
RDCongo, assassinat de Chérubin Okende Senga : un crime de trop
Le jeudi 13 juillet, le député Chérubin Okende Senga a été retrouvé mort et criblé de balles dans un véhicule, sur l’Avenue des poids lourds proche du centre-ville de Kinshasa. Ce crime de trop a vivement fait réagir les prélats catholiques de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) et leurs collègues protestants de l’Église du Christ au Congo (ECC).
Dans un communiqué signé par son président l’archevêque Marcel Utemi Tapa, la Cenco a dénoncé ce crime « ignominieux et crapuleux d’un opposant politique en cette période pré-électorale » ; meurtre tragique survenu dans les circonstances floues. Pour les prélats catholiques, « ce crime intolérable et inadmissible » qui advient à cinq mois des élections générales risque d’accentuer les tensions politiques.
Dans son communiqué la Cenco n’a manqué d’établir le lien entre l’assassinat en 2010, lors du régime de Joseph Kabila, de l’activiste des droits de l’homme Floribert Chebeya et dont les bourreaux courent toujours. Les évêques catholiques rappellent encore que l’assassinat de Chérubin « intervient à la suite des arrestations des membres de son regroupement politique et d’une série de violences verbales et physiques des fanatiques des certains partis politiques qui menacent la cohésion nationale et ne sont malheureusement pas interpellés par leurs leaders moins encore par la justice ».
Les pasteurs protestants pour leur part, ne sont pas restés indifférents à l’annonce de cet acte ignoble. Dans son message daté du 14 juillet, ’Église du Christ au Congo (ECC) – qui regroupe de nombreuses dénominations protestantes- a lancé un appel patriotique au respect de la vie de tout congolais ». « La vie doit être célébrée en lieu et place du deuil à répétition », insinuent les pasteurs. Notons qu’il ne s’agit pas de pasteurs des églises dites de réveil ; dont certains sont soupçonnés de constituer de « lobbies évangéliques » autour du président Félix Tshisekedi. En effet, dans une interview au journal français Jeune Afrique (28 Juin 2023), l’archevêque de Lubumbashi, Fulgence Muteba, avait invité le président actuel à se libérer de gens qu’il qualifiait « des pasteurs et des charlatans assoiffés d’argent ».
Avec l’assassinat de Chérubin, la Cenco a pris la parole dans un contexte de tensions entre l’Eglise catholique et le régime du président actuel Félix, fils de l’opposant historique Etienne Tshisekedi. Au fait, lors d’une messe à laquelle il prenait part à Mbuji-Mayi le 25juin, le président Félix avait fustigé ce qu’il dit être « une certaine dérive » de certains évêques, appelant à la même occasion l’Eglise catholique à « rester au milieu du village et des congolais ».
Ainsi rien de nouveau sous le soleil congolais. C’est juste une histoire qui se répète. Car on sait que les opposants d’hier une fois au pouvoir se transforment vite en critiques de l’Eglise catholique alors qu’ils étaient les mêmes à louer le prophétisme de la Cenco contre le régime de kabila il y a si peu.
Notons que le député assassiné était un fervent chrétien catholique dont plusieurs personnes louent le sens de la probité et de la cohérence. En effet, en 2022, il avait démissionné de son poste de ministre des transports, son parti, « Ensemble pour la république », parti d'opposition de Moïse Katumbi et dont il était le porte-parole, étant entré en rupture avec l’Union Sacrée pour la République, la coalition au pouvoir qui soutient l’actuel président. Par son geste, le député Chérubin Okende Senga refusait ainsi de cautionner la mentalité de la « transhumance politique », une véritable marque de la classe politique congolaise.
Même si pour raison de transparence et d’équité, le gouvernement congolais a annoncé faire recours aux experts de la police scientifique belge et sud- africaine, il est difficile de croire que toute la lumière sur cet assassinat sera faite et que justice lui sera rendue. Car à l’heure actuelle, on ne peut séparer ce crime et le climat politique délétère qui règne en RDC. On sait que le député Chérubin Okende Senga était porté disparu le 12 juillet, jour où il s’était rendu à la Cour constitutionnelle pour solliciter le report de son audition sur la déclaration de patrimoine en tant qu’ancien ministre.



