Accéder au contenu principal
Partager cet article

Les paroisses invitées à la conversion en vue de l’annonce de l’Evangile


Se convertir pour rendre l’Evangile proche  du peuple, c’est l’invitation que la Congrégation pour le Clergé a lancé aux communautés paroissiales dans son Instruction  du 29 juin 2020: La conversion pastorale de la communauté paroissiale au service de la mission évangélisatrice de l’Eglise[1]. En plus de la parole de Dieu, le texte a pour ressourcements les orientations du Concile Vatican II et l’enseignement récent du pape François, surtout son vœu d’une Eglise moins hiérarchique et moins bureaucratique. La conversion des communautés paroissiales signifie alors la promotion d’un style de communion et de collaboration, de rencontre et de proximité, de miséricorde et de sollicitude en vue de l’annonce l’Evangile ( n°2).

Selon l’Instruction, ce sont les évolutions actuelles de nos sociétés qui rendent urgente la conversion pastorale des paroisses. Jadis, la communauté paroissiale s’identifiait à la communauté territoriale. Or avec les mobilités actuelles, la configuration territoriale de la paroisse ne tient plus. L’irruption de la culture digitale en ce qui concerne les notions du temps et de l’espace et ses conséquences sur les relations humaines exigent à penser de nouveau la manière dont l’Evangile peut rejoindre les personnes là où elles vivent.  Face aux relations virtuelles que promet la culture digitale, les communautés paroissiales sont invitées à se découvrir comme des « territoires existentiels » (n°16) qui favorisent les rencontres concrètes entre les personnes.

La reforme voulue par l’Instruction n’est ni simplement pour la survie de l’institution ecclésiale ni un simple partage de pouvoir entre différents membres de la communauté paroissiale. La mission, au sens de rendre accessible l’Evangile, est le critère du renouveau. C’est la priorité des priorités. Le renouveau de l’évangélisation requière de nouvelles attentions et des propositions diversifiées, afin que la Parole de Dieu et la vie sacramentelle puissent rejoindre tout le monde, selon une manière qui soit cohérente avec l’état de vie de chacun, précise l’Instruction (n°18).

Fait partie de la conversion de la paroisse, sa décléricalisation sans toute fois la laïciser. Au contraire, il sied de penser la communauté paroissiale comme un lieu où ministres ordonnés et laïcs collaborent afin que le Christ et son Evangile rayonnent. Dès lors, une paroisse convertie ne peut rester dans les seules mains des ministres ordonnés. La paroisse n’est pas une propriété du curé. Elle est le bien de tous les baptisés. Elle doit devenir une communauté où chaque baptisé redécouvre sa vocation de disciple de Jésus et missionnaire de l’Evangile (n°11). Toutes les structures paroissiales n’ont de sens que si elles stimulent tous les baptisés à rencontrer le Christ et à témoigner de son Evangile. Ce but commun de l’existence de la paroisse n’est possible que s’il y a un changement de mentalité et un renouvellement intérieur, surtout chez ceux qui sont appelés à être responsables de la conduite pastorale ; entendez ici les prêtres (n°35). En ce sens, l’Instruction rappelle que c’est le curé qui est au service de la paroisse et non le contraire (n°69). Finis donc les discours du genre : ma paroisse, mes fidèles, ma quête… !

Dans le processus de conversion escomptée, le texte invite à revaloriser tous les organismes de coresponsabilité ecclésiale ; surtout le Conseil pour les Affaires Economiques et le Conseil pastoral paroissial. Même si selon le droit Canon, ces deux structures sont consultatives, cela ne signifie pas qu’elles sont accessoires et que donc on peut bonnement s’en passer. Dans un monde friand de possessions et d’accumulation des biens par tous les moyens, le Conseil pour les affaires économiques se découvre comme une école de la promotion du bien de la communauté- car les biens de la paroisse n’appartiennent pas au curé mais à toute la communauté paroissiale (n°107). C’est aussi le lieu la réalisation de la culture de la coresponsabilité et de la transparence administrative (n°106). L’importance accordée à la gestion de biens de l’Eglise va au-delà d’un simple art managérial.  Car la gestion des biens de chaque paroisse constitue un domaine important d’évangélisation et de témoignage évangélique ; devant l’Eglise et la société civile, dit l’Instruction (n°101).

Pour sa part, le Conseil pastoral paroissial, loin d’être un simple organisme bureaucratique, il est à concevoir dans sa dimension théologale. Car il met en relief et réalise le caractère central du Peuple de Dieu comme sujet et acteur vivant de la mission évangélisatrice, du fait que, par le baptême et la confirmation, chaque fidèle a reçu les dons de l’Esprit (n°110). Découvrir le conseil pastoral paroissial ainsi lui donne un autre sens plus que le caractère consultatif souvent mis en exergue en s’appuyant  de façon accommodante sur le Code du droit canon, lui-même cité comme un livre législatif civil. Ce qui est faux. Le discernement, au sens de la recherche en commun de la volonté de Dieu pour son peuple est l’objectif du Conseil Pastoral Paroissial. Et en ce processus, le curé n’a pas le monopole de l’Esprit de vérité. Cet esprit est donné à tout le peuple de baptisés.

Même si cette Instruction n’est pas un enseignement nouveau en ce qui concerne la paroisse comme lieu de la rencontre avec le Christ par l’annonce de l’Evangile, la célébration des sacrements et le témoignage de la charité, il convient de dire que lue dans un contexte ecclésial africain, elle apporte un plus dans ses appels :

  • a) à développer dans nos paroisses  « l’art de la proximité » (n°26) comme remède contre l’anonymat qui sévit dans les communautés nombreuses ;
  • b) aux prêtres, diacres et personnes consacrées à ressentir de la compassion pour « la chair blessée » (n°33) comme antidote contre la bourgeoisie cléricale  et religieuse insensible aux cris des pauvres.
  • c) aux pasteurs à découvrir le caractère évangélique et missionnaire dans la gestion des biens de l’Eglise et donc  prêcher plus par l’exemplarité; ce qui rendrait audible et crédible leurs sermons contre la corruption et les détournements de bien des Etats en Afrique ;
  • d) à toute la communauté paroissiale à revitaliser le caractère proprement pastoral et missionnaire du Conseil Pastoral Paroissial et ainsi lui éviter l’égarement qui s’y observe actuellement où, aux dires du père Eloi Messi Metogo, au lieu de se concentrer sur la manière d’annoncer l’Evangile et d’en témoigner, on y passe le temps à parler du denier du culte, de la construction des édifices religieux, de l’organisation des fêtes et des pèlerinages et de soins matériels des prêtres…(cf. E. Messi Metogo, « Aparecida 2007. Un point de vue africain » in Spiritus 193( 12 /2008), p. 473.

 

[1] Le texte intégral est à trouver dans www.vatican.va