
Pour une théologie attentive à la voix du peuple
Le 1er Novembre, jour de la fête de la Toussaint, le Pape François a publié une lettre apostolique sous forme de « Motu proprio » Ad theologiam promovendam, par laquelle les nouveaux statuts de l’Académie pontificale de théologie sont promulgués. Un « Motu proprio », c’est-à-dire de son propre chef, est un document adressé à l’ensemble de l’Église catholique ou à un groupe particulier au sein de l’Église par lequel le Pape agit donc de sa propre initiative, et non pour répondre à une sollicitation.
Dans cette lettre, le Saint-Père ne fait pas que mettre à jour les statuts de l’Académie pontificale de théologie. Il plaide également pour une théologie « attentive à la voix du peuple » et imprime en profondeur sa vision de la mission de l’Eglise catholique, et ce, dans le contexte du synode sur l’avenir de l’Eglise. Ce mis à jour du statut permettra à l’Académie de mieux remplir sa mission. Le Saint-Père explique que « promouvoir la théologie dans l’avenir ne peut se limiter à proposer abstraitement des formules et des schémas du passé ». La théologie est « appelée à interpréter prophétiquement le présent et à discerner de nouvelles voies pour l’avenir ». Pour ce faire, « elle devra affronter les profondes transformations culturelles » que connait la société.
Qu’est-ce que l’Académie pontificale de théologie ?
L’Académie pontificale de théologie est un organisme de la Curie romaine. Elle dépend du Dicastère pour la Culture et l’Education, né de la réforme de la Curie opérée par le Pape en mars 2022. Il a notamment sous sa responsabilité les établissements d’enseignement catholique. Fondée au début du XVIIIe siècle, l’Académie pontificale de théologie était destinée à former les clercs. Elle est devenue « un groupe d’érudits appelés à étudier et à approfondir des thèmes théologiques d’une importance particulière ». Selon le Souverain Pontife, le moment est venu de réviser les normes de l’Académie « afin de les rendre plus adaptées à sa mission que notre temps impose à la théologie ».
Faire « de la théologie sous forme synodale »
Le Pape déclare qu’ « une Eglise synodale missionnaire et ‘en sortie’ ne peut être que le reflet d’une théologie ‘en sortie’. Cette théologie que le pape promeut est celle qui rejoint l’homme dans sa situation concrète. Ainsi donc, il invite ses membres à faire « de la théologie sous forme synodale ». Cela signifie que la réflexion théologique doit « s’ouvrir au monde, à l’homme dans le concret de sa situation existentielle, avec ses problèmes, ses blessures, ses défis et ses potentialités. » Cette ouverture qui se veut significative, doit inciter l’Académie pontificale de théologie à faire « une refonte épistémologique et méthodologique ». Dans cette perspective, « la réflexion théologique est donc appelée à un tournant, à un changement de paradigme ». Ce changement consiste essentiellement à faire de la réflexion théologique « une théologie fondamentalement contextuelle », c’est-à-dire, une théologie capable de lire et d’interpréter l’Evangile dans les conditions de vie quotidienne des hommes et des femmes ». Il est toujours plus évident qu’il y a besoin d’une véritable herméneutique évangélique pour mieux comprendre la vie, le monde et les hommes.
Toutefois, cette théologie « ne peut que se développer dans une culture de dialogue et de rencontre entre les différentes traditions et les différents savoirs ; entre les différentes confessions chrétiennes et les différentes religions, en se confrontant ouvertement à tous, croyants et non-croyants ». Le dialogue n’est pas à considérer ici comme une simple attitude tactique, mais une exigence intrinsèque pour faire l’expérience communautaire de la joie de la Vérité. Comme l’a souligné le Pape Benoît XV, « la Vérité est le Logos qui crée un dia-logos et donc une communication et une communion ». Ce qui signifie que « la Vérité ouvre et unit les intelligences dans le Logos de l’amour » (Caritas in Veritate).
Le dialogue avec les autres savoirs présuppose évidemment le dialogue au sein de la communauté ecclésiale. Le Pape souhaite que ce dialogue se fasse dans un esprit synodal. Il précise tout de même que l’approche synodale est essentielle à l’exercice de la théologie. A ce propos, il déclare : « La synodalité ecclésiale engage donc les théologiens à faire de la théologie sous une forme synodale, en promouvant entre eux la capacité d’écouter, de dialoguer, de discerner et d’intégrer la multiplicité et la variété des instances et des contributions ». Le Pape avertit que la théologie ne peut pas être autoréférentielle car elle peut conduire à « l’isolement et à l’insignifiance ». Par contre, la théologie doit « se considérer comme faisant partie d’un réseau de relations, avant tout avec d’autres disciplines et d’autres savoirs ». En d’autres termes, elle doit adopter l’approche de la transdisciplinarité exercée avec sagesse et créativité à la lumière de la Révélation.
Pour une théologie « populaire »
Pour le Pape, la théologie doit se montrer « une véritable connaissance critique dans la mesure où elle est une connaissance sapientielle, non pas abstraite et idéologique ». Une nouvelle fois, le Pape rejette ce qui relève de l’idéologie et défend « une connaissance spirituelle, élaborée à genoux, pleine d’adoration et de prière ». Autrement dit, la théologie ne peut donc être féconde que si on la fait dans un esprit ouvert et à genoux. En plus, cette théologie se veut une « connaissance transcendante et, en même temps, attentive à la voix du peuple, donc une théologie « populaire » qui doit s’adresser « aux plaies ouvertes de l’humanité et de la création et dans les plis de l’histoire humaine, à laquelle elle prophétise l’espérance d’un accomplissement ultime ». Le Pape insiste pour que la théologie, dans son ensemble, soit marquée par cette emprunte pastorale et développée avec « une méthode inductive ». Celle-ci consiste à prendre en compte « les différents contextes et les situations concrètes dans lesquelles se trouvent les hommes et les femmes, en se laissant sérieusement interpeller par la réalité, afin de devenir un discernement des « signes des temps ». Il encourage également la réflexion théologique à s’imprégner du « sens commun des gens », « qui est en fait le lieu théologique où réside tant d’images de Dieu, qui souvent ne correspondent pas au visage chrétien de Dieu, qui n’est qu’amour et qui l’est toujours ».
La théologie au service de l’Evangélisation
Pratiquement, à la fin du motu proprio, François précise que « la théologie est au service de l’évangélisation de l’Eglise et de la transmission de la foi ». Grâce à elle, la foi devient culture, c’est-à-dire « l’ethos sage du peuple de Dieu, une proposition de beauté humaine et humanisante pour tous ». Compte tenu de cette mission renouvelée de la théologie, l'Académie Pontificale de Théologie est appelée à « développer, dans une attention constante à la nature scientifique de la réflexion théologique, un dialogue transdisciplinaire avec d'autres domaines de la connaissance ». Un espace doit également être ouvert aux contributions qui peuvent être apportées dans la conversation entre croyants et non-croyants, entre « hommes et femmes de différentes confessions chrétiennes et de différentes religions ». Pour ce faire, le Saint-Père nous invite donc à créer « une communauté académique de foi et d'étude partagée, qui tisse un réseau de relations avec d'autres institutions formatives, éducatives et culturelles et qui sache pénétrer, avec originalité et esprit d'imagination, dans les lieux existentiels de l'élaboration des savoirs, des professions et des communautés chrétiennes ». Aujourd’hui, en effet, une évangélisation qui éclaire les nouvelles manières de se mettre en relation, et qui suscite les valeurs fondamentales, devient nécessaire.



