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Une richesse culturelle à partir de la tradition et des proverbes des Bahavu d'Idjwi


Les Bahavu d’Idjwi sont Une communauté vit sur la plus grande île de la RDC, Idjwi. Cette magnifique île au milieu des eaux du Lac Kivu est dans la province du Sud-Kivu. Elle est limitée au Nord par la ville de Goma, au Sud et à l’Est par le Rwanda et la ville de Bukavu, à l’Ouest par les territoires de Kalehe et de Kabare. De par son climat tempéré doux et humide, ses myriades de collines, ses eaux pures ; cette île que d’aucuns appellent « paradisiaque » dégage une odeur qui attire ceux et celles qui la côtoient et déploie un panorama époustouflant pour les milliers de voyageurs qui passent à côté d’elle pour les villes de Goma et de Bukavu.  Si elle est admirable, si elle attire l’attention d’un grand nombre, elle a aussi une spiritualité et une sagesse non loin de celles des véritables enfants de Dieu.

CROYANCE ET SAGESSE DES BAHAVU D’IDJWI

Le nom du Créateur :

Naturellement les Bahavu croient en un Dieu Tout-Puissant Créateur du monde invisible et visible. Et ce dernier est dit sous multiples appellations. Ainsi, les Bahavu l’appellent LULEMA (qui vient du verbe kulema : Créer. LULEMA : Créateur) ; NYAMUBAHO (qui vient du verbe OKubaho : être. NYAMUBAHO : Celui qui est) ; NYMUZINDA (qui vient du mot : Buzinda : fin, okubuzinda : à la fin. NYAMUZINDA : Celui qui est la fin de toute chose).

Spiritualité Havu

Dans le Buhavu, il existe un rite qui, au moment de sa célébration, est présidé par le Chef coutumier (roi) en collaboration avec les notables (Bagingi) de la Chefferie. Ce grand rite accompli par le roi s’appelle MUGANURO.  Ce rite est considéré comme une grande fête au sein de la culture Havu. C’est une occasion de renforcement des relations entre le transcendant et le peuple.  Disons-le mieux, au cours de la célébration, le MWAMI (roi) bénit la population, les semences, les travaux, le bétail et la fertilité du sol. Le Mwami (Chef coutumier) est le principal sacrificateur, il obtient la grâce de l’absolu qu’il répand dans tout son royaume à travers les éléments représentatifs de chaque domaine sur le lieu du rite.  Cette grâce obtenue du Créateur donne à ce rite un fondement qui opère une harmonie et une communion entre LULEMA et les hommes, entre les ancêtres et la nature. Cette parfaite harmonie assure l’harmonie de la culture. Dans sa cogitation sur le rite du Muganuro, AHADI Alain, dit ceci : « En méditant profondément sur les cérémonies du muganuro à travers ses acteurs et ses objets sacrés, on voit un mouvement de l’homme vers la Transcendance-Dieu, vers les ancêtres, vers l’homme lui-même, vers la nature. Ce sont ces quatre mouvements qui constituent son fondement ». (QUELQUES ELEMENTS CARACTERISITQUES DE LA CULTURE HAVU. CAS DES BAHAVU DE L’EST DE LA R.D CONGO, GRAND SEMINAIRE PIE X DE MURHESA, 2022, inédit.)  De même Vincent Mulago souligne que « le rapport de la personne à la nature n’est donc pas un rapport de pure extériorité mais un rapport dialectique d’échange et d’ascension » (V. Mulago, La religion traditionnelle des Bantous et leur vision du monde, FTC, Kinshasa 1980, 30.)

 Avec un tel rapport, l’on se rend compte que tout Muhavu est profondément religieux et fait mémoire de ceux qui sont dans l’au-delà, en signe de communion. A part ce rite, la théologie de la sagesse traverse les proverbes Havu. Ces proverbes sont un instrument efficace dans la transmission de la spiritualité et de la sagesse de la culture Havu.

DES PROVERBES HAVU ET LEUR ACTUALISATION BIBLIQUE 

Dans cette culture marquée par l’oralité, nous trouvons des proverbes qui se transmettent de génération en génération véhiculant sa richesse spirituelle et théologique. Nous présentons ici quelques proverbes avec leur traduction en français ainsi que les versets bibliques allant dans le même sens.

« Omwana w’enkima oku rwangara » (« Le petit du singe veille à la lumière »). Ce proverbe nous demande de rester toujours vigilants. Il renvoie à Mt 24, 44 ; Lc 12, 40.

« Emburho eshusha eshwa » (« La récolte ressemble au champ »).  Ce proverbe nous invite à savoir qu’on reconnait l’arbre par son fruit, bon ou mauvais. La Parole de Dieu nous enseigne qu’un bon arbre ne donne pas de mauvais fruit et un mauvais arbre ne donne de bon fruit (Mt 7, 18 ; Lc 6, 43).

« Onihîre arhahola » (Qui espère ne meurt pas de faim). Ce proverbe nous enseigne que l’Espérance ne trompe jamais. En lien avec ce proverbe, Le psalmiste affirme la valeur de l’espérance (Ps 27, 14). Et Saint Paul dira que l’espérance ne trompe pas (Rm 5, 5)

« Ciro ebale lyakakushurha oku mulundi, lirhkakubuza kuhinga » : Même si le caillou te blesse le tibia, elle ne t’empêchera pas de continuer à cultiver. Ce proverbe veut dire que malgré les difficultés au bord du chemin, il faut continuer la lutte. Dans cette logique la Bible nous révèle la place majeure du courage (1Chr 22,13 ; Jos 1, 18). 

Pour tout prendre, la sagesse Havu reconnaît l’existence d’un Créateur qui gouverne l’univers. Cependant dans la sphère Havu, certains hommes sont dignes de respect et de correspondance entre le peuple et les ancêtres. Chaque famille peut entrer en contact avec ses ancêtres considérés comme intercesseurs et capables de protéger la famille.  

En dehors de cette relation avec les ancêtres, un rite spécial et qui emballe tout le peuple Havu est celui que nous avons appelé MUGANURO. Il est accompli par le roi. Ce dernier implore les bénédictions afin que les fruits soient escomptés. La brève présentation des proverbes havu révèle une note essentielle : l’inculturation. Car, le Muhavu est et demeure un quêteur de Dieu en qui il tire sa sève vitale.