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La sagesse théologique des proverbes burundais


Cet article est un regard pluriel sur la sagesse proverbiale burundaise et sa conséquence sur la vie de l’être humain. L’auteur veut susciter ses lecteurs à mettre en valeur les talents reçus de Dieu au lieu de les dilapider à la merci de la culture ambiante, celle de la mondialisation effrayante qui peut  mettre en mal les éléments de la noblesse humaine. 

En effet, dans la culture burundaise, les proverbes sont l’un des moyens efficaces de transmission des valeurs sociales et chrétiennes. Ils touchent sur plusieurs angles dont la foi, la confiance en Dieu, l’éloge du travail, l’éducation, le pardon ou la réconciliation, la solidarité, la collaboration et sur d’autres vertus encore qui édifient la société. Disons qu’en kirundi, les proverbes sont appelés‘‘Imyibutsa’’. Il s’agit du verbe ‘‘kwibutsa’’ qui signifie ‘‘rappeler’’. En  analysant avec efficience, dans la culture burundaise, les ancêtres utilisaient les proverbes pendant le discours ou dans le dialogue afin de rappeler une vertu ou attirer l’attention de leurs interlocuteurs. Étant donné qu’il existe beaucoup de proverbes en Kirundi, nous ne pouvons pas prétendre tout dire. Nous allons quand même nous focaliser sur quelques-uns qui, au regard de notre article, présentent la dimension théologique du travail et de l’éducation dans la sagesse burundaise.

 Il sied de signaler que les Burundais priaient et avaient la foi en Dieu avant que l’Evangile ne fasse surface sur leur sol. Les proverbes les aidaient à manifester leur foi et leur confiance en Dieu. D’abord, « Agati gateretswe n'Imana ntigahenurwa n'umuyaga », littéralement ‘‘l’arbre que Dieu a fait pousser, ne peut pas être renversé par le vent’’. Ce proverbe manifeste la foi et la confiance en Dieu. Autrement dit, ce que Dieu décide, personne ne peut s’y opposer. Ensuite, « Imana igira aho imaniye », se traduisant en ces termes : « Dieu agit là où on le lui permet. »  Cela veut dire que Dieu n’agit pas dans le vide. Dans cette même logique, une personne est appelée à faire le premier pas, et puis Dieu l’aidera dans l’accomplissement de son projet. Saint Augustin le rappelait bien en disant que Dieu a créé l’homme sans lui, mais il ne peut pas le sauver sans lui ( Cf. Saint AUGUSTIN , Sermons 169, 11, 13 : PL 38, 923).

En outre, la sagesse burundaise est une percée qui invite l’homme au travail afin de ne pas tomber dans l’illusion d’un attentisme béant et sans couleur. Car il est dit : « Aide-toi et le ciel t’aidera. »  A cet effet, « Imana ntiha uwicaye », selon la traduction littérale, ‘‘Dieu ne donne pas à celui qui est assis». Cette maxime vient renchérir l’importance du travail. Il faut se tenir debout, travailler, quêter l’exister inlassablement. C’est ainsi que « Ntarataze aruta Mbundare », ce qui veut dire que celui qui cherche est plus grand qu’un fainéant. Sur la même étoffe, il y a un proverbe qui rejoint la théologie paulinienne. Les burundais traditionnels disaient: « Intarima ntimira » (‘‘qui ne cultive pas, qu’il ne mange pas non plus’). Autrement dit : « si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus. » (2Th 3, 10). A cet effet, même si le travail devient  difficile, il faut persévérer, car un homme patient récolte les fruits mûrs. En d’autres termes : « Akagumye bagumako » , c’est-à- dire, il faut continuer son travail ou son projet jusqu’au bout. Cela marque la persévérance dans la vie et interroge notre manière de travailler où que nous soyons. Il ne faut pas lâcher-prise. Sommes-nous des hommes et des femmes persévérants (tes) ? Le travail nous rend-il encore dignes ?

Hormis le travail, les proverbes burundais mettent l’accent sur l’éducation. Cette dernière est primordiale car elle accompagne l’être humain sur le chemin de son destin. C’est ainsi que l’on dit : « Igiti kigororwa kikiri gito. » (l’on redresse l’arbre quand il est encore tout-petit). Cela revient à dire que la discipline commence dès le bas-âge. Éduquer une personne adulte n’est pas facile, autant que vouloir redresser l’arbre qui a déjà pris un pli non négociable. C’est à travers l’éducation familiale que l’enfant endosse les vertus suivantes : le pardon et la réconciliation. Ces dernières valeurs sont enseignées depuis l’enfance grâce à la bienveillance des parents. Un adage dit en effet que « Ishavu ry'umuvyeyi riririrwa ntirirara», pour signifier  que « la colère d’un parent ne dure que la journée. » Malgré les erreurs des enfants, le parent ne doit pas garder longtemps sa colère. Dans cette même logique, « Intibagira ntibana », qui veut dire « ceux qui n’oublient pas ne cohabitent pas ». Voilà la puissance du pardon. Pour tout dire, il s’agit de revoir la profondeur de la tolérance. On  pourrait même affirmer : « Nta zibana zidakomanya amahembe » (il est impossible de vivre ensemble sans avoir des conflits). C’est la raison pour laquelle le pardon joue un grand rôle dans la société burundaise.

Dans cette perspective, le pardon  renforçait l’unité et la solidarité sociale. Comme l’unité implique deux ou plusieurs personnes, il y a une maxime qui révèle le sens du discernement pour atteindre un but quelconque : « Ibigiye inama bigira Imana.» C’est en se mettant ensemble que Dieu agit. Encore, l’on souligne bel et bien que dans le discernement, Dieu vient en aide. C’est ainsi que « Imitwe ikora ikoranye », autrement dit la meilleure réflexion se fait dans la collaboration. Dans ce cas, un autre proverbe raffine en ces mots: « Abantu ni magiriranire » (Les hommes s’entraident). Ce proverbe souligne que l’homme isolé est un danger pour la société. Il ne peut se sauver tout seul. Un homme qui vit en solo perd la quintessence du vivre-ensemble et se voue à un salut monolithique. Il est vrai que c’est en s’unissant que la communauté s’édifie et  devient un locus theologicus.

En fin de compte, nous ne prétendons pas épuiser la sagesse burundaise sur fond d’une petite analyse. Toutefois, notre regard s’est rivé sur la valeur du travail et de l’éducation ainsi que leurs corollaires. Et nous avons montré que la sagesse proverbiale burundaise est une donne privilégiée dans la théologisation. C’est pourquoi, celui ou celle qui donne de l’importance au travail et promeut l’éducation devient la personne la mieux indiquée pour vivre dans la communauté.