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J’AI VU LE PAPE! ET ALORS?


Ce titre traduit du lingala: «Namoni papa!»(1)  illustre les cris de joie ressentis par les gens au passage du Pape, tout au long du boulevard P. E. Lumumba, depuis l’aéroport international de Ndjili jusqu’au palais de la Nation. Chacun, si pas la majorité, exprimait cet ouf de soulagement comme le vieux Siméon jubilant à la vue du Christ, petit enfant qui venait de naître : « Maintenant ô Maître Souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut… » (Lc 2, 29-30).

La salutation du Pape était comme une goutte d’aspersion d’eau bénite. Ainsi, catholiques, protestants de toutes branches confondues, musulmans, et autres, au long de la route, chantaient « boyei bolamu (…) Congo mobimba toyambi yo ! » « Bienvenue chez nous (…) le Congo entier nous t’accueillons ». La joie vive témoignait du temps de grâce et d’espérance que nous respirions. Qu’est-ce qui animait cet élan de joie ?

Rappelons, que le Pape François était premièrement attendu en juillet 2022. Il était attendu pour son 40ème voyage apostolique au monde et 5ème en Afrique, prévu pour la République Démocratique du Congo et le Sud Soudan. En R.D.C en particulier, il était attendu dans deux villes : Kinshasa, la capitale et Goma, la ville qui est l’épicentre des conflits. Tout était presque prêt : Les programmes de son itinéraire, les programmes de messes et des chants, les messages, le logo, les affiches, les orchestres, les pagnes, etc. Reporté sine die, à cause de la santé du Pape, le voyage sera finalement reprogrammé du 31 janvier au 04 février 2023, et la ville de Goma ne sera plus concernée. Le thème de cette visite papale a rejoint tous les congolais : « Tous réconciliés en Jésus-Christ ».

Ayant vu et ressenti physiquement l’accueil qui lui a été réservé et ayant vécu l’après-Pape, nous voulons ouvrir cette petite réflexion par ces questions : Qui attendait le Pape ? Quel élan a poussé l’accueil chaleureux de cet hôte ? Une foi vivante ou une curiosité folklorique ? Quelle a été la portée pastorale missionnaire de son message ? Comment envisager l’après-Pape François en R.D.C ?

L’accueil chaleureux du Pape à Kinshasa par tous, élan de foi vivante ou élan de curiosité ?

Malgré les affres des guerres dans la partie Est du pays, bien que très peu médiatisées par nombreux, les congolais vivant à Kinshasa où le cortège papal a été reçu, et ceux d’ailleurs, ont manifesté la joie de recevoir leur grand hôte. Nous avons senti la présence de toutes les couches, tout au long du boulevard, par la différence linguistique, culturelle, religieuse, politique et sociale. Cette présence holistique a été une grande invitation à l’unité. Le mot d’accueil était chanté dans toutes les quatre langues nationales : Lingala, Kiswahili, Kikongo, Tshiluba. Il n’était pas étonnant de voir un protestant habillé en habit papal ou se signant maladroitement du signe de croix, heureux d’accueillir ce pèlerin de la paix et de la réconciliation. Certains acteurs politiques ont fait des affiches souhaitant la bienvenue au Pape, mais sous quelle intention !

En effet,  cette représentativité a répondu effectivement à la récente Lettre Encyclique du Pape François « Fratelli Tutti sur la fraternité et l’amitié sociale » qui invite à la vie d’amour qui surmonte les barrières géographiques et spatiales. Nous avons ressenti cette même invitation dans ses différents discours et dans son homélie, insistant sur l’unité dans l’amour et dans la cohésion. Notre accueil a exprimé l’unité dans la diversité et l’espérance du peuple. Par ailleurs, malgré l’émerveillement de tout le monde, les critiques des curieux n’ont pas manqué au regard de ce grand évènement. Il sied de signaler que cette visite est intervenue dans une situation politique tendue, marquée par la guerre et la préparation aux prochaines échéances électorales. Les brébis comme les pasteurs se sont abreuvés à la même source.

De la portée pastorale et missionnaire de l’accueil du Pape

Nous l’avons écouté. Nous étions si nombreux à entendre sa voix et sa parole d’encouragement, d’amour, de pardon, de foi et d’espérance. Certaines victimes des atrocités l’ont touché et ont écouté sa consolation, et d’autres encore ont été rejoints par sa voix. Devant un peuple touché par toute sorte de mal dans sa chair, le Pape a agi en panseur des plaies de toute sorte. Enfants comme jeunes, adultes comme vieillards, religieux comme religieuses,…chacun a accueilli le Pape. L’analogie du diamant a fort attiré notre attention et a ouvert l’annonce missionnaire par une invitation à l’éveil socio-politique.

En effet, dans sa rencontre avec les autorités, les représentants de la société civile et le Corps Diplomatique de la R.D.C, le Pape a prononcé un discours à la nation faisant suite au discours du Président de la République. Fixant notre attention sur  l’image du diamant, employée abondamment dans son propos, nous avons appris que notre vie est une grâce que le Seigneur nous donne gratuitement pour nous mettre à sa suite et au service des autres. Ce don est une mission. Le caractère polyédrique du diamant nous rappelle que l’amour entre nous conduit à vivre harmonieusement l’unité dans la diversité. L’amour nous pousse à surmonter les barrières culturelles, ethniques et nationales afin de réconcilier tout le monde par l’évangile. Nous soulignons que le diamant, dans sa transparence, réfracte admirablement la lumière qu’il reçoit comme l’amour d’un missionnaire ou d’un Pasteur à la suite du Christ. Celui qui aime se donne pour son propre salut et le salut des autres. Telles sont la valeur et la beauté du diamant. L’amour est à protéger par la prière comme on protège le diamant. Sans cette protection, nous sombrerions dans la haine et la division.

Ainsi, le Souverain Pontife a souligné que le diamant est un don de la terre qui appelle à la sauvegarde de la création et la protection de l’environnement. Une invitation au peuple congolais et aux chrétiens de préserver leurs valeurs, leurs vertus, leur vie de foi et leur pays contre toute attaque tant spirituelle, morale que physique. Son passage restera un témoignage fort pour le pays et pour l’Eglise locale. Mais, qu’avons-nous fait de son message ? Comment vivons-nous l’après-Pape en R.D.Congo ? Ces questions ouvriront d’autres champs de réflexion sur la catéchèse, l’animation pastorale et missionnaire, et autres domaines vitaux.

En définitive, par notre réflexion intitulée « J’ai vu le Pape ! », nous venons de restituer notre témoignage sur ce que nous avons vu et vécu en directe. Nous venons de vous partager une portion de ce qu’il nous a dit et de ce que nous sentons dans notre vie. Nous avons senti la présence du Pape sur tous les plans et nous ne pourrions pas rester indifférents sans vous la partager. Il est vrai que nous ne pourrions pas vous exposer notre appréhension sur tous les domaines. Cependant, en nous lisant, nous espérons que vous recevrez, un élan de solidarité et de foi pour la République Démocratique du Congo dont le peuple ne cesse de faire son bout de chemin.  

Qu’il soit connu et aimé de tous ! Notre Seigneur Jésus, le Vivant qui nous ressuscite !!!

 

 

(1) J’ai vu le Pape est une traduction de l’expression en lingala qui était entendue tout le long de la route : NAMONI PAPE ou NAMONI PAPA ! « Aza kitoko » qui signifie, il est beau…et tant d’autres expressions de soulagement et d’espérance.