
Tout chrétien est par essence un missionnaire à la suite du Christ, le missionnaire de Dieu le Père
Tout chrétien est par essence un missionnaire à la suite du Christ, le missionnaire de Dieu le Père
Introduction
En scrutant attentivement et intensément le Pentateuque, nous constaterons agréablement que l’activité missionnaire s’origine dans le cœur de Dieu Lui-même qui en est le promoteur principal. Ainsi, dès l’origine du monde, la mission fut instituée avec pour motivation essentielle : le rachat ou le salut de l’image et de la ressemblance de Dieu en chaque homme et femme. Pour cette finalité noble et éminemment salutaire, le Père dépêcha en dernier ressort son Fils unique, Jésus-Christ qui enverra à son tour ses disciples dans le monde entier. Tout en cristallisant notre curiosité sur le problème du statut des chrétiens, nous partirons de la mission de Jésus comme l’envoyé du Père dans la première partie de notre réflexion. La seconde partie sera consacrée à la démonstration de l’activité missionnaire comme charge fondamentale et héritage du chrétien avec et dans l’Eglise à la suite du Christ, le missionnaire du Père.
- Jesus-Christ est l’envoyé ultime de Dieu le Père dans le monde
A partir de l’histoire et de la vie du peuple d’Israël que les chrétiens assument depuis lors, il ressort qu’il eut des pré-envoyés et des post-envoyés de Dieu avec le temps et selon les localités sur la terre. On dénombre parmi les premiers : les prophètes, les juges et les rois (Le Pentateuque et les livres prophétiques). Les deuxièmes arrivent avec et après le Christ. Ce sont en général les chrétiens parmi lesquels : les apôtres, les disciples, les évêques, les prêtres, les religieux (ses) et laïcs (le Concile Vatican II). La venue de Jésus que nous célébrons chaque décembre en Noël, est le signe palpable de la grande sollicitude paternelle et même maternelle de Dieu envers nous, l’humanité. Or, ce magnifique déploiement divin est la conséquence et le fruit de la maladresse de l’homme encore : le péché de la désobéissance d’Adam qui brisera l’amitié avec le Créateur. « Bref, comme par la faute d’un seul ce fut pour tous les hommes la condamnation, ainsi par l’œuvre de justice d’un seul, c’est pour tous les hommes la justification qui donne la vie. De même en effet que, par la désobéissance d’un seul homme, la multitude a été rendue pécheresse, de même aussi, par l’obéissance d’un seul, la multitude sera-t-elle rendue juste. » (Rm 5, 18-19). Loin de se pavaner sur cette terre, Jésus y est venu pour corriger et parfaire la vie de l’humanité qui l’avait détourné de sa source de son existence. Car, éloigné de Dieu, l’homme ne peut pas survivre ou s’épanouir vraiment. A travers la justice et l’obéissance, le Christ réussit à justifier l’humanité au point de le réconcilier à son créateur pour la vie et le bonheur.
Après les multiples échecs des prophètes et récidives de son peuple, le Seigneur Dieu prend l’initiative de descendre Lui-même en personne sous l’apparence de Jésus-Christ, son Fils avec la mission de réconcilier l’humanité à Dieu. Et cette finalité passera par l’attention aux faibles, aux marginalisés et aux pauvres (Lc 4, 18-19). « Car le Christ Jésus a été envoyé dans le monde comme le véritable médiateur entre Dieu et les hommes. Puisqu’il est Dieu, « toute la plénitude de la divinité habite en lui corporellement » (Col 2, 9) ; dans sa nature humaine, il est le nouvel Adam, il est constitué Tête de l’humanité renouvelée, il est rempli de grâce et de vérité (Jn 1, 14). Aussi par les voies d’une incarnation véritable, le Fils de Dieu est-il venu pour faire participer les hommes à la nature divine ; il s’est fait pauvre lorsqu’il était riche afin de nous enrichir par sa pauvreté (2 Co 8, 9). Le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir Lui-même et donner sa vie en rançon pour beaucoup, c’est-à-dire pout tous (cf. Mc 10, 45). » (Ad Gentes, n° 3 §2). Le Christ a de ce fait la lourde charge de donner la vie de Dieu à l’humanité à travers sa propre vie. Ce don s’est fait justement manifeste durant toute sa vie terrestre.
Jésus-Christ est l’envoyé par excellence de Dieu le Père et son missionnaire dans le monde entier pour le salut de l’humanité à travers sa réconciliation avec Dieu. Si on admet que ce missionnaire ait accompli fondamentalement sa mission, il est aussi lucide de dire qu’elle est visiblement inachevée. Voilà ce qui explique la volonté de constituer des collaborateurs par Jésus pour parachever cette épineuse tâche. Ainsi, dans le projet d’unification au créateur et de salut de tous les hommes, il institua l’Eglise dans laquelle les chrétiens pourront se déployer comme missionnaires (Lumen Gentium, n° 3). Alors, on ne peut pas être missionnaire en dehors de l’Eglise qui envoie au nom du Christ.
- Dans l’Eglise et avec elle, le chrétien est missionnaire à la suite du Christ
« L’Eglise étant, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain, elle se propose de mettre dans une plus vive lumière, pour ses fidèles et pour le monde entier, en se rattachant à l’enseignement des précédents Conciles, sa propre nature et sa mission universelle. A ce devoir qui est celui de l’Eglise, les conditions présentes ajoutent une nouvelle urgence : il faut que tous les hommes, désormais plus étroitement unis entre eux par les liens sociaux, techniques, culturels, réalisent également leur pleine unité dans le Christ. » (Lumen Gentium n°1) D’où « par nature, l’Eglise, durant son pèlerinage sur terre, est missionnaire, puisqu’elle-même tire son origine de la mission du Fils et de la mission du Saint-Esprit, selon le dessein de Dieu le Père» ( Ad Gentes, n°2, §1). L’activité missionnaire est intrinsèquement liée à l’action de l’Eglise dans le monde de manière générale, et en est même le premier avant toute autre. Puisque ce sont les chrétiens qui forment et constituent la famille ecclésiastique, ils sont par conséquent les acteurs de la mission de l’Eglise sur la terre. Ainsi, la mission du Seigneur devient celle de l’Eglise qui a son tour, envoie au nom du Christ. Dans ce sens, « la famille chrétienne, en effet, est la première communauté appelée à annoncer l’Evangile à la personne humaine en développement et à conduire cette dernière, par une éducation et une catéchèse progressives, à la pleine maturité humaine et chrétienne… En tant que communauté éducative, la famille doit aider l’homme à discerner sa vocation et à assumer l’engagement indispensable pour une plus grande justice, en le formant dès le début de son existence à des relations interpersonnelles riches de justice et d’amour. »( Jean-Paul II, Exhortation apostolique « Familiaris consortio » (Les tâches de la famille chrétienne), Rome, Vaticana, 1981, n° 2).
« La paix soit avec vous, leur dit de nouveau Jésus. Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. » (Jn 20, 21). La mission du chrétien est la continuité de celle du Christ qui charge ce dernier de poursuivre sa vocation ultime. Or, ce thème de l’envoi a déjà été exprimé par Jésus dans sa prière d’adieu avant de le réévoquer lors de son apparition aux disciples après sa résurrection. L’idée fondamentale est que la mission confiée aux disciples par Jésus prolonge la mission confiée à Jésus par le Père. Les disciples devront poursuivre, c’est-à-dire rendre présente dans le monde, l’œuvre de salut accomplie par Jésus. Les disciples représentent dans ce passage, comme dans les discours d’adieu, toute la communauté des croyants (cf. Paul-Emile Langevin (Dir.), Les Evangiles, Paris, Les Editions Bellarmin, 1980, P. 71).
La mission que Jésus-Christ confie à l’Eglise et aux chrétiens s’exprime clairement dans ses différentes instructions à ce sujet. Après sa résurrection, il déclare ce qui suit chez l’évangéliste Matthieu : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples, en les baptisant au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit, en leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commandé. Moi, voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. » (Mt 28, 19-20). La mission consiste substantiellement à faire des disciples du Seigneur et des chrétiens qui vivent selon ses préceptes. Par ailleurs, le disciple n’est pas seulement celui apprend des choses ou qui fait sien un crédo ; c’est d’abord celui qui a fait sien le point de vue de Dieu révélé par Jésus-Christ et qui accorde sa vie à cette révélation (Cf. Paul-Emile Langevin (Dir.), Les Evangiles, Op. Cit., P. 216) . De cette façon, « l’évènement de la Rédemption est le fondement du salut de tous, parce que chacun a été inclus dans le mystère de la rédemption, et Jésus-Christ s’est uni à chacun, pour toujours, à travers ce mystère. La mission ne peut être comprise et fondée que dans la foi. »( Jean-Paul II, Lettre Encyclique : Redemptoris Missio, Rome, Vaticana, 1990, n°2). Laquelle foi n’est pas l’apanage de tout le monde. Du moins, grâce au sacrement du baptême qui procure le statut de chrétien, et donc d’une personne qui a la foi, nous croyons que les chrétiens sont de ce fait des authentiques et valeureux soldats de la mission de nos jours.
En admettant que le chrétien soit le candidat idoine pour assurer l’activité missionnaire avec et au nom de l’Eglise dans tous les coins sur la terre, cela ne l’épargne pas de nombreuses difficultés et persécutions liées à cette vocation. Cependant, ces adversités doivent être comprises comme des occasions de redoubler d’ardeur et d’inventer d’autres méthodes modernes pour atteindre les zones périphériques de la mission. Dans ce sillage, plusieurs barrières à l’évangélisation se présentent aussi bien à l’Eglise en général qu’au chrétien en particulier. Ces entraves poussent pratiquement aux divers défis suivants : « l’écroulement d’idéologies et de systèmes politiques oppressifs ; l’ouverture des frontières et l’édification d’un monde plus uni (…) ; la reconnaissance croissante des valeurs évangéliques que Jésus a incarnées dans sa vie (…) ; un modèle de développement et technique sans âme mais qui invite à chercher la vérité sur Dieu, sur l’homme, sur le sens de la vie. Dieu ouvre à l’Eglise les horizons d’une humanité plus disposée à recevoir la semence évangélique. » (Cf. Jean-Paul II, Lettre Encyclique : Redemptoris Missio, Op.Cit., n° 3). La réalisation de ces défis favorisera la rencontre et l’épanouissement des peuples du monde. « L’élan missionnaire appartient donc à la nature intime de la vie chrétienne : que tous soient un… afin que le monde croie que tu m’as envoyé.»(Jean-Paul II, Lettre Encyclique : Redemptoris Missio, Op.Cit., n° 3).
Conclusion
En somme, nous retenons que par son adhésion totale et radicale à l’enseignement et à l’idéal du Christ, le chrétien est par conséquent et logiquement son disciple, et donc missionnaire à sa suite. La mission de l’Eglise qui est celle même du Chrétien, n’est autre que l’héritage reçu du Seigneur, qui l’a reçu lui aussi du Père Tout-puissant. Etant celle de Jésus, la mission est autant la vocation des chrétiens de ce temps. Elle consiste simplement à proposer au monde la vie de Dieu pour que son Règne advienne sur la terre. Or, pour ce fait, la foi est indispensable. Voilà pourquoi, « des difficultés internes et externes ont affaibli l’élan missionnaire de l’Eglise à l’égard des non-chrétiens, et c’est là un fait qui doit inquiéter tous ceux qui croient au Christ. Dans l’histoire de l’Eglise, en effet, le dynamisme missionnaire a toujours été un signe de vitalité, de même que son affaiblissement est le signe d’une crise de la foi » aujourd’hui (Cf. Paul VI, Message pour la journée mondiale des missions, dans Insegnamenti, 1972, P. 522).



