
La mystique de la non-violence comme chemin de libération du peuple Congolais
Recourir à la mystique de la non-violence nous permet de redonner foi et espérance au peuple congolais pétrie par la souffrance. Le mal congolais est profond. Nous assistons aujourd’hui à des violences accrues, des meurtres, des crimes et tueries à répétition sur toute l’étendue du pays. Outre cela, nous déplorons la misère, l’absence de la paix et de la justice. Pour faire face à tous ces maux qui gangrènent notre pays, et promouvoir un avenir radieux, nous proposons dans cette réflexion la mystique de la non-violence comme chemin de libération du peuple congolais. En effet, la mystique de la non-violence se fonde sur l’argument selon lequel, l’être de l’homme ne se construit tant dans son rapport à l’Absolu, au Cosmos, au bien que dans sa relation à autrui. Disons-le autrement, l’essence de l’homme n’est pas dans son « être-au-monde », mais dans son « être-aux-autres ». Pour que nous puissions vivre en harmonie entre nous, il faut que nos relations humaines soient fondées sur la simplicité et la sobriété et centrées moins sur l’avoir que sur l’être. Ce sont ces valeurs qui nous permettent de parler de la mystique de la non-violence. Chaque congolais est appelé donc à incarner ces valeurs et à reconnaître l’autre non pas comme un objet, mais son vis-à-vis qu’il faut traiter avec respect et dignité.
Il sied de dire que le thème de la non-violence a été abordé sous plusieurs angles ( en philosophie et en politique). Nonobstant, nous allons ici l’aborder sous l’angle théologique, raison pour laquelle nous adoptons la terminologie : la mystique de la non-violence.
La non-violence, quid ? (JEAN-MARIE MULLER, Principe de non-violence. Parcours philosophique, pp. 321-322)
Plusieurs définitions de la non-violence ont été données. Certaines d’entre elles ont attiré notre attention. La non-violence est comprise comme une manière d’agir qui refuse le processus de légitimation de la violence. Cette manière d’agir tient compte du respect de la vie de la personne humaine. Elle met chacun devant sa responsabilité.
Ensuite, elle peut être considérée comme un mode de relation qui favorise le dialogue et la médiation dans une approche constructive des conflits, et peut se traduire par des actions collectives de grande échelle.
Enfin, pour les chrétiens la « non-violence » constitue une dimension centrale de la vision et de la mission de Jésus. Elle peut signifier « le rejet complet de la violence combiné à la puissance de l’amour inconditionnel en action ». Dans son message sur la journée mondiale de la paix, le Pape François la définie comme « une force constructive, une méthode active et un mode de vie puissant qui défie l’injustice et la violence sans recourir à la violence » ; elle ajoute en disant qu’elle « transforme et résout les conflits, favorise des alternatives justes et pacifiques et recherche le bien-être de tous ». (Extraits du message du Pape François sur la Journée mondiale de la paix, 4 avril, 2017, §1).
Au regard de toutes ces définitions, retenons que la culture de la non-violence n’est pas un rêve irréalisable, mais un chemin qui produit des résultats décisifs. La pratique constante de celle-ci brise les barrières, les blessures liées et guérit les nations. C’est dans cette perspective que nous souhaiterions proposer la mystique de la non-violence comme antidote contre la violence, les conflits dans notre pays.
La mystique de la non-violence, un projet pour un vivre ensemble harmonieux
A l’heure actuelle, notre pays est déchiré par des divisions et des violences causées par les conflits des guerres ainsi que les conflits ethniques et tribaux. Face à ces divisons et violences, la quête de la paix s’impose avec acuité. Partout dans les rues, le peuple congolais s’exclame : « Que règne la paix ! ». Dès lors, nous devons comprendre que la paix n’est pas avant tout absence des guerres ou des conflits, mais la maîtrise de conflits en empruntant le chemin de la non-violence. Pour le pape François, le conflit existe, mais la violence n’est pas obligée (EG no 226). Il va s’en dire que le conflit nourrit les relations interpersonnelles. Il est « un élément structurel de la relation à l’autre, il nous permet d’aller de l’avant, de prendre position, de confronter à l’avis d’autrui et nous pousse à nous remettre en question ». (Extrais du message du pape François sur la journée mondiale de la paix, 217, § 2). En prônant la non-violence active, le Pape cherche à montrer que l’unité est plus puissante et plus féconde que le conflit. Dans ce sens, chaque congolais est appelé à s’ouvrir à l’autre dans sa différence pour pouvoir bâtir une société où règne l’amour, le dialogue, la confiance, la négociation, la créativité et la solidarité. La mystique de la non-violence vise à amener effectivement le peuple à une auto-appropriation des valeurs, des attitudes qui tiennent compte du respect de la dignité humaine et de la différence. Dans cette perspective, la non-violence serait une exigence fondamentale car elle fonde et structure l’humanité de l’homme et donne sens à sa vie. De toute façon, la praxis de la mystique de la non-violence nous conduira-au-delà de la rupture que nous avions opérée, au cœur même de notre pays, sur le chemin de l’unité et du vivre ensemble où chaque congolais peut s’épanouir et replacer l’humain au centre de ses préoccupations.
La souffrance du peuple congolais, une arme qui libère
Au regard des crises sociale-politiques et économiques que notre pays traverse, il y a lieu de nous interroger sur le sens de notre destin. A l’heure actuelle, nous ne devons plus rester indifférents face à la souffrance du peuple congolais. Il est temps de changer notre histoire, de définir notre destin. Ce changement radical de l’histoire de notre société adviendra au prix de grands sacrifices, d’ascèses, des luttes et des souffrances. Il s’agit bel et bien d’une « souffrance positive ». Il est vrai que de la souffrance peut jaillir le bien être. Dans ce cas, la souffrance devient un élément important, un moment transitoire qui nous prépare et nous ouvre à des horizons radieux. Dans cette perspective, les sacrifices, les souffrances et les luttes individuelles et collectives deviennent alors une force motrice, une dynamique capable d’aider le peuple congolais à s’auto-libérer.
La mystique de la non-violence est une arme redoutable contre les violences. Elle repose sur les valeurs susceptibles de bâtir une société où règne la paix, la cohabitation pacifique entre le peuple, où personne n’est exclu. Elle se fonde sur le principe selon lequel il ne faut jamais rendre le mal pour le mal. La force de la résistance contre les violences réside dans la pauvreté (la non-violence active). Celle-ci suppose que devant l’oppression, le mépris, les injustices, les tueries, les massacres, notre attitude serait de ne pas nous rendre la monnaie, mais plutôt chercher des moyens justes pour nous en libérer. Parmi ces moyens nous citons : l’équité, la justice, la vérité, la réconciliation, le dialogue franc, le pardon. Saint Paul dans sa lettre aux Romains, nous exhorte à éviter la vengeance mais à pratiquer le bien à tous ceux qui nous côtoient. (cf. Rm 12, 17-21). Les congolais se montreront qu’ils sont vraiment animés de sentiments pacifiques lorsqu’ils renonceront à se faire justice à eux-mêmes. Voilà la sagesse de la mystique de la non-violence que les congolais sont appelés à incarner et appliquer dans leur modus vivendi pour espérer une libération effective.
S’engager sur la voie de l’Évangile de la paix, de la non-violence
Jésus-Christ nous enseigne que le cœur humain est un véritable champ de bataille où le bien et le mal coexistent. « C’est de l’intérieur du cœur de l’homme dit Jésus, que sortent les desseins pervers ». (Mc 7, 21). Le mal existe, il est en chaque homme et autour de nous. Il est donc de notre devoir de lutter contre le mal qui est en nous et autour de nous en empruntant le chemin du Christ. C‘est avec lui que nous serons capables de vaincre le mal. Jésus a enseigné sans faille l’amour inconditionnel de Dieu. Il invite ses disciples et particulièrement, nous aujourd’hui à aimer nos ennemis (Mc 7, 21). Il se présente comme défenseur des faibles. Face aux accusateurs de la femme adultère (Jn 18, 1-11), Jésus n’hésite pas à prendre position pour sauver la vie. De même, au cours de son arrestation, il prend le courage d’instruire à Pierre de remette son épée (Mc 26, 52) pour ne pas commettre le mal. De ce fait, Jésus se présente comme un véritable « artisan de la paix » (Mt 5, 9), de la non-violence. Il veut avec lui nous entraîner sur ce chemin en vue notre humanisation. Appelés à imiter Jésus dans toutes ses actions et attitudes, les disciples du Christ doivent s’efforcer d’avoir la paix avec tous les hommes. Ils doivent toujours être animés de dispositions pacifiques et s’appliquer à faire régner la paix dans toutes leurs relations avec le prochain. C’est sur ce paramètre de la paix que se construira la nation congolaise.
Mais il faut que chaque citoyen puisse s’engager sur ce chemin de la paix en épousant les attitudes de la non-violence. Dans cette posture, seul le langage de l’amour et de la vérité peut vaincre le mal dans notre société et dans le monde. Mère Terra l’a bien affirmé le jour de son prix Nobel de la paix en 1979. Elle disait : « Nous n’avons pas besoin de bombes et d’armes à feu, pour détruire, pour ramener la paix ; il suffit de se réunir, de nous aimer les uns les autres pour pouvoir vaincre tout le mal qui est dans le monde ». Par-là, nous pouvons comprendre que la vérité de la mystique de la non-violence ne se révèle que dans l’acte créateur par lequel l’homme entre dans une relation bienveillante avec l’autre. Cette relation est fondée sur l’amour et le pardon.
Au terme de notre réflexion personnelle sur la mystique de la non-violence, signalons que notre souci était de trouver une sagesse libératrice dans la souffrance du peuple congolais. De ce peuple souffrant et humilié sortira un serviteur qui sauvera et libérera le peuple. Le peuple congolais, malgré la souffrance qu’il traverse, doit continuer la lutte pour se libérer. Dans la faiblesse de ce peuple se cache et se réalise le germe de la victoire.



