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PERTURBATEURS DE L’ORDRE SOCIAL ET POLITIQUE ?


Chrétiens du XXIème siècle, quelles reproches recevons-nous de la part de nos contemporains ? Qu’avons-nous à nous reprocher nous-mêmes ? Tel est l’intérêt avec lequel je t’invite à approcher et à lire, ce livre de Marco Zambon au titre : “Nessun dio è mai sceso quaggiù”. La polemica anticristiana dei filosofi antichi.[1]

Aucun dieu n’est jamais descendu sur terre ? Avec l’intuition de l’auteur à l’égard de la polémique antichrétienne des philosophes de l’antiquité, nous nous rappelons d’un fait : l’expansion du christianisme au sein de l’empire romain, entre le IIème et le VIème siècle, qui s’est caractérisée par un processus multiforme de sélection, d’interprétation et d’appropriation du patrimoine culturel gréco-latin de la part de ceux qui venaient de se convertir à la nouvelle religion tout comme de la part de ceux qui sont nés en elle. Ce processus n’a pas été sans réaction, et cela comportait un défi voire même motif d’hostilité, chez les personnes ordinaires, chez les autorités comme chez les intellectuels.

Le livre nous présente les raisons pour lesquelles au court de l’âge impérial, un bon nombre de philosophes de tradition platonique a pris position contre les chrétiens et a composé aussi des écrits destinés à réfuter la doctrine chrétienne. 

Contre la prétention des chrétiens d’être aussi des philosophes, et peut-être même les uniques, leurs adversaires platoniciens objectaient en disant que le christianisme est par sa nature une doctrine non-philosophique, car fondée sur la foi (et donc irrationnelle), ses contenus sont contradictoires et, quand elle dit vrai, elle ne fait que copier les enseignements en provenance de traditions plus antiques, dans ce qu’elle a d’original tout est faux et insensé.

Le livre est constitué de 17 chapitres divisés en 4 parties :

  1. Vie et doctrine des chrétiens dans l’opinion de leurs contemporains ;
  2. Les thèmes de la polémique antichrétienne sur le plan religieux et sur le plan social ;
  3. Une religion nouvelle et irrationnelle : les objections des philosophes ;
  4. Les chrétiens au sein de l’empire romain avant et après Constantin.

Je suis certain que chacun de nous et dans son contexte, se laissera interpeler sur notre « être chrétiens » aujourd’hui, de la même manière que nous pouvons le lire dans les lignes de l’auteur : Qu’est-ce que les adversaires antiques reprochaient-ils aux chrétiens ? Nous l’avons dit, et nous les redisons avec les paroles de l’auteur : « l’hostilité à l’égard du christianisme était fondée sur deux motivations fondamentales : il s’agissait d’une doctrine nouvelle et irrationnelle. Introduire dans la société une telle doctrine religieuse impliquait non seulement l’abandon de la religion traditionnelle, mais aussi troubler l’ordre social, étique et politique. Se séparer du reste des hommes avec la prétention d’être les uniques à connaitre la vérité et à pratiquer la justice ne pouvait qu’avoir comme conséquence une folie collective. Les chrétiens faisaient croire à des choses insensées et dangereuses ».[2]

 

Franchement, cela me donnerait de la joie, qu’aujourd’hui encore, où que nous soyons, que chacun de nous soit un perturbateur (semeur de trouble) de l’ordre social, l’ordre étique comme aussi de l’ordre politique, avec des références de foi assez claires et profondément ancrées, pour que la Bonne Nouvelle de l’Evangile soit connue et pratiquée de tous.

Dans la partie des conclusions auxquelles arrivent l’auteur, il est intéressant de voir que, sur la valeur salvifique et normative de la vérité, les platoniciens et les chrétiens ont toujours été d’accord sur l’origine de ladite vérité : elle est connue à travers ce que nous pouvons appeler une révélation qui provient du monde divin et conservée par une tradition qui représente une valeur au sein d’un peuple ou d’un groupe déterminé. L’unique divergence était au sujet de sources et modes pour arriver à la connaissance de la vérité révélée.

            Une chose est certaine : le christianisme marquait une nouvelle phase dans l’histoire de la pensée.[3] La pensée des auteurs chrétiens des premiers siècles s’est avérée significative aussi pour la connaissance et la production de la philosophie grecque. Elle a produit une sorte de connaissance diverse de celle qui existait jusqu’en ce moment-là. Nous pouvons dire que, la pensée des Pères chrétiens (une époque considérée d’ailleurs comme modèle et aujourd’hui de façon même nostalgique), plutôt que constituer un chapitre conclusif de l’histoire de la philosophie, elle a marqué le début d’une nouvelle phase de l’histoire de la pensée humaine. Et de ceci, même leurs adversaires platoniciens s’étaient rendus compte.

 

[1] Marco Zambon, “Nessun dio è mai sceso quaggiù”. La polemica anticristiana dei filosofi antichi, Carocci editore, Roma, 2019 (Titre que nous traduisons par: “Aucun dieu n’est jamais descendu sur terre”. La polémique antichrétienne des philosophes de l’Antiquité).

[2] Marco Zambon, “Nessun dio è mai sceso quaggiù”. La polemica anticristiana dei filosofi antichi, 17.

[3] Marco Zambon, “Nessun dio è mai sceso quaggiù”. La polemica anticristiana dei filosofi antichi, 427-428.