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La voix papale à l'oreille du Jeune Congolais


Un accueil chaleureux réservé au pape par la foule 

C’était aux environs de 15h, un certain mercredi 31 janvier 2023, après-midi, que les rues de Kinshasa et spécialement le Boulevard Lumumba étaient inondés de foules compactes et brandissant des drapeaux dont l’inscription la plus commune était : Bienvenue Pape François Je n’ai aucune intention d’agrémenter cet article en racontant les faits pour le plaisir de le faire ; Ce n’est donc pas pour amuser la gallérie par des mélodrames soigneusement pimentés.

Je veux partager avec vous ce que j'ai vu de mes propres yeux et ce dont j'ai été marquée.  Les banderoles, les drapelets, les drapeaux, les tricots, les pagnes et une multitude d’images portaient l’effigie du successeur de Pierre tant attendu depuis plusieurs mois sur le sol du Congo-Kinshasa. Les groupes qui attendaient le Souverain Pontife et qui brandissaient des étendards n’étaient pas forcément de confession catholique. Ce qui confirme que c’est le Congo en général et sans aucune discrimination qui attendait impatiemment le Vicaire du Christ.

Le long du boulevard, mes yeux devaient s’ouvrir sur des visages joyeux, de vieilles mamans vêtues de cotonnades criardes, enjolivées des images du Pape François, de jeunes élèves tenant de gigantesques calicots souhaitant la bienvenue au pèlerin de la paix, de jeunes filles et garçons portant des tricots en blanc appliqués du visage souriant et brillant du Pape. Des hommes et des femmes brandissant des drapeaux et des téléphones pour prendre des images et vidéos en guise de l’immortalisation de événement. Certains sont venus avec des baffles pour jouer à la musique. La danse n’étant pas étrangère aux Congolais et aux Kinois en particulier, une danse rythmée par la musique et par la joie d’accueillir le Pape s’esquisse aisément. Tout le monde est aux aguets, tout le monde veut voir la papa-mobile poindre à l’horizon. Les cris de joie emplissent le boulevard Lumumba. A regarder la séquence d’actions qui ont été mises en branle en guise de l’accueil du Pape, on comprend combien cette arrivée du Pape constituait un événement de haut rang. Un accueil aussi chaleureux a été donc réservé au pèlerin de la paix qui effectuait son voyage apostolique sous le thème : Tous réconciliés dans le Christ. 

La voix papale aux jeunes congolais : un réverbère sur un sentier obscur.

C’était aux environs de 4h du matin que les portes du stade des Martyrs à Kinsahsa étaient inondées par une kyrielle des jeunes pour suivre la catéchèse papale qui aura lieu à 9h 30.  Dans la cohue, tout le monde se précipite. Chacun a son drapelet blanc. La joie est au paroxysme. Le stade est rempli à craquer. Des cris de joie diffusent et infusent de partout. Bien avant même l’arrivée du Pape au stade, la danse des jeunes est rythmée par différentes chansons préparées en guise de son accueil ; et plus particulièrement l’hymne préparée en son honneur : BOYEYI ELAMU (Bienvenue)et Benvenuto pape Francesco.

La mystérieuse main : Une exhortation papale aux jeunes congolais

Tout admirant et souriant devant cette foule immense ; le Souverain Pontife a réitéré ses remerciements aux braves jeunes et les a bénis. Cette bénédiction est la plus essentielle des attentes qui logeaient dans leur cœur. Disons que le Pape a su captiver en ces jeunes l’engouement inextinguible de bénéficier de sa bénédiction en face ; l’une de rares occasions qui leur sont accordées.

Le Pape a focalisé son attention sur la main qui, du reste, est présentée comme la source des progrès dans la mesure où elle est mise au travail dès lors que chacun en est conscient. Cette exhortation à un avenir meilleur esquissée à travers son enseignement sur la main confirme davantage un caractère propre au Pape François : « Un pur pragmatique ». Dans ses principes, il accorde plus d’attention à la réalité qu’aux idées. (Jean-Marie Guénois, Jusqu’où ira François ? Paris, JCLATTES, 2014, p. 108.)

 Du coup, le successeur de Pierre n’a pas hésité de demander à chacun, présent au stade, de regarder ses mains. Plus de 60 000 jeunes se sont appropriés, dans un laps de temps, ces interrogations du Pape : A quoi servent mes mains, à construire ou à détruire, à donner ou à amasser, à aimer ou à haïr ? C’est cette main que l’on peut fermer et former un poing ou, contrairement, que l’on peut ouvrir pour servir Dieu, les personnes, la patrie, le pays, que réside notre choix fondamental. (Discours du Pape. Rencontre avec les jeunes et les catéchistes.) Le Pape n’aurait dû être franc devant des dizaines de milliers des jeunes : « Jeune qui rêves d’un avenir différent, un lendemain naîtra de tes mains, de tes mains la paix qui manque à ce pays pourra advenir ». (Discours du Pape. Rencontre avec les jeunes et les catéchistes. Jeudi 02 Février 2023/ Stade des Martyrs.)

Pour plus de concrétude, il cite cinq ingrédients dont la prière, la communauté, l’honnêteté, le pardon et le service qu’il faut associer respectivement aux cinq doigts de la main en commençant par le pouce. Voilà une autre qualité du Pape François, ses discours sont toujours clairs. Enseignant, pédagogue et surtout pasteur dont personne n’ignore les qualités, le Souverain Pontife s’est fait un auditoire attentif au maître.  Arrivé au doigt central, le majeur, qui représente l’honnêteté, le Pape l’a présentée comme l’ingrédient le plus fondamental pour un avenir à la hauteur des jeunes. Je revois, dans mon esprit, et avec beaucoup d’admiration encore, comme si le fait se déroule à l’instant où tu lis ces phrases, le Pape qui prévient vivement les jeunes contre ce qu’il a appelé le « Cancer de la corruption »   Je revois en esprit le Pape qui nous demande tous de répéter après lui : NON A LA CORRUPTION. Les jeunes ne se sont pas limités sur les mots. Tout le monde debout, cris et chansons, agitations des drapelets ; NON A LA CORUPTION, NON A LA CORRUPTION, des clameurs infusent et diffusent de partout. Le Pape est obligé d’attendre à peu près cinq minutes avant de continuer son discours. On dirait que le pasteur connaissait justement ce dont ses brebis avaient besoin. Ce discours était pour les jeunes un véritable ruisseau d’eau venue rendre la vie à une terre aride. La venue du Pape a redonné vie aux énergies en état de déliquescence.

2.2 L’enseignement papal resté indélébile dans le cœur des jeunes

 Le discours papal n’est pas resté sur le papier. Il a conquis d’autres espaces. Il a pénétré les cœurs, il est resté gravé dans la mémoire des jeunes. Sa clarté a facilité son intériorisation. Ce caractère de clarté des enseignements du Pape fait de lui un pape admiré. GUENOIS affirme que le Pape « François ne prend pas de gants. Son message est brut mais il passe. Il n’est pas formaté, ni spécialement préparé pour les médias mais son expression en a toutes les caractéristiques : imagée, immédiatement compréhensible, claire, courte, percutante. » (GUENOIS, op.cit., p. 28). C’est tout le monde qui cite les cinq ingrédients et les ressasse sans cesse. Dans les coins et recoins de la capitale les enfants en ont fait leur récitation. Pour les jeunes c’est un véritable leitmotiv. Pour les parents c’est un aggiornamento qui n’est pas sans valeur.  Cette image de la main dont les doigts sont appliqués respectivement de ces cinq ingrédients a fait la une des réseaux sociaux quelques secondes après le discours papal au Stade des Martyrs.

  1. Des traces de spiritualité confortienne dans la catéchèse papale.

Dans son discours, Nous pouvons déceler facilement quelques idées qui rejoignent la spiritualité xavérienne qui se veut christocentrique. Le xavérien, étant défini comme un homme de prière ; cela signifie que dans l’action, il se maintient en constante union avec la Christ, son inspirateur permanent. Une capacité de transformer le travail en prière continue. (Cfr Constitutions et Règlement général des Missionnaires xavériens, n. 42).  En effet, c’est dans cet angle d’idée que le Pape a voulu relancer les jeunes congolais à la conquête de leur destin. Tenant compte de l’image de la main proposée aux jeunes, le premier doigt (le pouce) représente la prière. Selon le Pape, c’est la prière qui fait palpiter la vie. La prière étant la première activité du missionnaire, le soutien de sa fidélité et de son engagement apostolique selon les écrits xavériens. Le Pape, s’adressant aux jeunes la présente comme premier ingrédient fondamental. Dans les Constitutions xavériennes aux numéros 42, 43, 44, suivent respectivement les titres : Le Xavérien, homme de prière ; La prière personnelle ; Écoute de la Parole de Dieu. Il est alors fort intéressant d’entrevoir dans le discours du Pape une succession quasi parfaite de ces mêmes paroles : « C’est pourquoi nous devons nous enraciner dans la prière, dans l’écoute de la parole qui nous permet de grandir chaque jour en profondeur […] »

Comme Conforti invite ses fils d’une part, à une union avec la personne du Christ, source et inspiration de leur pensée, de leur amour et de leur action, et d’autre part à un esprit de foi vive qui consiste à voir Dieu, à l’aimer et à le chercher en tout (Constitutions xavériennes n. 3) ; le Pape aussi a invité les jeunes à une prière vivante. Ici, Jésus n’est pas considéré comme un lointain mais plutôt comme un ami qui a donné sa vie pour nous.     

La notion de la Croix apparaît dans le discours du Pape François aux jeunes avec les mêmes couleurs que l’expérience de G.M. Conforti. Le Pape dit ceci : « En le regardant suspendu en croix pour te sauver, tu comprends à quel point tu vaux pour Lui. Et tu peux lui confier tes croix, tes peurs, tes angoisses, en les jetant sur sa croix. Et il les embrassera. » (Extrait du Discours du Pape au Stade des Martyrs). C’est exactement l’expérience la plus marquante de Conforti qui s’exprimait : « Je le regardais et il me regardait ; Et il semblait me dire beaucoup de choses ».

Plus tard il dira : « Le crucifix est le grand livre sur lequel tous les saints se sont formés ». Dans ce même sillage de la Croix, le Pape convie les jeunes à ne pas avoir peur de prendre le crucifix et de le serrer sur la poitrine, d’y verser les larmes, de regarder le visage de Dieu ressuscité, de Jésus qui a vaincu le mal et a fait de la croix le pont vers la résurrection.  C’est justement l’esprit confortien selon lequel le missionnaires xavérien n’a pour seule arme que le crucifix. Tel est l’arme que Conforti donnait à ses fils pour aller conquérir les âmes au Christ.

Pour tout dire, cette analyse est un ramassis de mes expériences vécues pendant le séjour du Pape François à Kinshasa du 31 au 03 Février 2023 ; et de ma compréhension de ses enseignements donnés aux jeunes et aux catéchistes au stade des Martyrs. Les jeunes présents au stade ce jour-là ont bénéficié de la bénédiction papale et de paroles pleines de motivation et d’affection.  Un véritable enseignement pendant lequel chacun a compris qu’il était aussi doté d’une grande richesse : ses mains pour travailler en vue de l’édification de notre pays et de la glorification de Dieu. Cet enseignement papal, ayant été donné se basant sur la main, il est resté gravé dans le cœur de la jeunesse congolaise désormais consciente que le présent et l’avenir de leur pays sont entre leurs mains.

Nous avons fini par un constat d’une certaine similarité entre cet enseignement du Pape et la spiritualité confortienne. A suivre et à lire cet enseignement avec des lunettes confortiennes, il y a de quoi penser que les hommes de Dieu, même séparés d’un grand écart de temps, aboutissent aux inspirations qui ne se contredisent pas, qui passent et indiquent au troupeau du Père la cime de la transcendance.