
La particularité du mariage coutumier au Burundi
Un jeune homme qui veut se marier doit manifester certains gestes prouvant qu’il a atteint l’âge de la maturité. Il y en a ceux qui l’expriment verbalement tandis que d’autres le font par des bouderies et en se fâchant sans motif contre leurs parents. Dans la plupart des cas, le jeune homme devient soit intraitable; soit plus sage. Dans le Burundi traditionnel, lorsqu’un jeune manifeste ces attitudes, les parents devraient commencer à demander aux amis et connaissances l’endroit où ils pourraient trouver une jeune fille bien élevée pour la marier à leur fils. Comme nous le verrons tout au long de cet article, signalons que, depuis très longtemps, le mariage est conçu au Burundi comme une vocation qu’on embrasse à l’âge adulte, en raison des exigences culturelles, religieuses et humaines qu’il faille absolument observer. Nous nous proposons donc de présenter les exigences culturelles ayant trait au mariage, des préparatifs à la célébration. Le mariage, étant une dimension culturelle bien ancrée dans le cadre social et anthropologique, se prépare par les enquêtes et la dot. Après, il devra être célébré et vécu en tant que vocation à la procréation. Mais, comment s’articule cette préparation du mariage par les enquêtes et la dot ? Quel est le sens profond de la dot au Burundi ? Est-elle une compensation entre deux famille ou bien la preuve de l’amour du fiancé pour sa fiancée ? Est-elle un signe de remerciement aux parents pour reconnaître la valeur et la dignité de la fiancée ? Quel est le sens du mariage et sa répercussion dans le respect de la culture ? Dans cette réflexion nous n’aborderons que le mariage coutumier ou purement traditionnel, laissant expressément de côté le mariage religieux.
I .La dot comme préparation au mariage
Au Burundi, la préparation du mariage coutumier implique beaucoup de réalités. D’abord, il s’agit de deux réalités qui s’exécutent au même moment : « kuresha » c’est-à-dire négocier un mariage mixte et « kureshwa » être demandée en mariage. Cette étape d’urunwano, uruvugano «consentement amical» indique le début du contrat d’amitié en vue du mariage de convenance. A ce moment, les fiancés se donnent des cadeaux. Le verbe employé est « gusaba », c’est-à-dire dire « se fiancer ». Ainsi, il s’établit une convention ou un contrat entre les deux familles. Le contenu de cette convention est de confirmer les souhaits de futurs conjoints et la valeur de la dot. La période des fiançailles vise à aboutir à un mariage heureux et stable. Cette étape doit se faire consciemment, soigneusement et progressivement. Dans le cadre pour procéder au mariage il y a toute une philosophie qui s’impose. Il faut prospecter la famille origine de la fille pour éviter de s’exposer aux déconvenues terrifiantes. Ces enquêtes répondent aux interdits culturels, ethniques, familiaux et coutumiers. Dans les pratiques anciennes, il s’agissait de l’endogamie qui « est une règle coutumière qui oblige un individu à se marier à l’intérieur de groupe homogène », cette règle était souvent fondée sur le proverbe « Impene ntiza muntama » (le bouc ne vient pas parmi les moutons) (J.Baptiste BIGANGARA, pour une anthropologie de la famille et du mariage traditionnels au Burundi). Ce qui signifie qu’un membre d’une ethnie ne se mariait pas à un autre d’une ethnie différente. Il y a les empêchements liés à la consanguinité, c’est-à-dire que les lignes directe, ascendante, descendante et collatérale sont vivement interdits au mariage. Après, viennent les empêchements liés à la santé physique : syphilis, tuberculose, folie, pian, ozène, lèpre, l’impuissance chronique, les seins non développés de la femme, etc. Aujourd’hui on ajouterait le Sida. Pour protéger la famille, on vérifie aussi les empêchements d’ordre moral : une fille de trop grande différence de classe sociale, penchant à la haine, la paresse, la malpropreté, la colère , le vol et l’homicide. Le jeune homme, comme la jeune fille, devra être juste, honnête et respectueux dans son environnement. La réussite de ce parcours permet d’arriver à l’étape de la dot « Gukwa » qui veut dire le cadeau qu’on donne aux parents de la jeune fille. Alors la fille devient «une fille demandée en mariage pour laquelle on a donné ou payé la dot» « Umukobwa Asabwe, akowe ». Selon les pratiques anciennes, pour doter une princesse, on payait 15 à 20 vaches mais, actuellement, c’est 3 ou plus de 5 millions de Francs Burundais. Dans une famille moyenne, la dot allait de 7 à 15 vaches. Aujourd’hui on arrive à 1,5 ou 2 millions. Pour une famille simple, la dot était autour d’une vache ou 10 houes ; aujourd’hui, elle arrive à plus de cinq cent milles.
Cependant, de nos jours, la conception a changé. Dans certaines familles, la dot est devenue trop problématique et sa valeur varie selon le statut financier des familles en présence. Tantôt elle est exigée par les parents selon le niveau d’études de leur fille, tantôt elle est évaluée selon la valeur de la monnaie locale et les prix des objets à utiliser lors du mariage. Or, la dot dans la culture burundaise ne se réduit aux choses matérielles. C’est pourquoi il est juste et digne de retourner au sens profond de la dot. La dot, dans son vrai sens, se définit comme la preuve d’un amour sérieux et des sacrifices que le jeune homme est prêt à consentir pour la jeune fille qu’il a choisie. C’est aussi la preuve du mariage, un lien définitif des volontés confirmées par les deux familles. L’importance de la dot est le témoignage de la stabilité du mariage. A fin de compte, c’est le remerciement de la famille du jeune homme à l’égard de la famille qui a convenablement éduqué la fille.
II. Le sens du mariage et le respect de la vie
Ce que nous venons de dire nous renvoie au sens du mariage et à sa répercussion dans le respect de la vie et des mœurs. Le mariage coutumier implique l’accord le consentement des parents. Après, suivra l’engagement libre des partenaires jusqu’à la fin de leur vie. Ce qui veut dire qu’au Burundi le mariage est culturellement indissoluble. Cela est vraiment fondamental car dans la culture burundaise le divorce est mal vu par les voisins et les familiers. Quant à la célébration du mariage, les cérémonies se font avant, pendant et après le mariage. Les premières commencent le soir et se prolongent la nuit. Au jour du mariage, le cortège nuptial de la fiancée, composé par les délégués de la famille,exécutent les chants circonstanciels qui annoncent l'accomplissement des rites du mariage. Ce rite annonce aussi que le temps est arrivé pour la consommation du mariage dont le résultat sera la fécondité. Au Burundi la fécondité des couples mariés est une bénédiction à l’instar des autres peuples africains. Elle est considérée comme une grande valeur matrimoniale car le manque de descendance provoque le divorce ou la polygamie. Pour cette raison, les époux ont un très grand respect envers le mariage et envers la vie humaine. Voilà pourquoi, la contraception, l’avortement,l’infanticide ect. apparaissent comme des antivaleurs graves et abominables. C’est pourquoi, certains produits réputés contraceptifs ou abortifs, comme umuravumba (Tetradenia Riparia), umubirizi(Vernonia Anigadarina), et le jus très amer produit à partir de leurs feuilles, ne sont pas communiqués aux jeunes, sauf en cas d’extrême nécessité. C’est pour éviter que les jeunes filles puissent s’adonner à la débauche et, une fois tombées enceintes, fassent recours à ces produits néfastes. Le danger est non seulement avorter mais aussi négliger la valeur du mariage. En effet, la valeur du mariage exige que l’on se marie légitimement et qu’on élève ses enfants avec dignité. Pour conclure cette réflexion, disons que le mariage coutumier est stable, et indissoluble pour des raisons sexuelles, sociales et familiales.
En regardant la beauté de la vocation du mariage dans la culture burundaise, qui se prépare avec soin comme nous l’avons expliqué en amont, nous nous demandons comment un homme burundais marié ou non marié comprendrait l’union homosexuelle que la culture moderne de la mondialisation semble proposer? Ira-t-il doter un garçon comme lui ? Cette attitude serait une aberration dans la société burundaise. Pour répondre à ces genres de déviation, un burundais doit nécessairement se référer, non seulement à sa culture qui prône que le mariage est une vocation à la procréation, mais aussi à l’obéissance à l’appel du Créateur (Dieu). Le contraire c’est une abomination, comme le livre de Lévitique l’enseigne : «tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche à une femme. C’est une abomination» (Lv18, 18). Il en est de même en ce qui concerne le clonage. La conception dans l’intimité matrimoniale est sacrée chez les burundais. Le couple burundais ne choisirait pas la conception par acte technique à la place de la procréation par acte d’amour (cfr. J.M.KATUBADI BAKENGE, dans la revue mondialisation et non-violente active au cœur de l’Afrique, 2000... )



