
DEPASSER LA THEOLOGIE DE L’INCULTURATION ?
L’auteur de Consacrés africains, pour quoi faire ? aime l’expression « présente-nous un livre à lire ». En voici encore un. Il n’est pas seulement à lire, il t’invite – ou encore, avec ce livre je t’invite – à réfléchir un peu et surtout à prendre position. Il s’agit d’un titre d’un auteur Béninois :
Nouwavi Antoine, La Pâque pour l’Afrique. Jalons pour un renouveau théologique, Paris, Cerf, 2016.
La crise multisectorielle sévit aussi le continent africain. Ceci constitue sans doute un défi pour les théologiens de ces continents comme pour tous les chrétiens, chacun à son niveau d’implication et d’engagements dans l’histoire et dans la société. Nouwavi, pour sa part, est conduit à réévaluer toutes les grandes familles de la théologie africaine à l’aune de leur capacité à donner aux chrétiens d’Afrique les moyens d’espérer et de créer un avenir meilleur en raison de leur foi en Christ. Selon l’auteur – bien que cela reste aussi à réévaluer avec un regard critique et objectif – la crise africaine, est une crise liée au fait que le chrétien est écartelé entre mémoire ancestrale et avenir. Il affirme même que les courants principaux de la théologie africaine participent et entretiennent eux aussi la crise : quand ces théologies – dit-il – veulent émerger à partir de l’objet même de la foi, c’est-à-dire de la personne unique du Christ et de son message, elles élaborent leur pensée à partir du modèle du Crucifié insuffisamment montré comme le Ressuscité.
Qu’à cela ne tienne, la démarche de l’auteur est la suivante : le fondement régénérateur de la théologie africaine est la Pâques du Christ. Ce mystère personnel du Christ est aussi le lieur matriciel de l’engagement d’une Afrique nouvelle. Ainsi la nouvelle « théologie pascale » que défend l’auteur va-t-elle promouvoir, non une culture de l’adaptation ou d’une double adhésion malaisée à la mémoire des ancêtres et à celle de Jésus le Christ, mais un nouvel humanisme africain né de l’abandon de soi pour le renouveau total de tout le continent.
Dans son admiration pour l’occident, l’auteur tente une comparaison et c’est là que son analyse demeure partielle, faisant plus références à ce qu’il appelle essoufflement et tarissement de la théologie africaine : l’impression d’un éternel recommencement.[1] Je n’ai pas l’intention de vous présenter les contenus de chacun de neufs chapitres que comporte le livre, mais je vous fais juste mention de trois grandes subdivisions qui accompagnent la thèse de l’auteur :
- La foi africaine au milieu du gué ;
- Evangile et culture : dépasser la théologie de l’inculturation ;
- Pâques du Christ, pâque de l’Afrique.
A mon avis, les paramètres sont autres, aujourd’hui, quand on doit parler de la mémoire – et à plus forte raison de la mémoire ancestrale. Est-elle vraiment la raison des insuffisances auxquelles l’auteur fait allusion pour parler de la théologie africaine ? La notion de mémoire n’est pas à minimiser si l’on veut donner un fondement au présent et se faire une optique pour le futur, et ceci est aussi valide dans la perspective chrétienne. Les théologies africaines ne sont pas écartelées, moins encore le chrétien : je dirais que c’est une certaine manière de présenter les valeurs évangéliques et une certaine manière de faire mémoire du passé africain, de la culture, qui n’aide pas à déclencher la dynamique Christocentrique. Il ne faut pas prétendre éliminer la crise. Il faut proposer des éléments de solution pour la crise. Mais dans tout le cas, la crise doit être permanente, pour que la promesse ne reste pas dans l’oubli. Nous aurions voulu plus d’éléments concrets de la part de l’auteur, pour une inculturation engagée et engageante.
Je vous invite à la lecture de la thèse pour un élargissement de la discussion. Je dois quand même vous dire que je partage les prémisses de l’auteur quand il parlent de tourments d’un continent comme aussi tournant d’une théologie,[2]de la crise comme lieu de promesse[3] et du fait que tout doit être refonder à partir de la Pâques.[4] Sur les éléments de ses conclusions[5], il y aurait des nuances à faire : Un transfert d’horizon ? Une nécessaire restructuration de la théologie africaine ? Une innovation ? Si la Pâques du Christ est une clé pour la Pâque de l’Afrique, on ne peut pas procéder par destruction, mais par conviction, on ne peut pas procéder par comparaison, mais par persuasion. On ne peut pas procéder par innovation, mais par accompagnement vers une fidélité dynamique et historique.
L’Afrique, vit déjà une bonne période d’exode et ce dont elle a besoin c’est, entre autre, une prise de conscience que la vérité du christianisme est loin d’être une imposition. Pour pouvoir faire le tournent au milieu des tourments, il faut se laisser encore souffler à l’oreilles les Paroles de vie (Ex 20), du Dieu qui, ayant entendu le cri de son peuple est descendu pour le sauver, et par la suite a fait tout un parcours pédagogique avec le même peuple pour le séduire pas avec astuces de l’intelligence ni avec une argumentation raffinée mais – comme nous aimons le dire – du fond de leur cœur et au point de proclamer : aujourd’hui, moi et ma maison, nous choisissons de servir le vrai Dieu, l’unique capable de donner vie, dignité, salut.
[1] Cfr. Antoine Nouwavi, La Pâque pour l’Afrique. Jalons pour un renouveau théologique, Paris, Cerf, 2016.16.
[2] Cfr. Nouwavi, La Pâque pour l’Afrique, 17.
[3] Cfr. Nouwavi, La Pâque pour l’Afrique, 19.
[4] Cfr. Nouwavi, La Pâque pour l’Afrique, 22.
[5] Cfr. Nouwavi, La Pâque pour l’Afrique, 280-282.



