prophétiser

Le Pape pense que l’Amazonie devrait être un lieu de dialogue social, spécifiquement entre les divers peuples autochtones qu’elle regorge, pour trouver des formes de communion et de lutte conjointe. L’Eglise n’est pas, à proprement parler, protagoniste mais participe comme invitée, cherchant avec le plus grand respect les voies de rencontre qui enrichissent l’Amazonie[9]. Une pareille action, Georges Balandier la mettrait au compte de ce qu’il appelle “Greffon culturel”, c’est-à-dire greffer un apport, un soutien aux efforts déjà consentis par les protagonistes eux-mêmes, toujours avec une considération affable.

Le dialogue est de tous. La voix de tout le monde compte. Dans ce cas, il n’y a pas des “petits”. L’écoute devient une nécessité indiscutable. La voix des marginalisés doit être au premier plan[10]. Car ce sont eux qui font face à l’épreuve, ils sont menacés dans leur terre. Ils payent les forfaits de ceux qui les exploitent. L’Eglise de sa part a justement un choix préférentiel, celui des faibles, des marginalisés. C’est le choix prophétique, le choix de Jésus.

Par sa doctrine sociale, l'Église se soucie de la vie humaine en société, consciente que c'est de la qualité du vécu social, c'est-à-dire des relations de justice et d'amour qui le façonnent, que dépendent de manière décisive la tutelle et la promotion des personnes, pour lesquelles toute communauté est constituée[11].

  1. Le contenu culturel comme vécu social et religieux

L’identité culturelle est intangible. La menacer c’est porter atteinte à la dignité de la personne qui en est dépositaire. L’identité des peuples d’Amazonie ne peut être dissociée de leur contexte. Elle est en étroite relation avec la nature. Elle est une véritable symbiose avec l’environnement. C’est aussi dans cette identité culturelle que Dieu se manifeste à eux.

 Porter atteinte à cet environnement c’est manipuler l’identité de ces peuples, ce qui est grave[12]. Une telle exploitation ruine également la manière de se rapporter à Dieu. Une attitude contenue dans leur sens religieux qui, à son tour a d’étroits liens avec leur environnement. Parlant de l’identité et de son caractère intangible, Ricoeur estimait que “Traiter autrui seulement comme moyen, c’est déjà commencer de lui faire violence[13]”. C’est la violence que subissent ces populations qui crient au secours.

L’Amazonie est un patrimoine pour toute la maison commune. Elle a toujours à proposer à l’humanité. Et Gustavo Gutierez nous l’a bien rappelé concordant qu’en Amérique Latine les vieux peuples indigènes ont fait sentir leur protestation pour la maltraitance lui infligée dans le temps. Ils ont également levé leur voix pour enrichir les autres par l’abondance de leurs cultures : l’amour pour la terre source de vie, l’expérience du respect envers la nature et le sens de la communauté, la profondeur des valeurs religieuses et la valeur de la réflexion théologique[14].

A tout pendre, à travers ce document, rêvant le meilleur, l’Eglise chante les merveilles de ce grand patrimoine et se fait solidaire, rappelant l’engagement, dans le soin et la conservation de la maison commune et ses habitants. Quand un membre du corps subit une épreuve, tous les autres devraient en être touchés. Ce serait alors inacceptable demeurer indifférent face à ce cri. Cela dit, l’être chrétien vécu, qui s’élucide dans les divers aspects de la vie s’incarnera de façon tangible dans un engagement social, dans une lutte commune et irréductible contre l’injustice.

KAGARABI GUSTAVE, PARMA.

 

[1] Ce document final s’articule autour de cinq chapitres précédés d’une introduction et suivis d’une note conclusive : 1. Amazonie : De l’écoute à la conversion intégrale 2. Des nouvelles pistes pour la conversion pastorale 3. Des nouvelles pistes pour la conversion culturelle 4. Des nouvelles pistes pour la conversion écologique 5. Des nouvelles pistes pour la conversion synodale.

[2] Querida Amazonia, n07

[3] Querida Amazonia, n02

[4] Idem, n05

[5] Idem, n012

[6] Idem, n019

[7] Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise, no6

[8] Querida Amazonia, n020

[9][9] Idem, no26

[10] Ibidem

[11] Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise, no81

[12] Querida Amazonia, n030

[13] P. RICOEUR, Soi-même comme un autre, Paris, Seuil, 1990, p.309

[14] G. GUTIERREZ & G. L. MULLER, Dalla parte dei poveri. Teologia della liberazione, teologia della chiesa, Bologna, EMI, 2013, p.160.